La justice chinoise a rendu son verdict ce vendredi 29 mai 2026 dans l’affaire de corruption impliquant l’ex-abbé du célèbre temple Shaolin. Liu Yingcheng, connu sous le nom de Shi Yongxin lorsqu’il occupait ses fonctions, a été condamné à 24 ans de prison par le tribunal de Xinxiang, dans la province du Henan. Cette décision marque l’aboutissement d’une enquête de plusieurs mois sur des détournements de fonds estimés à plus de 282 millions de yuans (environ 32,8 millions d’euros), commis entre 1995 et 2025. Selon Le Figaro, Liu Yingcheng a été démis de ses fonctions en juillet 2025 après avoir été accusé de « très mauvaise conduite », puis défroqué à l’issue de l’enquête.
Ce qu'il faut retenir
- Liu Yingcheng, ex-abbé du temple Shaolin sous le nom de Shi Yongxin, a été condamné à 24 ans de prison pour corruption et détournements massifs.
- Il a détourné plus de 282 millions de yuans (environ 32,8 millions d’euros) entre 1995 et 2025, selon les estimations du tribunal.
- L’enquête a révélé des détournements de fonds publics et privés, ainsi que des paiements illégaux à des fonctionnaires pour obtenir des avantages indus.
- Le temple Shaolin, berceau historique du kung-fu, a été utilisé comme plateforme pour ces activités illégales.
- L’ex-abbé a été démis de ses fonctions en juillet 2025 et défroqué après la conclusion de l’enquête.
Un responsable historique du temple Shaolin au cœur du scandale
Liu Yingcheng, 59 ans au moment de sa condamnation, a dirigé le temple Shaolin de 1999 à 2025. Ce site, situé dans la province du Henan et mondialement connu comme berceau du kung-fu, est également un lieu de culte bouddhiste majeur. Sous sa direction, le monastère s’est diversifié dans des activités économiques, créant des dizaines d’entreprises pour financer ses projets. Cependant, cette stratégie a suscité de vives critiques, certains y voyant une commercialisation excessive du bouddhisme. Selon Le Figaro, le tribunal a souligné que Liu Yingcheng a « profité de ses fonctions d’abbé et de président de la Fondation caritative et sociale Shaolin » pour organiser ses détournements.
Les détournements opérés par Liu Yingcheng s’étalent sur trois décennies, avec des montants colossaux. Entre 2003 et 2025, il a soustrait plus de 131 millions de yuans (16,4 millions d’euros) d’actifs appartenant au temple, agissant parfois en solitaire, parfois avec des complices. Entre 2012 et 2022, il a également détourné plus de 151 millions de yuans à des fins personnelles. Ces chiffres, détaillés par le tribunal, illustrent l’ampleur systémique des fraudes commises.
Des méthodes variées et des complicités institutionnelles
Les enquêteurs ont mis au jour plusieurs mécanismes de détournement. Depuis 2006, Liu Yingcheng a accepté des pots-de-vin d’une valeur totale de plus de 11 millions de yuans dans le cadre de projets de construction de temples. Entre 1995 et 2022, il a également versé plus de 5 millions de yuans en argent et en biens à des « fonctionnaires de l’État » afin d’obtenir des « avantages indus ». Ces pratiques, révélées par la justice chinoise, montrent une imbrication troublante entre pouvoir religieux et corruption administrative.
Le tribunal a qualifié les circonstances de la corruption de « particulièrement graves », soulignant leur « impact social énorme ». Cette formule reflète l’ampleur des préjudices causés non seulement au temple Shaolin, mais aussi à la crédibilité des institutions bouddhistes en Chine. Par ailleurs, Liu Yingcheng a été condamné à une amende de 3,5 millions de yuans, un montant qui, bien que symbolique au regard des sommes détournées, marque la reconnaissance judiciaire de sa responsabilité pénale.
La fin d’un règne controversé et des questions persistantes
La condamnation de Liu Yingcheng intervient plus d’un an après sa destitution en juillet 2025. À l’époque, les autorités chinoises avaient évoqué une « très mauvaise conduite » pour justifier sa révocation, sans préciser les détails des faits reprochés. Son défroquage, prononcé après l’enquête, officialise la rupture avec l’institution religieuse qu’il dirigeait depuis un quart de siècle. Bref, cette affaire illustre les tensions persistantes entre modernisation économique et préservation des valeurs traditionnelles au sein des institutions religieuses chinoises.
Pour autant, des zones d’ombre subsistent. Les enquêteurs n’ont pas révélé l’identité des complices éventuels de Liu Yingcheng, ni précisé si d’autres responsables du temple Shaolin ou de la Fondation Shaolin étaient impliqués. De même, le sort réservé aux entreprises créées sous son égide n’a pas été évoqué dans les documents judiciaires. Autant dire que le volet civil de cette affaire, notamment les recours en dommages et intérêts, pourrait encore alimenter les débats dans les mois à venir.
Sur le plan symbolique, cette affaire pourrait relancer le débat sur la gestion des biens des institutions religieuses en Chine, ainsi que sur les limites de leur engagement dans l’économie. Le temple Shaolin, déjà sous les projecteurs pour sa modernisation controversée, devra désormais se reconstruire une image après ce scandale financier. Reste à savoir si cette condamnation servira d’exemple pour dissuader d’autres dirigeants religieux ou si elle restera un cas isolé dans un système où les pratiques de corruption restent endémiques.
Enfin, cette décision judiciaire survient dans un contexte où les autorités chinoises renforcent leur contrôle sur les institutions religieuses, notamment bouddhistes et tibétaines. Elle pourrait donc s’inscrire dans une stratégie plus large de lutte contre la corruption, mais aussi de recentralisation du pouvoir sur les affaires religieuses.
Le temple Shaolin, en tant qu’institution religieuse et économique majeure en Chine, a servi de plateforme pour les activités illégales de Liu Yingcheng. Sous sa direction, le monastère s’est diversifié dans des entreprises commerciales pour financer ses projets, mais ces activités ont aussi facilité les détournements de fonds. Le tribunal a souligné que Liu Yingcheng a « profité de ses fonctions d’abbé et de président de la Fondation caritative et sociale Shaolin » pour organiser ses fraudes, selon les éléments rapportés par Le Figaro.