« Quand Chai est morte à l’âge de 5 ans, j’ai eu le sentiment qu’on nous avait volé du temps », explique Kelly Anderson, propriétaire du félin, qui a choisi de recourir au clonage pour lui donner une seconde vie. Comme elle, des personnalités telles que le président argentin Javier Milei ou encore l’influenceuse Paris Hilton ont fait le même choix, popularisant une pratique encore marginale mais révélatrice de notre rapport à la mort et à la consommation.
Selon Courrier International, cette tendance pose question : le clonage d’animaux domestiques, autrefois relégué au domaine de la science-fiction, devient-il un simple produit de consommation ? À travers le récit de Kelly Anderson, qui a vu naître « Clone Kitty » – désormais suivi par près de 150 000 abonnés sur TikTok – et les analyses de spécialistes, le sujet invite à une réflexion sur les limites éthiques et pratiques de cette technologie.
Ce qu'il faut retenir
- Kelly Anderson a cloné son chat Chai après sa mort, donnant naissance à « Clone Kitty », suivie par 150 000 abonnés sur TikTok.
- Le processus nécessite un échantillon de tissu viable (comme un morceau d’oreille) dans les cinq jours suivant la mort de l’animal.
- Seulement 2 % des clonages de chiens aboutissent à la naissance d’un chiot vivant, selon une étude de 2022.
- Le premier clone de chien, Snuppy, a nécessité 1 095 ovocytes et 123 mères porteuses.
- Les associations de protection animale dénoncent un détournement consumériste de la relation avec les animaux.
Un marché en plein essor, porté par des personnalités influentes
Le clonage d’animaux de compagnie reste une procédure rare et coûteuse, mais son médiatisation croissante – notamment grâce à des figures publiques – en fait un phénomène culturel. « On ne peut pas parler de démocratisation, mais plutôt d’une popularisation qui en dit long sur notre nouveau rapport à la mort », analyse le magazine britannique Dazed, cité par Courrier International. Kelly Anderson, dont le chat cloné « Clone Kitty » compte désormais une communauté en ligne, illustre cette tendance.
Des personnalités comme Javier Milei ou Paris Hilton ont également assumé avoir eu recours au clonage, contribuant à normaliser cette pratique. Pourtant, derrière l’émotion et la promesse d’immortalité se cache un processus complexe, à la fois technique et éthique. « Le clonage avait l’air plus poétique, il était comme la continuation de son histoire. Mais si vous recherchez un clone de science-fiction qui soit un copier-coller de l’original, cette technique n’est pas pour vous », précise Kelly Anderson dans Dazed.
Comment fonctionne le clonage d’un animal de compagnie ?
Le processus débute par la conservation des cellules de l’animal défunt, généralement prélevées sur un morceau d’oreille. « Les gens ne veulent pas qu’il manque une oreille à leur animal, alors parfois il faut les convaincre », explique une responsable de la plus grande société de clonage animal, interrogée par Wired. Une fois l’échantillon arrivé au laboratoire, les cellules sont cultivées avant d’être congelées pour une utilisation future.
La technique repose ensuite sur la création d’embryons à partir de ces cellules. « On prend un ovocyte d’une donneuse, on en retire le noyau, puis on y insère l’une des millions de cellules obtenues en culture. Par un stimulus électrique, on fait croire à l’ovocyte qu’il est fécondé, mais il n’y a pas de spermatozoïdes. C’est la magie du clonage », décrit la chargée de clientèle. Plusieurs embryons sont ensuite transférés dans une femelle porteuse de la même espèce.
À noter que le résultat n’est pas un retour à la vie de l’animal original, mais bien la naissance d’un nouvel individu au patrimoine génétique identique, comparable à des jumeaux monozygotes. Une nuance importante pour les propriétaires en quête d’une continuité émotionnelle.
Des limites éthiques et pratiques majeures
Malgré son attrait médiatique, le clonage soulève plusieurs problèmes majeurs. D’abord, son efficacité reste extrêmement faible : selon une étude menée sur mille chiens en 2022, seuls 2 % des clonages aboutissent à la naissance d’un chiot vivant. Un taux jugé « ridiculement bas » par Lindsay Marshall, experte en sciences animales à l’association Humane World for Animals.
Ensuite, la question du bien-être animal se pose avec acuité. Pour obtenir le premier clone de chien, Snuppy, il avait fallu 1 095 ovocytes et 123 mères porteuses. « Nous sommes loin d’assurer une bonne qualité de vie à tous les animaux qui cohabitent déjà avec nous sur Terre, et il en va de même pour ceux utilisés dans ces procédés », rappelle Dazed. Cette pratique interroge également notre rapport consumériste à la mort, où le deuil serait transformé en une solution technologique.
Philip Tedeschi, codirecteur de l’Institut pour la sensibilité et la protection des animaux, souligne : « C’est en particulier parce qu’elles ne sont pas éternelles que nos relations sont importantes. » Une réflexion qui contraste avec une société où la mort est perçue comme un problème à résoudre plutôt qu’un processus naturel à honorer.
Un miroir de nos contradictions sociétales
Le clonage d’animaux domestiques reflète une tendance plus large : celle d’une culture obsédée par l’immortalité et la maîtrise du vivant. « Dans la culture occidentale, la mort est devenue un problème à régler grâce aux derniers progrès scientifiques, regrette Dazed. Nos systèmes de valeurs engendrent et dénoncent le deuil tout à la fois – il doit être évité et non honoré. »
Cette logique consumériste s’étend même à la biodiversité. Alors que des chercheurs s’efforcent de cloner des espèces en voie de disparition, certains craignent une insouciance croissante face à l’extinction, avec l’illusion de pouvoir « tout ramener à la vie ». « À l’heure où les chercheurs se précipitent pour cloner des espèces en voie de disparition, Tedeschi craint que nous ne devenions insouciants face à l’extinction de la biodiversité sur la planète », alerte Courrier International.
Cette démarche interroge : en cherchant à prolonger artificiellement la présence de nos compagnons, ne risquons-nous pas de perdre de vue la beauté éphémère de la vie ? Comme le suggère le cinéaste Wim Wenders dans Les Ailes du désir : « On a le privilège fantastique de vivre. Et c’est tellement mieux que l’éternité. »
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Les tarifs varient selon les laboratoires et les espèces, mais ils s’échelonnent généralement entre 30 000 et 100 000 dollars. Par exemple, une entreprise chinoise comme Sinogene propose des forfaits incluant la conservation des cellules, le processus de clonage et la naissance de l’animal.
Plusieurs solutions existent pour honorer la mémoire d’un animal disparu, comme la crémation avec récupération des cendres, la création d’un mémorial ou encore le recours à des services de taxidermie. Certaines associations proposent également des thérapies pour accompagner les propriétaires dans leur deuil.