Un sommet régional organisé à Santiago du Chili jeudi 28 mai 2026 a marqué une étape concrète dans la lutte contre le crime organisé en Amérique du Sud. Selon RFI, cinq pays – le Chili, l’Argentine, le Pérou, la Bolivie et l’Équateur – ont signé une feuille de route commune pour renforcer leur coordination face à ce fléau. L’initiative, portée par le président chilien, vise à positionner le Chili comme un acteur central en matière de sécurité dans une région particulièrement touchée par les réseaux criminels transfrontaliers.

Ce qu'il faut retenir

  • Une feuille de route commune a été signée à Santiago le 28 mai 2026 par cinq pays d’Amérique du Sud : le Chili, l’Argentine, le Pérou, la Bolivie et l’Équateur.
  • Les dirigeants ont convenu d’un renforcement de la coordination aux frontières et d’un échange accru d’informations entre les services de renseignement.
  • La lutte contre la traçabilité des flux financiers illicites figure parmi les priorités identifiées.
  • Le président chilien, issu de l’extrême droite, cherche à faire du Chili un leader régional en matière de sécurité.

Une rencontre stratégique à Santiago pour coordonner les actions

Réunis sous l’égide du Chili, les cinq pays sud-américains ont acté leur volonté de mutualiser leurs efforts face à la montée en puissance des réseaux criminels organisés. Selon RFI, cette rencontre s’inscrit dans un contexte où les trafics de drogue, la contrebande et les flux financiers illégaux traversent allègrement les frontières, profitant des failles entre les systèmes judiciaires et policiers nationaux. Le Chili, déjà considéré comme l’un des pays les plus stables de la région, mise sur cette initiative pour consolider son influence diplomatique et sécuritaire.

Parmi les mesures annoncées, les participants ont souligné l’importance d’une meilleure traçabilité des mouvements financiers suspects. « Sans cette transparence, il est impossible de démanteler les structures criminelles », a déclaré un haut responsable chilien sous couvert d’anonymat. Par ailleurs, les échanges d’informations entre services de renseignement devraient être formalisés via des canaux sécurisés, une pratique encore inégale entre ces pays.

Des défis communs et des solutions coordonnées

L’Amérique du Sud reste une plaque tournante du trafic de stupéfiants, avec des corridors majeurs reliant la Colombie et le Pérou aux marchés consommateurs d’Europe et d’Amérique du Nord. Selon les dernières estimations de l’ONU, ces trafics génèrent un chiffre d’affaires annuel de plus de 100 milliards de dollars pour les groupes criminels opérant dans la région. Face à cette réalité, les cinq pays participants ont identifié plusieurs axes prioritaires :

  • Renforcement des contrôles aux frontières, notamment dans les zones poreuses comme la triple frontière entre l’Argentine, le Brésil et le Paraguay.
  • Harmonisation des législations pour faciliter les enquêtes transfrontalières et les extraditions.
  • Collaboration avec les institutions régionales, comme l’Organisation des États américains (OEA) ou la Communauté andine des nations (CAN).

« Nous devons agir ensemble, car un trafic arrêté au Chili peut être relancé depuis l’Équateur ou la Bolivie si les contrôles ne sont pas coordonnés », a expliqué un représentant péruvien présent lors des discussions.

Un leadership chilien contesté mais assumé

Le président chilien, dont le gouvernement est marqué par une ligne politique très à droite, a clairement affiché son ambition : faire du Chili un modèle de lutte contre le crime organisé en Amérique du Sud. « Le Chili ne peut plus rester spectateur face à la dégradation de la sécurité dans notre région », a-t-il affirmé lors d’une conférence de presse. Pourtant, cette position suscite des réserves chez certains voisins, qui craignent une instrumentalisation politique de la question sécuritaire.

D’après RFI, plusieurs diplomates sud-américains ont évoqué en privé des « arrière-pensées électoralistes » derrière cette initiative, alors que le président chilien est engagé dans une campagne pour les élections de 2027. Reste à voir si cette coopération survivra au-delà du momentum politique actuel.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes devraient se concrétiser d’ici la fin de l’année 2026, avec la mise en place d’une cellule régionale d’échange d’informations basée à Santiago. Un premier bilan de cette coopération est attendu pour le 30 novembre 2026, date prévue pour un nouveau sommet à Buenos Aires. En cas de succès, d’autres pays pourraient rejoindre l’initiative, notamment le Brésil et la Colombie, deux acteurs majeurs du trafic de drogue en Amérique latine.

Cette coopération transnationale soulève aussi des questions plus larges : dans quelle mesure les pays sud-américains parviendront-ils à concilier leurs intérêts nationaux avec une action collective ? Et jusqu’où le Chili sera-t-il prêt à aller pour imposer son leadership, alors que les tensions internes sur les questions migratoires et sécuritaires restent vives ? Autant de défis qui détermineront l’avenir de cette alliance naissante.

Selon les informations relayées par RFI, les réseaux de trafic de drogue (notamment la cocaïne en provenance du Pérou et de Bolivie) et les groupes dédiés au trafic d’armes figurent parmi les cibles prioritaires. Les flux financiers illicites, souvent liés au blanchiment d’argent via des sociétés écrans, sont également dans le viseur des autorités.