Une start-up chinoise fondée en 2022, Windrose, vient de faire vaciller les géants européens du camion électrique avec l’annonce d’un modèle à 195 000 €, soit près de 100 000 € de moins que les références proposées par MAN, Mercedes-Benz, Scania ou encore Volvo. Selon BFM Business, cette initiative pourrait accélérer la transition vers les poids lourds électriques en Europe, alors que le secteur reste fragilisé par la hausse des coûts du diesel et les nouvelles réglementations.

Ce qu'il faut retenir

  • Windrose lance un camion électrique à 195 000 €, contre 286 000 € pour le modèle d’entrée de gamme de Daimler Truck, et 250 000 € pour son propre catalogue il y a quelques mois.
  • L’entreprise s’implante en France, près de Valenciennes, avec un site industriel prévu pour produire 4 000 camions électriques par an, pour un investissement de 175 millions d’euros et la création de 300 emplois.
  • Le marché des poids lourds électriques ne représente que 4,2 % des ventes en Europe en 2026 (contre 2,3 % en 2024), malgré une progression de 68 % des ventes depuis 2023.
  • Volvo domine le segment avec 30 % de part de marché, mais les prix restent élevés (280 000 à 400 000 €), freinant la décarbonation des flottes.
  • La Chine, qui détient 15 % du marché mondial, ne représente que 5 % en Europe, mais pourrait profiter de la baisse des coûts et des réglementations européennes pour s’imposer.
  • L’Union européenne envisage d’exempter les camions électriques de péage et de développer massivement les infrastructures de recharge, ce qui pourrait rendre ces véhicules plus compétitifs.

Un nouveau venu chinois qui bouscule les constructeurs européens

Windrose, une start-up chinoise fondée en 2022, s’apprête à révolutionner le marché des camions électriques en Europe. Avec un modèle à 195 000 €, elle propose un prix inférieur de près de 100 000 € à celui du premier camion électrique de Daimler Truck, dont le catalogue affiche 286 000 € pour son modèle d’entrée de gamme. Windrose, qui avait initialement positionné son véhicule à 250 000 € en Europe, a finalement revu ses tarifs à la baisse pour gagner en attractivité.

Cette offensive commerciale s’accompagne d’un ancrage industriel en France. Selon BFM Business, Windrose a choisi la région de Valenciennes pour y implanter un site de production destiné au marché européen. Après avoir développé une première présence logistique et d’assemblage à Anvers (Belgique), l’entreprise a annoncé lors du sommet Choose France 2025 la construction d’un camion d’une autonomie de 610 kilomètres, pour un investissement de 175 millions d’euros et la création de 300 emplois.

Anvers conservera un rôle de hub logistique et d’importation, tandis que le nord de la France deviendra le cœur de la production européenne de Windrose. Cette stratégie industrielle vise à contourner les barrières douanières et à bénéficier des aides européennes pour la décarbonation des transports.

BYD, un autre géant chinois prêt à entrer en lice

Windrose n’est pas le seul acteur chinois à menacer la domination européenne. BYD, déjà présent sur le segment des bus et des utilitaires légers, a annoncé son intention de se lancer sur le marché des poids lourds dès 2026. « Nous sommes les seuls fabricants à produire des batteries, des moteurs électriques et des semi-conducteurs à partir d’une source unique », a déclaré Baris Akyalcin, responsable européen des activités liées aux véhicules commerciaux pour BYD.

Le groupe mise notamment sur sa technologie de batteries « Blade », capables de dépasser les 1 000 kilomètres d’autonomie et d’être rechargées en quelques minutes — à condition que les infrastructures de recharge soient adaptées. Cette innovation pourrait réduire les temps d’arrêt des transporteurs et rendre les camions électriques plus compétitifs face aux modèles thermiques.

Un marché encore timide, mais en progression

Malgré ces avancées, le marché des poids lourds électriques reste marginal en Europe. Selon les dernières données de l’ACEA (l’alliance des constructeurs automobiles européens), les camions électriques ne représentaient que 4,2 % des ventes de poids lourds de plus de 3,5 tonnes sur le continent en 2026, en légère hausse par rapport aux 2,3 % enregistrés en 2024. Ce chiffre contraste avec la progression de 68 % des ventes depuis 2023, alors que le marché global des camions est en recul de 5,4 % sur un an, pénalisé par le ralentissement de la consommation, les difficultés du BTP et de l’industrie.

Volvo domine ce segment avec 30 % de part de marché en Europe en 2025, grâce à sa filiale Renault Trucks. Pourtant, les prix restent un frein majeur à l’adoption massive de ces véhicules. Selon l’Agence Internationale de l’Énergie (AIE), un camion électrique coûte entre 280 000 et 400 000 €, contre 140 000 à 180 000 € pour un modèle au GNL ou GNC, et 120 000 à 160 000 € pour un diesel. « Ces camions électriques sont tout simplement trop chers », a souligné Roland Rüdinger, un transitaire allemand cité par Handelsblatt.

Ce prix élevé, couplé à un manque criant d’infrastructures de recharge adaptées, limite fortement la décarbonation des flottes. En France, plusieurs transporteurs ont déjà mis la clé sous la porte, comme Ziegler, Pedretti ou Ferdouel. Selon Altares, les faillites dans le secteur transport/logistique ont augmenté de 12,6 % au premier trimestre 2026, avec 857 défaillances enregistrées.

La guerre en Ukraine et les réglementations européennes pourraient changer la donne

Plusieurs facteurs pourraient nonetheless faire basculer le marché en faveur des camions électriques. La guerre en Ukraine a entraîné une flambée des prix du diesel, qui coûte désormais 1 800 € de plus par an qu’avant le début du conflit, selon l’ACEA. Par ailleurs, Bruxelles multiplie les mesures incitatives : exemption de péage pour les camions électriques, développement des points de recharge et simplification des procédures d’homologation.

L’Union européenne mise aussi sur ces véhicules pour réduire ses émissions de CO₂. Aujourd’hui, 20 % des camions électriques sont déjà compétitifs en coût total de possession sur l’ensemble de leur cycle de vie. Cette tendance pourrait s’amplifier si les constructeurs chinois parviennent à maintenir leurs prix bas et à s’implanter durablement en Europe.

La Chine, un acteur encore marginal en Europe, mais à surveiller

Si la Chine domine 15 % du marché mondial des camions électriques, sa part en Europe reste faible, à 5 %, selon l’ONG Transport & Environment. Cependant, cette proportion pourrait rapidement évoluer avec l’arrivée de nouveaux acteurs comme Windrose et BYD. Leur avantage réside dans leur maîtrise de la chaîne de valeur, de la production des batteries à celle des semi-conducteurs, ce qui leur permet de proposer des prix plus compétitifs.

Leur implantation en Europe, notamment en France, pourrait aussi bénéficier des aides publiques pour la transition écologique. Reste à savoir si les transporteurs européens oseront sauter le pas, alors que leur secteur traverse une crise structurelle et que les infrastructures de recharge restent insuffisantes.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient dessiner l’avenir du marché dans les mois à venir. D’abord, l’entrée en production du site de Valenciennes par Windrose, prévue pour 2026, devrait permettre de tester la réaction des transporteurs européens face à des camions à moins de 200 000 €. Ensuite, l’adoption des nouvelles réglementations européennes, notamment sur les péages et les infrastructures de recharge, sera déterminante pour rendre les camions électriques plus attractifs. Enfin, la capacité des constructeurs traditionnels à réduire leurs coûts ou à innover pourrait freiner — ou au contraire accélérer — l’offensive chinoise.

Reste à voir si les transporteurs, déjà fragilisés par la hausse des coûts et la baisse de la consommation, seront prêts à investir dans une technologie encore onéreuse, malgré les incitations publiques.

Pour conclure, l’arrivée des camions électriques chinois en Europe marque une nouvelle étape dans la transition vers la décarbonation du transport routier. Si les constructeurs européens gardent une longueur d’avance en termes de parts de marché, leur domination pourrait être remise en cause par des concurrents agressifs et des réglementations de plus en plus favorables aux véhicules zéro émission.

Pour l’instant, les données sur la fiabilité des camions électriques chinois en Europe restent limitées. Cependant, leur avantage principal réside dans leur prix et leur autonomie, grâce à des batteries performantes comme celles de BYD. Les constructeurs européens, comme Volvo ou Daimler, misent davantage sur la robustesse et les réseaux de service après-vente pour se différencier.

L’Union européenne a prévu de massivement développer les points de recharge pour poids lourds d’ici 2027-2028, dans le cadre de son plan « Fit for 55 ». Cependant, leur déploiement reste inégal selon les pays, et certains transporteurs craignent des ruptures de charge sur les longs trajets.