L’affaire des villas de luxe construites illégalement dans la forêt de Baba Alino, près de Varna, sur la côte bulgare de la mer Noire, a été qualifiée de « monument le plus effronté de la corruption » par les députés bulgares lors d’une séance parlementaire le 24 juin 2026. Selon Courrier International, cette affaire, révélée début juin, suscite depuis plusieurs semaines une vive émotion dans le pays, mêlant construction illégale, soupçons de corruption et enjeux immobiliers transfrontaliers.

Ce qu'il faut retenir

  • 130 villas de luxe ont été découvertes illégalement dans une forêt près de Varna, sans autorisations de construction.
  • Le promoteur, Oleg Nevzorov, un Ukrainien d’Odessa, dirigeait la société immobilière KUB, impliquée dans ce projet.
  • Les propriétaires sont majoritairement des ressortissants aisés issus de l’ex-Union soviétique, selon les premières investigations.
  • Le ministre bulgare du Développement régional, Ivan Chichkov, a promis une enquête « sans complaisance » pour démanteler ce réseau.
  • Le Parlement bulgare a qualifié ce dossier de « symbole de l’impunité » dans un pays où la corruption reste un fléau récurrent.

Un projet immobilier hors-la-loi, né dans une forêt protégée

Tout a commencé début juin 2026, lorsque des riverains et des associations écologistes ont signalé la présence de 130 villas de luxe en pleine forêt, dans le secteur de Baba Alino, à quelques kilomètres de Varna. Problème : ce terrain, classé comme zone non constructible, n’aurait jamais dû accueillir de bâtiments, encore moins de résidences haut de gamme. Les travaux, réalisés en catimini, incluaient même des aménagements lourds : réseaux d’eau, d’électricité et routes privées, comme l’a révélé une enquête menée par les autorités locales.

Les investigations ont rapidement mis en lumière le rôle d’Oleg Nevzorov, un entrepreneur ukrainien basé à Odessa, à la tête de la société KUB. Ce dernier, dont les liens avec des milieux politiques et économiques locaux sont aujourd’hui scrutés, aurait bénéficié de complicités pour contourner les règles d’urbanisme. Les premiers constats soulignent l’absence totale de permis de construire, de plans d’urbanisme ou de respect des normes environnementales.

Le Parlement bulgare s’empare d’un dossier explosif

Le 24 juin 2026, le Parlement bulgare a consacré une session exceptionnelle à cette affaire, au cours de laquelle plusieurs députés ont dénoncé un « système » organisé de corruption. Ivan Chichkov, ministre du Développement régional et membre du parti au pouvoir, Bulgarie progressiste, a été invité à la tribune pour s’expliquer. Face aux caméras de bTV, principale chaîne privée du pays, il a promis que « toute la lumière serait faite » et que « l’époque des protecteurs institutionnels est révolue ».

« Ce qui s’est passé est éhonté et impudent », a-t-il déclaré, avant d’ajouter : « Les responsables devront rendre des comptes. » Selon lui, cette affaire illustre les dérives d’un système où l’argent et les réseaux d’influence priment sur l’État de droit. Les partis d’opposition, quant à eux, ont accusé le gouvernement de « lenteur » dans la gestion du dossier, alors que les preuves s’accumulent.

Des propriétaires aux profils opaques, entre oligarques et fortunes post-soviétiques

Les premiers éléments de l’enquête révèlent un profil particulier des acquéreurs : majoritairement des ressortissants issus de l’ex-Union soviétique, souvent des hommes d’affaires ou des oligarques ayant fait fortune dans les années 1990-2000. Certains médias bulgares évoquent des noms liés à des secteurs aussi variés que l’énergie, la finance ou l’industrie lourde. Plusieurs de ces propriétaires auraient acquis leurs villas via des sociétés écrans enregistrées dans des paradis fiscaux, compliquant le travail des enquêteurs.

Les autorités bulgares ont d’ores et déjà saisi plusieurs documents et commencé à auditionner des témoins. Toutefois, l’opacité des transactions immobilières et les liens transfrontaliers entre les protagonistes risquent de ralentir les investigations. Les associations de lutte contre la corruption, comme Transparency International, appellent à une coopération renforcée avec les pays voisins, notamment l’Ukraine et la Russie, où certains propriétaires pourraient avoir des attaches.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient voir l’ouverture de poursuites judiciaires contre les responsables du projet, ainsi que l’identification des bénéficiaires finaux des villas. Une commission d’enquête parlementaire pourrait être mise en place d’ici la fin du mois de juillet, selon des sources proches du gouvernement. Les ONG locales demandent également un gel immédiat des ventes et une évaluation environnementale complète du site, classé comme zone protégée. Reste à savoir si les promesses politiques se traduiront par des actes concrets, alors que la Bulgarie tente de se conformer aux exigences de l’Union européenne en matière de lutte contre la corruption.

Cette affaire intervient dans un contexte où Sofia multiplie les efforts pour améliorer son image internationale, notamment après les critiques répétées de Bruxelles sur l’État de droit. L’enquête sur les villas de Baba Alino pourrait donc devenir un test pour le gouvernement, qui devra prouver sa détermination à éradiquer les pratiques illégales dans le secteur immobilier.

Les premiers éléments de l’enquête indiquent que le terrain de Baba Alino, classé comme zone non constructible, a été falsifié dans les documents officiels. Les promoteurs auraient corrompu des responsables locaux pour obtenir des autorisations illégales, tandis que les travaux d’aménagement (eau, électricité) ont été réalisés en cachette, sans contrôle des autorités bulgares.