Cette semaine, trois productions cinématographiques se partagent les écrans français : L’Objet du délit, une comédie dramatique d’Agnès Jaoui dédiée à Jean-Pierre Bacri, Le Virtuose, premier long-métrage de fiction du documentariste canadien Daniel Roher, et Colony, film d’horreur coréen de Yeon Sang-ho. Tout va super, comédie romantique de Patrick Cassir, est en revanche à éviter selon la critique du Figaro.
Ce qu'il faut retenir
- L’Objet du délit (2h13) : une comédie dramatique d’Agnès Jaoui qui aborde les travers du temps et du monde artistique, avec Eye Haïdara et Jaoui elle-même dans les rôles principaux.
- Le Virtuose (1h49) : premier long-métrage de fiction du réalisateur Daniel Roher, primé aux Oscars en 2023 pour son documentaire sur Alexeï Navalny. Le film met en scène Leo Woodall et Dustin Hoffman.
- Colony (2h02) : un film d’horreur coréen réalisé par Yeon Sang-ho, où des zombies télécommandés par une intelligence collective envahissent une tour moderne à Séoul.
- Tout va super (1h31) : une comédie romantique de Patrick Cassir, avec Hakim Jemili et Marie Colomb, jugée trop neutre par la critique.
- Les trois films primés par le Figaro obtiennent la note de 3/4, tandis que Tout va super n’en reçoit qu’1/4.
- Agnès Jaoui déclare que son film « met tout le monde à contribution, y compris #MeToo », selon ses propos rapportés par Le Figaro.
L’Objet du délit : une satire du monde artistique sous le prisme de MeToo
Dans L’Objet du délit, Agnès Jaoui signe une comédie dramatique qui interroge les dynamiques de pouvoir et les excès du milieu artistique, dédié à l’acteur Jean-Pierre Bacri, disparu en 2021. Le film se déroule dans le Midi, où une troupe de théâtre en tournée pour une adaptation moderne des Noces de Figaro se retrouve confrontée à des tensions internes. Les répétitions, menées par une metteuse en scène à la fois influenceuse et artiste (interprétée par Jaoui), s’enveniment après qu’un ténor italien soit accusé de gestes déplacés envers une partenaire. Cette accusation déclenche une vague de réactions, mêlant indignation et hypocrisie, dans une mise en abyme des débats actuels autour de #MeToo.
« Dans L’Objet du délit, tout le monde en prend pour son grade, y compris #MeToo », a déclaré Agnès Jaoui au Figaro. La réalisatrice y explore la complexité des rapports humains, oscillant entre légèreté et gravité, avec une touche d’autodérision. Le film, qui obtient 3/4 dans le journal, est salué pour sa « nuance » et son « élégance », tout en suscitant des débats sur la pertinence de la sanction infligée au personnage accusé.
Le Virtuose : l’histoire d’un prodige devenu braqueur malgré lui
Le Virtuose marque les débuts de fiction du réalisateur canadien Daniel Roher, connu pour son documentaire primé aux Oscars, Navalny (2023). Le film raconte l’histoire de Nicky, un pianiste à l’oreille absolue souffrant d’hyperacousie – une sensibilité extrême aux sons qui le rend incapable de jouer. Contraint de se reconvertir comme accordeur de pianos pour les conservatoires new-yorkais, il utilise malgré lui son handicap pour percer le code d’un coffre-fort. Cette découverte fortuite le plonge dans une spirale criminelle, où il se retrouve impliqué dans un braquage orchestré par des agents véreux.
Avec Leo Woodall dans le rôle-titre et Dustin Hoffman en mentor ambigu, Roher alterne entre « tendresse et violence », selon la critique du Figaro. Le film, également noté 3/4, surprend par son rythme et son mélange des genres, passant du quotidien le plus trivial au suspense le plus haletant. Une performance remarquée pour un premier long-métrage de fiction.
Colony : un film de zombies socialement engagé et verticalisé
Colony, réalisé par Yeon Sang-ho – connu pour Train to Busan (2016) –, propose une réinterprétation du genre zombie, où l’horreur se mêle à une critique sociale acerbe. L’intrigue se déroule dans une tour ultramoderne de Séoul, où un symposium scientifique tourne au cauchemar après qu’un jeune savant en rupture de ban libère un virus transformant une partie de la population en zombies télécommandés par une intelligence collective. Coincés dans l’édifice, un biologiste et son ex-épouse doivent survivre tandis que l’épidémie gagne les galeries marchandes, transformées en « lieux de consommation décharnés ».
Le réalisateur coréen innove en « verticalisant » l’action, confinant ses personnages dans une tour dont la seule issue est la chute. Cette mise en scène claustrophobique, saluée par Le Figaro, renforce la tension et offre une métaphore des travers de la société contemporaine. Comme souvent chez Yeon Sang-ho, le genre sert de « révélateur social », ici illustré par des zombies errant comme des consommateurs affamés. Le film, noté 3/4, est décrit comme « aussi terrifiant que jubilatoire ».
Tout va super : une comédie romantique jugée trop tiède
En opposition aux trois autres titres, Tout va super, réalisé par Patrick Cassir, est la seule production de la semaine à ne pas convaincre la critique du Figaro, qui lui attribue la note de 1/4. Le film suit le parcours d’Elie (Hakim Jemili) et Anaïs (Marie Colomb), deux inconnus qui se croisent le 31 décembre dans un bar new-yorkais. Leur coup de foudre donne lieu à une scène prometteuse, bien dialoguée et rythmée, où une chauffeuse de taxi les accueille chez elle pour une nuit mémorable. Pourtant, le reste du film peine à convaincre.
Entre légèreté et gravité, la comédie romantique peine à trouver son équilibre, notamment à cause d’un scénario inabouti : le spectateur ne comprend pas pourquoi Elie cache à Anaïs la rechute de sa mère, malade d’un cancer. Les personnages secondaires, comme Noémie Lvovsky en mère étouffante ou Rudy Milstein en aide à domicile incompétent, n’apportent pas la profondeur escomptée. Résultat : un film « trop neutre pour émouvoir », selon Le Figaro.
Si Tout va super ne semble pas destiné à une longue carrière en salles, la semaine prochaine verra l’arrivée de Midnight Echo, un thriller psychologique australien, qui pourrait redonner un second souffle à une affiche estivale encore en construction. Reste à savoir si le public suivra les choix audacieux des réalisateurs ou privilégiera des productions plus consensuelles.
Le Virtuose alterne entre plusieurs genres : d’abord présenté comme un drame sur le handicap (l’hyperacousie de Nicky), il bascule rapidement dans le thriller criminel. Ce mélange des tonalités, passant de la tendresse à la violence, est souligné par la critique du Figaro, qui y voit une « aisance à passer d’un registre à l’autre » caractéristique du premier long-métrage de Daniel Roher.
Yeon Sang-ho innove en « verticalisant » l’action dans Colony, une approche qui renouvelle la tension du genre. En confinant ses personnages au sommet d’une tour, il crée une claustrophobie inédite, où la seule issue possible est la chute. Ce choix narratif, combiné à une critique sociale mordante, distingue son film des productions classiques de zombies, souvent cantonnées à des espaces horizontaux (rues, centres commerciaux).