Ancien ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire était l’invité ce dimanche 24 mai 2026 de l’émission « Tout est politique » sur France 2, où il a évoqué son dernier ouvrage, « Le Temps d’une décision », publié aux éditions Gallimard. Dans cet entretien, il a défendu son bilan tout en pointant les limites structurelles de l’économie française, notamment la question de la dette publique et des réformes à engager, selon Franceinfo - Politique.
Ce qu'il faut retenir
- La dette publique française a augmenté de 250 milliards d’euros depuis le départ de Bruno Le Maire du gouvernement en 2024, malgré l’absence de crise sanitaire majeure ou d’inflation comparable à celle post-guerre en Ukraine.
- Bruno Le Maire attribue cette situation à une « faute collective » et souligne que le système actuel, notamment en matière de retraites et de santé, est « ingérable » sans refonte profonde.
- Il réaffirme la nécessité de reculer l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, avec des mécanismes de surcote et décote, et défend l’introduction d’une part de capitalisation dans le système de retraite.
- Le bilan économique de son passage à Bercy inclut la création de 2,6 millions d’emplois entre 2022 et 2024, ainsi que la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes et la stabilité fiscale maintenue pour les entreprises.
- Il critique vivement l’abandon de la réforme des retraites en 2024, qualifiant cette décision de « criminelle » pour l’équilibre des finances publiques et la cohésion intergénérationnelle.
Une dette publique qui s’emballe, un constat partagé
Bruno Le Maire n’a pas épargné ses critiques lors de l’entretien, pointant du doigt l’augmentation de la dette publique depuis son départ du ministère de l’Économie. Selon ses propos rapportés par Franceinfo - Politique, la dette a crû de 250 milliards d’euros en deux ans, une période marquée par l’absence de crise majeure comme la pandémie de Covid-19 ou une inflation aussi forte que celle consécutive à la guerre en Ukraine. « Si nous n’avions commis aucune erreur, le pays ne serait pas là où il en est aujourd’hui », a-t-il déclaré, insistant sur le caractère collectif des responsabilités.
L’ancien ministre a également balayé l’idée que la situation puisse être attribuée à une seule personne. Pour lui, le problème de fond réside dans un système qui, selon ses termes, « fait exploser la dépense publique année après année ». Il cite en exemple le modèle social et le système de retraite par répartition, qu’il juge incompatible avec la démographie actuelle du pays. « Notre démographie nous interdit de garder un système de retraite par répartition tel qu’il existe aujourd’hui, sauf à baisser les pensions ou à augmenter massivement les cotisations », a-t-il souligné, appelant à une « refondation complète » de ce modèle.
Retraites et santé : les chantiers prioritaires selon Le Maire
Parmi les réformes qu’il juge indispensables, Bruno Le Maire a réaffirmé sa conviction que l’âge légal de départ à la retraite devrait être porté à 65 ans, avec des mécanismes incitatifs pour ceux qui choisiraient de travailler plus longtemps. Il a également défendu l’introduction d’une part de capitalisation dans le système de retraite, une mesure qu’il a mise en place lors de son passage à Bercy. « À l’époque, tout le monde me disait que ça ne marcherait pas. Aujourd’hui, plus de 13 millions de Français ont ouvert un produit d’épargne retraite, représentant 150 milliards d’euros d’épargne », a-t-il rappelé, soulignant que cette initiative reflète les inquiétudes des citoyens face à l’avenir du système par répartition.
La santé n’est pas en reste dans ses préconisations. Le Maire a pointé du doigt l’insoutenabilité du système actuel à long terme, évoquant la nécessité de « refonder » le modèle pour faire face au vieillissement de la population. Il a également salué les économies réalisées sur le médicament lors de son passage à Bercy, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre ces efforts pour préserver la qualité des soins pour les plus âgés et les plus malades. « Il faut dire la vérité clairement et sereinement : les Français savent qu’il va falloir épargner pour eux-mêmes », a-t-il conclu.
Un bilan économique contrasté, une politique stable mais contestée
Sur le plan économique, Bruno Le Maire a défendu un bilan qu’il juge positif, notamment en matière d’emploi. Entre 2022 et 2024, son passage à Bercy a coïncidé avec la création de 2,6 millions d’emplois, selon ses chiffres. Il a également mis en avant la stabilité fiscale maintenue pendant son mandat, avec notamment le maintien du prélèvement forfaitaire unique et la suppression de l’impôt sur les grandes fortunes. « Nous avons garanti la stabilité fiscale. Je n’ai jamais bougé le niveau d’impôt sur les sociétés, jamais bougé le prélèvement forfaitaire unique », a-t-il rappelé, tout en reconnaissant que ces choix étaient parfois impopulaires.
Pourtant, les indicateurs économiques récents ne sont pas à la hauteur des ambitions affichées. La croissance est « nulle », voire en risque de récession, avec un taux de chômage qui s’établit à 8 %. Interrogé sur sa part de responsabilité dans cette situation, Le Maire a rejeté toute idée de demi-succès. « Non, je prends toute ma part sur ce qui est de ma responsabilité. Mais à partir du moment où on fait un demi-tour sur la politique économique en 2024, il ne faut pas s’étonner des résultats », a-t-il répondu, en référence aux changements de cap opérés après son départ. Il a également critiqué la surtaxe à l’impôt sur les sociétés instaurée depuis 2024, qu’il présente comme une mesure contre-productive pour la compétitivité des entreprises.
« La réforme des retraites était indispensable. Son abandon envoie un message désastreux aux Français : si c’est vital, pourquoi renoncer deux ans plus tard ? »
Bruno Le Maire
La réforme des retraites, un échec aux conséquences lourdes
L’un des sujets les plus sensibles abordés par Bruno Le Maire concerne la réforme des retraites, qu’il avait initiée mais qui a été abandonnée en 2024. Pour lui, cet échec est « regrettable » et même « criminel », car il prive le pays d’un outil essentiel pour garantir l’équilibre des finances publiques et la solidarité entre les générations. « C’est criminel d’avoir retiré cette réforme des retraites, parce qu’elle était indispensable », a-t-il affirmé, ajoutant que cette décision envoie un signal contradictoire aux citoyens. « On leur dit un jour : “C’est vital pour les finances publiques”, puis on laisse tomber deux ans plus tard. Donc ce n’est pas si vital que ça. »
Il a également pointé du doigt l’incapacité des responsables politiques à trouver des compromis acceptables dans un contexte d’Assemblée nationale fragmentée. « Il y a des compromis dont le coût est excessif », a-t-il expliqué, tout en réaffirmant ses convictions : un âge légal à 65 ans, avec des mécanismes de surcote et décote, et une part de capitalisation pour diversifier les sources de financement des retraites. « Il faut garder un âge légal de départ à la retraite. Je pense qu’il faut le décaler jusqu’à 65 ans », a-t-il insisté.
La publication de son livre et cette intervention médiatique s’inscrivent dans un contexte où les questions économiques et sociales dominent le débat public. Avec une croissance atone et un chômage persistant, les défis à relever restent immenses. La capacité des gouvernements successifs à concilier équité sociale et rigueur budgétaire sera plus que jamais scrutée.
Selon Bruno Le Maire, la dette publique a augmenté de 250 milliards d’euros depuis 2024, une période sans crise sanitaire majeure ni inflation comparable à celle post-guerre en Ukraine. Pour lui, cette situation résulte d’un système économique et social qui, selon ses termes, « fait exploser la dépense publique année après année ». Il estime donc que la responsabilité est partagée et ne peut être attribuée à une seule personne.
Bruno Le Maire propose de reculer l’âge légal de départ à la retraite à 65 ans, avec des mécanismes de surcote pour ceux qui restent plus longtemps et de décote pour ceux qui partent plus tôt. Il défend également l’introduction d’une part de capitalisation dans le système de retraite, une mesure qu’il a mise en place lors de son passage à Bercy. Selon lui, plus de 13 millions de Français ont déjà ouvert un produit d’épargne retraite, signe de l’inquiétude des citoyens face à l’avenir du système par répartition.