Une attaque armée menée jeudi dans une zone rurale du sud-ouest de la Colombie a fait au moins six morts et plusieurs autres blessés graves. Selon Le Figaro, les faits se sont produits dans le département du Cauca, près de la ville de Popayán, où des hommes équipés d’armes à courte et longue portée ont ouvert le feu sur plusieurs personnes.
Ce qu'il faut retenir
- Au moins six morts et plusieurs blessés graves après une attaque armée dans le département du Cauca, près de Popayán.
- Les assaillants ont tiré depuis deux camionnettes avant de s’enfuir, selon les autorités locales.
- Cette attaque porte à 36 le nombre de tueries enregistrées en Colombie en 2026, un record depuis l’accord de paix de 2016.
- Les autorités n’ont pas encore identifié de piste claire et attendent le soutien de l’armée pour intervenir dans la zone.
- La Colombie traverse sa pire vague de violences en dix ans, impliquant des groupes armés liés au trafic de drogue et des dissidents des FARC.
Les détails de l’attaque ont été communiqués par Felipe Acosta, secrétaire municipal de Popayán, dans un communiqué de presse. D’après ses déclarations, les assaillants sont arrivés à bord de deux camionnettes et ont ouvert le feu sur plusieurs personnes présentes dans une propriété située à proximité de la ville. Cinq victimes se trouvaient à l’intérieur du bâtiment, tandis qu’une sixième se trouvait à l’extérieur au moment des tirs.
Les autorités locales ont rapidement évoqué l’implication possible de groupes armés illégaux opérant dans la région. Parmi eux figurent des dissidents de l’ancienne guérilla des FARC, ainsi que d’autres organisations criminelles spécialisées dans le trafic de drogue. Aucune arrestation n’a encore été effectuée, et les forces de l’ordre peinent à accéder à la zone en raison de l’insécurité persistante.
Cette attaque s’inscrit dans un contexte de recrudescence de la violence en Colombie, où les groupes armés profitent des zones reculées pour étendre leur emprise. Selon l’Institut d’études pour le développement et la paix (Indepaz), 36 homicides ont été recensés dans le pays depuis le début de l’année 2026. Un chiffre qui dépasse déjà le total enregistré sur l’ensemble de l’année 2025, et qui constitue un record depuis la signature de l’accord de paix avec les FARC en 2016.
Le président colombien Gustavo Petro, élu en 2022 sur une promesse de paix, n’a jusqu’à présent obtenu que des résultats limités dans ses négociations avec les groupes armés. Alors que son mandat touche à sa fin dans quatre mois, aucun accord significatif n’a été conclu, malgré les espoirs initiaux portés par sa politique de « paix totale ». Les observateurs soulignent que l’échec partiel de cette stratégie a contribué à la montée en puissance des violences dans plusieurs régions du pays.
Une région sous tension depuis des années
Le département du Cauca, où s’est produite l’attaque, est l’une des zones les plus instables de Colombie. Depuis des décennies, il est le théâtre de combats entre groupes armés, forces de l’ordre et milices locales. Les dissidents des FARC, mais aussi des gangs comme l’ELN ou des organisations criminelles comme les Clan del Golfo, y mènent des activités illicites, notamment le trafic de drogue et l’extorsion.
Les habitants de ces zones rurales vivent sous la menace constante de représailles, de déplacements forcés ou d’enlèvements. Les autorités reconnaissent leur difficulté à y rétablir un ordre durable, en raison de la présence de ces groupes et du terrain montagneux, propice aux embuscades. Les attaques contre des civils, comme celle de jeudi, restent malheureusement fréquentes et illustrent l’incapacité des pouvoirs publics à garantir la sécurité dans ces territoires.
« Les assaillants ont tué une personne à l’extérieur et cinq autres à l’intérieur de la propriété. »
Felipe Acosta, secrétaire municipal de Popayán
Les enquêteurs tentent désormais d’identifier les auteurs de l’attaque et leurs motivations. Plusieurs hypothèses sont avancées : règlement de comptes entre groupes criminels, attaque ciblée contre une propriété perçue comme un point stratégique, ou encore intimidation envers la population locale. Les forces de l’ordre, en coordination avec l’armée, devraient prochainement tenter d’accéder à la zone pour recueillir des preuves et sécuriser les lieux.
Un bilan déjà lourd en 2026
L’année 2026 s’annonce comme l’une des plus meurtrières pour la Colombie depuis la fin du conflit avec les FARC. Les violences ne se limitent pas aux zones rurales : des affrontements ont également éclaté dans plusieurs villes, notamment dans le nord du pays, où des groupes armés se disputent le contrôle des routes du trafic de drogue.
Les chiffres compilés par Indepaz révèlent une accélération alarmante des homicides : après 36 morts en trois mois, le bilan pourrait s’alourdir si la tendance se poursuit. Les organisations de défense des droits humains alertent sur le risque d’une généralisation des violences, alors que les négociations de paix restent au point mort. Le gouvernement de Gustavo Petro, qui avait promis de mettre fin au cycle de la guerre, doit désormais faire face à une réalité bien plus complexe que prévu.
Face à cette situation, les autorités locales appellent à une mobilisation renforcée des forces de sécurité. Cependant, la tâche s’annonce ardue : les groupes armés disposent d’un réseau logistique important, financé par le narcotrafic, et bénéficient souvent de complicités au sein des populations locales, prises en étau entre la peur et la survie.
Dans l’immédiat, la population locale reste sous le choc. Les survivants de l’attaque de jeudi doivent désormais faire face à un deuil douloureux et à l’incertitude quant à leur sécurité future. Les organisations humanitaires appellent à une protection renforcée des civils, tandis que les autorités promettent de tout mettre en œuvre pour traduire les responsables en justice.
Cette nouvelle tragédie rappelle, une fois de plus, que la Colombie reste un pays profondément marqué par des décennies de conflit. Alors que les cicatrices de la guerre avec les FARC ne sont pas encore refermées, l’émergence de nouveaux groupes armés et la fragmentation des anciens mouvements de guérilla aggravent une situation déjà explosive.
En 2026, les principaux groupes armés en Colombie incluent les dissidents des FARC, l’ELN (Armée de libération nationale), les Clan del Golfo, ainsi que plusieurs organisations criminelles locales spécialisées dans le trafic de drogue et l’extorsion. Ces groupes sont particulièrement actifs dans les zones rurales comme le Cauca, où ils se disputent le contrôle des territoires.
La politique de « paix totale » lancée par Gustavo Petro en 2022 vise à négocier des accords de paix avec tous les groupes armés du pays, y compris les organisations criminelles. L’objectif est de mettre fin aux violences en intégrant ces groupes dans un processus de désarmement et de réinsertion, tout en répondant à leurs revendications socio-économiques.
