Le constructeur chinois BYD, devenu en 2025 le premier producteur mondial de véhicules électriques devant Tesla, se retrouve sous le feu des critiques en Europe. Selon BFM Business, l’entreprise est la première entreprise chinoise à être officiellement citée au Parlement européen pour des allégations d’abus de droits des travailleurs sur son chantier de Szeged, en Hongrie. Ces accusations, révélées le 14 avril 2026 par l’ONG China Labor Watch dans un rapport de 28 pages, ont déclenché une enquête européenne et une saisine de la Commission.
Ce qu'il faut retenir
- Un rapport de l’ONG China Labor Watch publié le 14 avril 2026 accuse des sous-traitants de BYD en Hongrie de pratiques assimilables au travail forcé.
- Les ouvriers dénoncent des journées de plus de 12 heures, un travail sept jours sur sept et des conditions de vie précaires, avec des dortoirs saturés totalisant près de 4 000 résidents.
- Trois eurodéputés ont saisi la Commission européenne pour obtenir des clarifications sur ces pratiques, une première pour une entreprise automobile chinoise en Europe.
- L’usine de Szeged, cinquième site de BYD en Hongrie, doit employer 10 000 personnes et produire 300 000 véhicules par an dès 2026.
- Deux décès, dont celui d’un ouvrier en février 2026, ainsi que des accidents graves, ont été signalés sur le chantier.
Une enquête fondée sur des témoignages et des visites du site
Le rapport de China Labor Watch s’appuie sur des témoignages de cinquante ouvriers et sur plusieurs visites du chantier depuis octobre 2025. Selon l’ONG, les sous-traitants auraient imposé des cadences extrêmes pour respecter un calendrier accéléré, avec pour objectif de lancer la production dès janvier 2026. « Les dirigeants voulaient commencer la production de voitures en janvier [2026], ils ont donc accéléré le calendrier du projet, ils ne laissaient pas les travailleurs partir », a déclaré Qiang Li, fondateur de China Labor Watch.
Les pratiques dénoncées incluent le retrait partiel des salaires jusqu’à la fin du contrat, des promesses financières ou des billets d’avion conditionnés à la prolongation de la mission, ainsi que des consignes données aux employés pour déclarer aux inspecteurs du travail des horaires fictifs : « cinq jours par semaine, huit heures par jour, avec une heure supplémentaire ».
Des conditions de vie et de travail jugées « analogues à l’esclavage »
Selon les éléments recueillis par l’ONG, près de 1 000 ouvriers logent en dehors du site, tandis que les six dortoirs construits sur place abritent chacun environ 450 résidents. L’accès aux soins serait également insuffisant, certains travailleurs ne disposant pas d’assurance maladie en raison de leur statut administratif. Un ouvrier serait décédé en février 2026 lors d’une opération de grue, tandis que les services d’urgence hongrois confirment une douzaine d’interventions sur le chantier depuis début février, dont un décès.
Ces accusations rappellent un scandale similaire au Brésil en 2024, où une filiale du même groupe de sous-traitance, Jinjiang Construction, avait été impliquée dans des conditions de travail qualifiées « d’analogues à l’esclavage » par les autorités locales. BYD avait alors annoncé rompre ses liens avec cette entité, mais l’ONG souligne que d’autres sociétés du groupe interviennent toujours en Hongrie.
Une pression politique et industrielle en Europe
La Hongrie, qui a attiré 62 % des investissements chinois dans le secteur des véhicules électriques en Europe en 2024, constitue un maillon stratégique pour BYD dans son expansion sur le Vieux Continent. Le groupe, dont les immatriculations en Europe ont plus que doublé en début d’année 2026, dépasse désormais Tesla et capte près de 2 % du marché. Pourtant, son modèle industriel, marqué par une croissance rapide et des partenariats avec des sous-traitants controversés, interroge les autorités européennes.
Trois eurodéputés ont saisi la Commission européenne pour obtenir des clarifications sur ces pratiques présumées. « Ces allégations, si elles sont confirmées, pourraient contrevenir au droit du travail hongrois et s’apparenter à du travail forcé au sens de l’Organisation internationale du travail », a souligné l’un d’eux, sans citer de nom. En Hongrie, les autorités ont annoncé avoir lancé des vérifications sur le site de Szeged.
Un modèle économique sous le microscope
BYD, qui a investi 4,5 milliards de dollars dans son usine hongroise, mise sur une production massive pour conquérir le marché européen. Le chantier, démarré en décembre 2024, doit permettre de fabriquer 300 000 véhicules par an dès 2026, avec un effectif de 10 000 salariés. Pourtant, les conditions de travail décrites par China Labor Watch contrastent fortement avec l’image d’un géant industriel moderne.
Le groupe chinois, qui a dépassé Tesla en volume de ventes en 2025, connaît un ralentissement de la demande sur son marché domestique. Son expansion en Europe s’inscrit donc dans une stratégie de diversification, mais elle s’accompagne de risques réputationnels et juridiques. L’affaire survient alors que Bruxelles renforce son contrôle sur les investissements étrangers, notamment ceux en provenance de Chine.
Reste à voir si ces mesures suffiront à apaiser les inquiétudes sur les pratiques sociales des géants industriels chinois en Europe, alors que leur expansion s’accélère.
BYD devra probablement attendre les résultats des vérifications hongroises et la réponse de la Commission européenne. Si les allégations sont confirmées, le groupe pourrait être contraint de revoir ses contrats avec les sous-traitants concernés et de renforcer les contrôles sur ses chantiers. Une enquête pénale ou administrative pourrait également être ouverte.
Non, l’UE ne peut pas interdire un investissement spécifique, mais elle peut renforcer les règles encadrant les partenariats industriels avec des entreprises dont les pratiques sociales ou environnementales sont contestées. Un nouveau mécanisme européen de filtrage des investissements étrangers pourrait être utilisé dans ce cas.