Pour son quatre-vingtième anniversaire, les Nuits de Fourvière ont choisi une ouverture spectaculaire avec la première mondiale de « Revoir les étoiles », nouvelle création de la compagnie australienne Circa. Selon Franceinfo - Culture, ce spectacle acrobatique et poétique, mis en scène par Yaron Lifschitz, a été présenté devant un public de 2 100 personnes dans le théâtre antique de Fourvière, jeudi 28 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Première mondiale de « Revoir les étoiles », conçu par la compagnie Circa pour l’ouverture des Nuits de Fourvière 2026.
  • Spectacle inspiré de La Divine Comédie de Dante, structuré en trois actes : l’Enfer, le Purgatoire et le Paradis.
  • Douze acrobates et quatre musiciens sur scène, avec une mise en scène collective et des figures humaines inédites.
  • Thème central : la rédemption par la confiance et la solidarité, selon les mots du metteur en scène Yaron Lifschitz.
  • Public sous le charme, saluant avec enthousiasme les prouesses techniques et l’émotion du spectacle.

Un hommage lyrique à la résilience humaine

À la tombée de la nuit, jeudi 28 mai 2026, les projecteurs du théâtre antique de Fourvière se sont éteints sur une Lyon baignée par une douceur inhabituelle pour la saison. Avec des températures dépassant les 25 °C, cette soirée d’ouverture des Nuits de Fourvière s’inscrivait déjà dans un contexte météorologique exceptionnel. Mais c’est bien la performance de Circa qui a marqué les esprits, proposant une interprétation acrobatique et métaphorique de La Divine Comédie de Dante Alighieri.

Sur scène, douze acrobates incarnent des âmes en quête de rédemption, évoluant entre enfer, purgatoire et paradis. Leur voyage, rythmé par quatre musiciens aux accents lyriques, transforme chaque mouvement en une chorégraphie collective où la synchronisation et la confiance mutuelle deviennent les clés de la survie. Les figures humaines, d’une précision chirurgicale, alternent entre puissance et fragilité, rappelant que chaque exploit physique repose sur l’humain et ses limites.

La poésie du cirque contemporain

La création de Circa se distingue par son approche à la fois exigeante et poétique. Si le spectacle puise son inspiration dans l’œuvre de Dante, il s’en éloigne délibérément pour explorer ce qui advient après l’Enfer. « Je voulais montrer que nous pouvons regagner la surface, que nous pouvons revenir des ténèbres », a expliqué Yaron Lifschitz, fondateur de la compagnie. « Nous porterons toujours ce poids, ces souvenirs, ces traumatismes, mais parfois, ceux qui nous entourent font partie du problème… et parfois, ils nous portent. »

Sur scène, les acrobates matérialisent cette idée en formant des structures humaines toujours plus audacieuses. Leur quête de lumière, symbolisée par le retour des étoiles, devient une métaphore de la résilience collective. Le public, captivé, retient son souffle à chaque séquence, comme si les artistes défiaient les lois de la gravité pour offrir une vision du salut partagé.

Une première mondiale saluée par la critique et le public

Avec « Revoir les étoiles », Circa signe sa troisième première mondiale aux Nuits de Fourvière et sa sixième création présentée sur la colline lyonnaise. Mais c’est la première fois que la troupe ouvre officiellement le festival, une responsabilité assumée avec brio. Le spectacle a été salué pour son équilibre entre technicité acrobatique et profondeur narrative. Les acrobates, tous professionnels aguerris, poussent les limites du possible sans jamais sacrifier l’émotion au profit de la performance pure.

Yaron Lifschitz confie avoir d’abord envisagé une version plus sombre du spectacle : « Nous avions commencé par écrire quelque chose de beaucoup plus sombre, même le spectacle l’est à certains moments. Mais je n’ai jamais voulu que le thème soit ‘regardez à quel point être humain est tordu et douloureux’. » L’équilibre trouvé entre ombre et lumière, entre effort physique et grâce poétique, a visiblement convaincu le public. Les gradins de pierre ont vibré sous les applaudissements, tandis que des coussins bleus – clin d’œil aux traditionnelles pluies de confettis du festival – ont été lancés sur scène en signe de célébration.

Un spectacle où l’humain reste au cœur de l’exploit

Malgré la virtuosité des acrobates, Circa a choisi de ne pas gommer les imperfections. Les tremblements de jambes, les pieds qui glissent légèrement, ou les ajustements en coulisses rappellent que ces performances restent avant tout le fruit d’un travail d’équipe, où chaque détail compte. Pour Govin Ruben, concepteur lumière du spectacle, l’excellence des artistes aurait suffi à sublimer la scène : « Quand les artistes sont aussi excellents, je me dis qu’on pourrait juste faire le spectacle à la lumière de la Lune et que ça aurait rendu tout aussi bien. »

Cette humilité face à l’exploit technique contraste avec l’ampleur des figures réalisées. Les acrobates, parfois suspendus à plusieurs mètres du sol, enchaînent les sauts périlleux, les équilibres précaires et les portés collectifs, le tout au service d’une narration où la chute n’est qu’une étape vers la rédemption. Le public, suspendu à chaque mouvement, a semblé partager cette émotion. « Je préfère que les gens retiennent leur souffle plutôt qu’ils applaudissent. Applaudir est presque un automatisme. Mais c’est fou quand les gens ont de véritables sensations dans leurs corps, ils se synchronisent avec les acrobates », a souligné Yaron Lifschitz.

Et maintenant ?

Le succès critique et public de « Revoir les étoiles » pourrait consolider la réputation de Circa comme l’une des compagnies de cirque contemporain les plus innovantes au monde. Si le spectacle est d’ores et déjà salué, il reste à voir s’il sera programmé ailleurs en France ou à l’international dans les mois à venir. Les Nuits de Fourvière, qui célèbrent leur 80e édition cette année, devraient par ailleurs annoncer sous peu leur programmation complète pour les prochaines semaines. Une chose est sûre : cette ouverture restera comme l’un des moments forts d’un festival historique.

Pour les spectateurs présents jeudi soir, une question persiste : comment Circa parviendra-t-elle à dépasser cette création ambitieuse dans les années à venir ? Le pari semble déjà gagné pour les Nuits de Fourvière, qui ont trouvé en cette compagnie australienne un partenaire artistique à la hauteur de leurs ambitions.

Fondée en 2004 par Yaron Lifschitz à Brisbane (Australie), Circa est une compagnie de cirque contemporain reconnue internationalement pour ses créations collectives et poétiques. Elle a été sélectionnée pour ouvrir le 80e anniversaire des Nuits de Fourvière en raison de son approche innovante, mêlant acrobaties, musique et narration, ainsi que pour son expérience des grandes scènes lyriques.

Le spectacle s’inspire librement de la structure tripartite de La Divine Comédie (Enfer, Purgatoire, Paradis), mais en détourne le propos. Plutôt que de se concentrer sur la punition des âmes, Circa met en scène leur quête collective de rédemption et de lumière, symbolisée par le retour des étoiles à la fin du spectacle.