Une semaine après le double séisme qui a frappé le Venezuela, la capitale Caracas reste sous le choc. Selon Libération, les habitants expriment une colère croissante face à la gestion de la crise par les autorités, tandis que le bilan humain ne cesse de s’alourdir. Entre témoignages accablants et accusations de négligence, la situation humanitaire se dégrade jour après jour.
Ce qu'il faut retenir
- Double séisme d’une magnitude de 6,4 et 6,7 sur l’échelle de Richter, survenu le 30 juin 2026 à 14h12 et 14h25 (heure locale), selon l’Institut vénézuélien de géophysique.
- Bilan provisoire de 128 morts et 1 500 blessés, avec des milliers de bâtiments endommagés, dont 40 % des habitations du centre-ville.
- Des habitants dénoncent l’absence de secours organisés et des retards dans l’évacuation des zones les plus touchées.
- 150 000 personnes seraient toujours privées d’électricité et d’eau courante, aggravant les conditions de vie des sinistrés.
- Le gouvernement de Nicolás Maduro a promis une « réponse immédiate », mais les critiques persistent sur le manque de transparence et d’efficacité.
Un bilan humain et matériel dramatique
Le double séisme, survenu à quelques minutes d’intervalle mardi 30 juin 2026, a laissé derrière lui un paysage de désolation dans la région de Caracas. Selon les dernières estimations officielles, 128 personnes ont perdu la vie, tandis que 1 500 autres ont été blessées. Les autorités locales évoquent des « dégâts structurels majeurs », avec près de 40 % des immeubles du centre-ville endommagés. Dans certains quartiers populaires comme La Vega ou Catia, les bâtiments en béton, souvent construits sans normes antisismiques, se sont effondrés comme des châteaux de cartes.
Les hôpitaux, déjà sous tension avant la catastrophe, peinent à absorber l’afflux de blessés. Six centres médicaux ont dû être évacués en urgence, selon les autorités sanitaires vénézuéliennes. « On nous demande de soigner des gens avec du matériel de fortune, sans électricité ni oxygène », a témoigné un médecin de l’hôpital général de Caracas, cité par Libération. « Il ne reste que des cadavres dans certaines salles. »
Colère et accusations contre les autorités
Sur les réseaux sociaux et dans les rues, la colère monte contre le gouvernement de Nicolás Maduro. Les habitants dénoncent un manque criant de coordination dans les secours, des retards dans l’arrivée des équipes de déblaiement et des promesses non tenues. « Les camions de l’armée sont arrivés trois jours après les secousses, et encore, sans équipement adapté », a raconté María González, une résidente du quartier de San Bernardino, dont l’immeuble a été partiellement détruit. « On a l’impression que personne ne nous écoute. »
Les critiques visent également le président Maduro lui-même, qui a annoncé la mise en place d’un « fonds d’urgence » de 500 millions de dollars pour la reconstruction. Mais pour beaucoup, ces déclarations relèvent du symbole. « On nous parle de milliards, mais où sont les camions de nourriture ? Où sont les tentes ? », s’est interrogée une habitante de Petare, le plus grand bidonville de Caracas, interrogée par Libération. Un collectif de survivants a d’ailleurs lancé une pétition en ligne, exigeant la démission du ministre de l’Intérieur, accusé de corruption dans la gestion des fonds alloués aux catastrophes naturelles.
Une situation humanitaire qui se dégrade
Alors que les premières pluies estivales commencent à s’abattre sur la capitale, la situation des sinistrés devient critique. Selon les Nations unies, 150 000 personnes seraient toujours privées d’électricité et d’eau courante, tandis que 30 000 foyers logent dans des abris de fortune ou chez des proches. Les centres d’hébergement d’urgence, initialement prévus pour accueillir 20 000 personnes, sont saturés. « On dort à cinq par tente, avec un seul point d’eau pour 200 personnes », a expliqué un père de famille rencontré par Libération dans un camp improvisé près de l’aéroport international Simón Bolívar.
Les ONG locales et internationales tentent de combler les lacunes de l’État. Médecins Sans Frontières a déployé une équipe mobile dans les zones les plus isolées, tandis que la Croix-Rouge vénézuélienne a lancé une collecte de dons. Pourtant, les besoins restent immenses : nourriture, couvertures, médicaments et surtout, des solutions durables pour les milliers de familles sans logement. « Le risque de choléra et d’autres maladies infectieuses est réel », a prévenu un responsable de l’OMS au Venezuela, contacté par Libération.
En attendant, la colère des habitants ne faiblit pas. « On nous prend pour des citoyens de seconde zone », a résumé un manifestant lors d’une marche organisée devant le palais de Miraflores, siège du gouvernement. « Si le séisme avait frappé un quartier riche, les secours seraient arrivés en une heure. »
La majorité des immeubles endommagés lors du double séisme ont été construits avant les années 2000, souvent sans respecter les normes antisismiques en vigueur. Selon les experts, 60 % du parc immobilier de Caracas date d’avant 1990 et n’a pas été rénové depuis. De plus, l’urbanisation anarchique et l’utilisation de matériaux de mauvaise qualité ont aggravé les risques d’effondrement.