Selon Le Figaro, le festival international du film FiSahara a appelé au boycott du prochain film de Christopher Nolan, « Odyssée », en raison du tournage de certaines scènes dans le territoire disputé du Sahara occidental. Réalisé en juillet 2025 à Dakhla, ville située dans cette région sous contrôle marocain, ce choix a été vivement critiqué par les organisateurs du festival, qui y voient une « complicité délibérée avec l’occupation illégale du Maroc ».
Ce qu'il faut retenir
- Le festival FiSahara boycotte le film « Odyssée » de Christopher Nolan pour son tournage à Dakhla, dans le Sahara occidental, considéré comme une légitimation de l’occupation marocaine.
- En juillet 2025, l’équipe du film, incluant Matt Damon, Charlize Theron et Zendaya, a tourné sur une plage du Sahara occidental, suscitant la polémique.
- Les organisateurs du festival comparent cette situation à un tournage en Ukraine occupée avec l’aval de Poutine ou dans les colonies israéliennes en Palestine avec le soutien de Netanyahou.
- L’acteur Javier Bardem, engagé pour le droit du peuple sahraoui, a appelé Nolan à s’informer sur la répression exercée par le régime marocain.
- Le Maroc contrôle le Sahara occidental depuis 1975, tandis que les indépendantistes sahraouis, soutenus par l’Algérie, réclament un référendum d’autodétermination.
Un tournage controversé dans une région en proie à un conflit territorial
Le film « Odyssée » de Christopher Nolan a été tourné en partie dans la ville de Dakhla, située dans le Sahara occidental, un territoire revendiqué à la fois par le Maroc et le Front Polisario, qui milite pour l’indépendance. Selon Le Figaro, ce choix a suscité l’indignation du festival FiSahara, qui milite depuis sa création pour la reconnaissance des droits du peuple sahraoui. La directrice du festival, Maria Carrion, a dénoncé une « violation du droit international » et une « éclipse des souffrances du peuple sahraoui ».
Le ministre marocain de la Culture, cité par Le Figaro, s’était félicité de la venue de l’équipe de tournage en 2025, soulignant que ce projet apporterait « une visibilité internationale » à la région. Pourtant, cette initiative est perçue par les opposants à l’occupation marocaine comme une légitimation de la présence du royaume chérifien dans ce territoire non autonome.
Un parallèle établi avec d’autres conflits sous médiatisation
Pour illustrer l’ampleur de la controverse, Maria Carrion a établi un parallèle avec d’autres situations de conflits territorialisés. Selon elle, tourner un film dans le Sahara occidental occupé par le Maroc reviendrait, en termes de symbolique, à produire un long-métrage en Ukraine sous contrôle russe ou dans les colonies israéliennes de Cisjordanie avec l’aval des autorités israéliennes. Cette comparaison vise à souligner, selon ses termes, « l’hypocrisie » d’une industrie cinématographique qui se mobilise pour certains conflits et ignore d’autres.
Le festival FiSahara, qui se présente comme un acteur culturel engagé, a donc décidé de boycotter la diffusion et les avant-premières de « Odyssée » sur le territoire du Sahara occidental. Cette décision s’inscrit dans une démarche plus large de sensibilisation à la cause sahraouie, un peuple dont le territoire est considéré comme occupé par l’ONU, bien que le Maroc le considère comme une partie intégrante de son royaume.
L’engagement de Javier Bardem et la réponse silencieuse de Nolan
Parmi les figures ayant réagi à cette polémique figure l’acteur espagnol Javier Bardem, connu pour son engagement en faveur du peuple sahraoui. Dans un communiqué relayé par Le Figaro, il a appelé Christopher Nolan à « s’informer sur l’histoire de la répression exercée par le régime marocain contre le peuple sahraoui ». Bardem, qui a réalisé en 2012 un documentaire intitulé « Les Fils des nuages », a déclaré que ce sujet lui « tient profondément à cœur ».
Côté réalisation, Christopher Nolan n’a pas encore réagi publiquement aux critiques. Sollicité par les organisateurs du festival, il est resté silencieux, laissant planer le doute sur sa connaissance du contexte géopolitique local. Pourtant, le choix de tourner à Dakhla n’est pas anodin : cette ville, située sur la côte atlantique, est souvent présentée par les autorités marocaines comme un symbole de la « marocanité » du Sahara occidental, une affirmation rejetée par les indépendantistes sahraouis.
Un conflit territorial qui s’éternise depuis plus de cinquante ans
Le conflit autour du Sahara occidental remonte à 1975, lorsque le Maroc a pris le contrôle du territoire à la suite du retrait de l’Espagne, ancienne puissance coloniale. Depuis cette date, Rabat mène une politique d’activisme international pour faire reconnaître la marocanité du Sahara occidental, tandis que le Front Polisario, soutenu par l’Algérie, réclame l’organisation d’un référendum d’autodétermination, conformément aux résolutions de l’ONU. Malgré plusieurs plans de paix proposés, aucun accord définitif n’a encore été trouvé.
Dans ce contexte, le tournage de « Odyssée » à Dakhla est perçu par certains comme une provocation. Pour les défenseurs de la cause sahraouie, il représente une tentative de normalisation de l’occupation marocaine, alors que le Maroc est régulièrement critiqué par les organisations internationales pour sa gestion du territoire. En 2023, l’ONU a rappelé dans un rapport que le Sahara occidental reste un territoire non autonome, dont le statut doit être résolu par un référendum.
Pour rappel, le Sahara occidental est inscrit sur la liste des territoires non autonomes de l’ONU depuis 1963, ce qui en fait l’un des plus anciens conflits territoriaux au monde. Les prochaines étapes devraient dépendre des réactions des autorités marocaines, du Front Polisario, ainsi que des prises de position des acteurs et des distributeurs du film.
Le festival FiSahara boycotte le film « Odyssée » parce que certaines de ses scènes ont été tournées à Dakhla, dans le Sahara occidental, un territoire considéré comme occupé par le Maroc. Les organisateurs estiment que ce choix légitime l’occupation marocaine et ignore les revendications indépendantistes du peuple sahraoui, soutenues par l’ONU.
La sortie de « Odyssée » est prévue pour la fin de l’année 2026. D’ici là, les organisateurs du festival FiSahara entendent maintenir leur appel au boycott, tandis que Christopher Nolan n’a pas encore réagi publiquement. Les prochaines réactions pourraient venir des distributeurs ou des salles de cinéma, notamment dans les pays sensibles au conflit du Sahara occidental.