Candidat démocrate à l’élection gouvernorale en Californie, Tom Steyer mène une campagne originale en promettant de taxer davantage les ultrariches, alors que sa fortune personnelle est estimée à 2,4 milliards de dollars (soit environ 2 milliards d’euros). Selon Courrier International, qui reprend une enquête du Guardian, l’ancien gestionnaire de fonds spéculatif mise sur ce paradoxe pour séduire un électorat californien marqué par la hausse du coût de la vie et des inégalités sociales.
Ce qu'il faut retenir
- Tom Steyer, milliardaire de 2,4 milliards de dollars, brigue le poste de gouverneur de Californie tout en promettant de taxer les ultrariches.
- Sa fortune provient d’un fonds d’investissement spéculatif fondé dans les années 1980, qu’il a quitté pour se consacrer à la défense de l’environnement et à des causes progressistes.
- La primaire californienne, dont le vote anticipé a déjà commencé, se tient le 2 juin 2026, dans un contexte politique américain particulièrement polarisé.
- Steyer assume son statut de « traître à sa classe » (class traitor), une formule brodée sur sa casquette lors de ses déplacements.
- Son discours s’inscrit dans une dynamique nationale où la fiscalité des plus aisés devient un enjeu central, notamment en Californie, État le plus peuplé des États-Unis.
Un milliardaire en campagne contre les milliardaires
À 69 ans, Tom Steyer n’est pas un inconnu en Californie. Ancien gestionnaire de fonds à San Francisco, il a bâti sa fortune dans les années 1980 en fondant Farallon Capital Management, un fonds d’investissement spéculatif qu’il a quitté en 2012 pour se consacrer à la défense du climat et aux causes progressistes. Aujourd’hui, il finance généreusement des campagnes politiques et des initiatives environnementales, tout en se présentant comme un candidat atypique : celui qui veut faire payer davantage ses pairs.
« Les gens se méfient des milliardaires », a-t-il expliqué le 13 mai 2026 lors d’une conférence de presse à Los Angeles, où une casquette beige arborant l’inscription class traitor (« traître à sa classe ») était posée sur la table. « Je me méfie aussi des milliardaires, car on en a vu beaucoup faire preuve d’égoïsme et d’arrogance », a-t-il ajouté, selon des propos rapportés par Courrier International et le Guardian. Son argumentaire repose sur une idée simple : si lui, milliardaire, plaide pour une fiscalité plus lourde sur les plus riches, son discours gagne en crédibilité.
Une primaire californienne sous haute tension
Le scrutin qui l’oppose à d’autres candidats démocrates pour la nomination au poste de gouverneur de Californie s’annonce serré. Le vote anticipé a déjà débuté, et Steyer, bien que considéré comme l’un des favoris, redouble d’efforts pour convaincre les électeurs de la sincérité de sa démarche. Son programme, axé sur la lutte contre la vie chère et les inégalités, tranche avec les positions traditionnelles des élites économiques.
La Californie, État le plus peuplé des États-Unis avec près de 40 millions d’habitants, est aussi l’un des plus inégalitaires. Selon des données récentes, les 1 % les plus riches y possèdent près de 20 % de la richesse totale, un contraste frappant dans une région où le salaire médian peine à suivre l’inflation. Steyer mise sur ce terreau pour promouvoir des mesures fiscales plus progressives, comme l’augmentation des impôts sur les successions ou la taxation des plus-values.
Un contexte politique national explosif
La campagne de Steyer s’inscrit dans un paysage politique américain profondément divisé, où la question de la fiscalité des ultrariches est devenue un sujet clivant. Aux États-Unis, les débats sur l’inégalité des richesses et la redistribution occupent une place centrale, notamment depuis l’élection de Donald Trump en 2016 et les mouvements comme Occupy Wall Street ou Bernie Sanders 2020.
En Californie, l’enjeu est d’autant plus sensible que l’État abrite des villes comme San Francisco ou Los Angeles, où les contrastes entre fortunes colossales et précarité sont patents. Steyer n’est pas le seul à promouvoir cette ligne : d’autres figures politiques, comme la sénatrice Elizabeth Warren, ont défendu des propositions similaires au niveau fédéral. Cependant, son profil de milliardaire converti à la cause progressiste en fait un candidat à part.
Un pari risqué mais calculé
Pour Steyer, l’équation est simple : en assumant publiquement son statut de « traître à sa classe », il cherche à désamorcer les critiques et à se positionner comme un défenseur de l’intérêt général. « Je ne suis pas comme les autres milliardaires », a-t-il répété lors de ses meetings, soulignant que sa fortune lui permet aussi de financer des campagnes électorales et des think tanks progressistes.
Pourtant, le pari reste risqué. Les électeurs californiens, habitués aux excès des grandes fortunes de la Silicon Valley ou d’Hollywood, pourraient voir dans son discours une forme de récupération politique. D’autant que son passé de gestionnaire de fonds spéculatif, souvent associé à des pratiques critiquées, pourrait lui être reproché. Steyer mise cependant sur sa notoriété et son engagement climatique pour emporter l’adhésion, dans un État où les questions environnementales pèsent lourd dans les débats publics.
Quoi qu’il arrive, la campagne de Steyer aura marqué un tournant dans le débat sur la redistribution aux États-Unis. En assumant son statut de milliardaire « repenti », il a montré que la question fiscale n’est plus l’apanage des seuls militants ou partis de gauche, mais aussi celui d’une partie de l’establishment économique. Reste à voir si les électeurs californiens lui accorderont leur confiance.
Tom Steyer utilise cette formule, brodée sur sa casquette, pour assumer publiquement son statut de milliardaire critique envers sa propre classe sociale. Selon ses propres mots, cette inscription résume sa position : « Je me méfie des milliardaires, car on en a vu beaucoup faire preuve d’égoïsme et d’arrogance. » Son objectif est de désamorcer les critiques en montrant qu’il n’est pas un représentant classique de l’élite économique.