Selon Euronews FR, Christoph Gerber, entrepreneur allemand et fondateur de deux entreprises prospères, Lieferando et Talon.One, partage son analyse des qualités nécessaires pour réussir dans l’entrepreneuriat. Dans le cadre de la série The Big Question diffusée sur Euronews Business, il a échangé avec Hannah Brown sur les profils adaptés à la création d’entreprise, tout en assumant sans détour ses propres contradictions. Autant dire que son parcours atypique offre un éclairage brut sur ce qui fait, ou non, un bon fondateur.
Ce qu'il faut retenir
- Christoph Gerber a fondé Lieferando, l’un des leaders allemands de la livraison de repas, puis Talon.One, spécialisée dans les infrastructures numériques pour les promotions et réductions.
- Il se décrit lui-même comme quelqu’un « qu’on n’aurait jamais envie d’embaucher », tout en assumant une forte résilience et un optimisme inébranlable.
- Ses deux entreprises ont connu des débuts difficiles, avec des critiques massives sur la viabilité de leurs modèles : « Tout le monde nous disait que ça ne marcherait jamais », rappelle-t-il.
- Gerber souligne l’importance de la critique envers ses propres idées (« il y a de très grandes chances que votre idée soit nulle ») et d’un ego suffisamment solide pour persévérer face aux obstacles.
- La fusion de Lieferando avec Takeaway.com en 2009 a atteint un record en Allemagne avec un montant de 62,9 millions d’euros.
- À 40 ans, père de trois enfants, il insiste désormais sur l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, refusant que son identité se réduise à ses entreprises.
Un parcours entrepreneurial marqué par l’audace et l’autodérision
Christoph Gerber ne cache pas son autodérision lorsqu’il affirme : « Je pense que je suis vraiment quelqu’un qu’on n’aurait jamais envie d’embaucher. » Pourtant, cet aveu ne reflète en rien un manque d’ambition ou de compétence. Bien au contraire, il est le fondateur de Lieferando, plateforme allemande dominante dans la livraison de repas, et de Talon.One, une entreprise spécialisée dans les infrastructures numériques pour les promotions et réductions ciblées. Comme il l’explique lui-même, son parcours illustre la complexité des traits nécessaires pour réussir dans l’entrepreneuriat : une combinaison de résilience, d’optimisme et d’une forme d’arrogance assumée.
Dans le cadre de l’émission The Big Question sur Euronews Business, il a partagé avec Hannah Brown les leçons tirées de ses deux expériences entrepreneuriales. « Je pense que ce serait un monde très triste si tout le monde me ressemblait », plaisante-t-il. Pourtant, il reconnaît que tous ne sont pas faits pour endosser le rôle de fondateur. Selon lui, la capacité à persévérer malgré les échecs et à croire que « tout finit par se résoudre » constitue des qualités essentielles. Mais attention, cette confiance en soi ne doit pas virer à la naïveté : « Il y a de très grandes chances que votre idée soit nulle », martèle-t-il, insistant sur la nécessité de rester critique envers ses propres projets.
La résilience face aux critiques et l’importance de l’ego
Les débuts de Lieferando et de Talon.One ont été marqués par un scepticisme généralisé. « Pour Lieferando, tout le monde nous disait que ça ne marcherait jamais. Pour Talon.One, tout le monde nous disait que ça ne marcherait pas non plus », se souvient-il. Pourtant, ces entreprises ont non seulement survécu, mais prospéré. Gerber explique ce succès par une forme de détermination inébranlable, quitte à passer pour arrogant. « Si vous demandiez à mes camarades de lycée ce qu’ils pensaient de moi, ils diraient que je suis arrogant », reconnaît-il. Mais il assume pleinement cette posture : « Peut-être que j’ai un gros ego, je ne sais pas. Mais je pense qu’il faut ce genre de gros ego pour tenir bon face à tout ce qui vient de l’extérieur, quand on a l’impression que le monde se referme sur soi et que rien ne fonctionne. »
Pour lui, il ne s’agit pas de mépriser les avis extérieurs, mais de ne pas se laisser paralyser par la négativité. « Il faut un brin d’hubris et l’écoute des retours des autres pour réussir », précise-t-il. Cette philosophie lui a permis de transformer ses idées en entreprises viables, malgré les obstacles. Pourtant, il admet volontiers que l’entrepreneuriat ne convient pas à tout le monde : « Pour certaines personnes, il vaut mieux travailler pour un fondateur et suivre une progression de carrière plus classique. »
De Lieferando à Talon.One : deux entreprises, deux époques, une même ambition
La première entreprise de Christoph Gerber, Lieferando, a fusionné avec Takeaway.com en 2009. Cette opération, d’un montant de 62,9 millions d’euros, constituait alors un record pour une start-up en Allemagne. À l’époque, Gerber n’avait que 23 ans et avoue avoir travaillé sans relâche, sacrifiant nuits blanches, week-ends et soirées. « Si nous avions fait des études sérieuses, à la McKinsey ou Boston Consulting Group, en regardant toute la concurrence en place, nous ne serions sans doute jamais entrés sur ce marché », reconnaît-il avec lucidité.
Quelques années plus tard, après avoir identifié un problème récurrent lors de son passage chez Lieferando, il lance Talon.One. Cette nouvelle entreprise, axée sur l’exploitation des données clients pour des promotions ciblées, répond à un besoin qu’il juge universel : « Pour créer de la valeur, il faut aller au-delà de la simple transaction. » Selon lui, les marques doivent établir un véritable contrat avec leurs clients en échange de leurs données personnelles. « Vous leur confiez vos données, vous dites que, pour le programme de fidélité, vous allez en donner un peu plus, indiquer votre âge, votre situation familiale. En échange, vous attendez de la marque qu’elle propose des avantages qui justifient que vous lui livriez tous ces détails sur vous. Je pense que c’est ce que les marques commencent peu à peu à comprendre. »
L’équilibre entre vie professionnelle et personnelle : une évolution personnelle
À 40 ans, père de trois enfants, Christoph Gerber a radicalement changé sa vision du travail et de l’identité professionnelle. « Talon.One est une entreprise, ce ne devrait pas être mon identité, et je n’attends pas cela non plus de quiconque dans mon équipe », explique-t-il. Il prône désormais un équilibre entre vie professionnelle et personnelle, convaincu que cela améliore la productivité. « Une fois leurs heures de travail effectuées, je m’attends à ce que mes salariés ferment leur ordinateur et rejoignent leur famille. Leurs résultats n’en seront que meilleurs. »
Il se décrit lui-même comme « d’un ennui total en dehors du travail » et assume pleinement ce choix. « Je n’ai pas envie qu’on grave sur ma tombe fondateur d’un service de livraison de pizzas et fondateur d’une infrastructure de coupons promotionnels. Je préfère qu’on me voie comme un super père, un bon ami, un bon compagnon… et le reste, c’est du business. » Cette philosophie tranche avec l’image du fondateur obsédé par la croissance à tout prix. Pour lui, à un certain stade de la vie, les priorités doivent changer.
Reste à voir si cette vision de l’entrepreneuriat, où l’égo et l’humilité coexistent, parviendra à convaincre une nouvelle génération de créateurs d’entreprise. Une chose est sûre : Christoph Gerber n’a pas fini de surprendre.
Lieferando, fondée en 2008, est une plateforme de livraison de repas en Allemagne, aujourd’hui intégrée au groupe Takeaway.com. Talon.One, créée plus tard, est une entreprise spécialisée dans les infrastructures numériques permettant aux marques de gérer des promotions et réductions personnalisées pour leurs clients, en exploitant leurs données.
