Alors que l’Europe suffoque sous un « dôme de chaleur », l’Organisation météorologique mondiale (OMM) publie ce jeudi une nouvelle série de prévisions climatiques pour la période 2026-2030. Selon les projections, ces cinq années devraient enregistrer des températures moyennes mondiales inédites, confirmant la tendance au réchauffement déjà observée ces dernières décennies. Le service météorologique britannique, le Met Office, a élaboré ce bulletin pour le compte de l’OMM, offrant ainsi une vision actualisée des risques climatiques à court terme.
Ce qu’il faut retenir
- Une probabilité de 91 % que la moyenne des températures des cinq prochaines années dépasse celle des cinq années précédentes.
- Chaque année entre 2026 et 2030 pourrait afficher une température moyenne supérieure de 1,3 °C à 1,9 °C par rapport à l’ère préindustrielle (1850-1900).
- L’OMM juge « extrêmement improbable » (moins de 1 %) que le seuil de +2 °C soit franchi avant 2030.
- Le phénomène El Niño devrait jouer un rôle clé dans cette dynamique, combiné à des conditions locales comme les « dômes de chaleur » observés actuellement en Europe.
Des températures en hausse quasi certaine pour 2026-2030
Les prévisions de l’OMM laissent peu de place au doute : la probabilité que les cinq prochaines années soient plus chaudes que la période 2021-2025 atteint 91 %. Chaque année de cette décennie devrait enregistrer une température moyenne mondiale supérieure de 1,3 °C à 1,9 °C par rapport à la moyenne de l’ère préindustrielle, selon les critères établis par les climatologues. Autant dire que le scénario d’un réchauffement modéré n’est plus d’actualité.
L’OMM précise toutefois que le dépassement du seuil symbolique de +2 °C reste très improbable avant 2030. « Nous sommes désormais dans une ère où les records de chaleur s’enchaînent, mais les marges de manœuvre pour éviter les pires scénarios se réduisent », a indiqué un porte-parole de l’organisation. Le Met Office, qui a participé à l’élaboration de ces projections, rappelle que ces données s’appuient sur des modèles climatiques éprouvés, intégrant à la fois les tendances naturelles et les émissions de gaz à effet de serre.
El Niño et les « dômes de chaleur » : les mécanismes en jeu
Plusieurs facteurs expliquent cette accélération du réchauffement. Le retour du phénomène El Niño, caractérisé par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique, devrait amplifier les températures mondiales. Selon les experts, ce cycle naturel pourrait atteindre son pic d’ici la fin de l’année 2025, avant de s’atténuer progressivement. « El Niño a un impact direct sur les moyennes globales, mais son influence sera modulée par d’autres variables, comme les courants-jets ou l’activité solaire », explique un climatologue du Met Office.
Côté Europe, les « dômes de chaleur » – ces zones de haute pression qui bloquent l’air chaud en provenance d’Afrique du Nord – illustrent déjà les conséquences concrètes de ce réchauffement. Ces épisodes, de plus en plus fréquents et intenses, devraient se multiplier d’ici 2030, avec des pics de température pouvant dépasser les 40 °C dans certaines régions. « Ces phénomènes ne sont pas nouveaux, mais leur récurrence et leur durée s’allongent, ce qui les rend plus dangereux pour les populations », souligne l’OMM.
« Les cinq prochaines années s’annoncent comme une période charnière. Même si le seuil de +2 °C n’est pas franchi avant 2030, chaque dixième de degré compte pour limiter les impacts du changement climatique. »
Un seuil de +1,5 °C déjà dépassé à l’échelle régionale
Si les prévisions globales restent prudentes sur le dépassement du seuil de +2 °C avant 2030, plusieurs régions du monde pourraient, d’ici là, avoir déjà enregistré des moyennes annuelles supérieures à +1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. C’est notamment le cas de l’Arctique, où le réchauffement est deux à trois fois plus rapide que la moyenne mondiale. « Ces disparités régionales sont un marqueur du changement climatique : certaines zones paient un prix bien plus lourd que d’autres », commente un chercheur de l’OMM.
En France, l’année 2025 s’inscrit déjà parmi les quatre plus chaudes jamais mesurées, selon les données de Météo-France. Les projections pour les cinq prochaines années laissent craindre une aggravation des vagues de chaleur, avec des nuits dites « tropicales » – où les températures ne descendent pas sous les 20 °C – de plus en plus fréquentes. « On estime que d’ici 2050, certaines communes pourraient connaître jusqu’à 30 nuits tropicales par an, contre une dizaine aujourd’hui », alerte un expert.
D’ici là, les scientifiques appellent à une vigilance accrue. « Les prévisions de l’OMM ne sont pas des prédictions, mais des scénarios fondés sur des données robustes. Elles doivent servir de signal d’alarme pour agir sans tarder », rappelle un climatologue. Alors que les records de chaleur s’enchaînent, une question reste en suspens : les engagements internationaux seront-ils à la hauteur de l’urgence climatique ?
El Niño est un phénomène naturel qui se caractérise par un réchauffement anormal des eaux du Pacifique équatorial. Ce phénomène modifie les courants atmosphériques et les régimes de précipitations à l’échelle mondiale, entraînant une hausse générale des températures. Selon l’OMM, son retour en 2025-2026 devrait amplifier temporairement le réchauffement global, avant que ses effets ne s’atténuent.
Un « dôme de chaleur » est une zone de haute pression qui agit comme un couvercle, bloquant l’air chaud au sol et empêchant les nuages de se former. Cela entraîne des températures extrêmes, parfois mortelles, surtout pour les personnes vulnérables (personnes âgées, nourrissons, etc.). En Europe, ces épisodes sont de plus en plus fréquents et intenses, en lien avec le réchauffement climatique.