Un attentat à la bombe, revendiqué par les autorités colombiennes comme l'œuvre de dissidents des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), a causé la mort d’au moins 14 personnes et blessé 38 autres le 25 avril 2026 dans le département du Cauca, au sud-ouest du pays. Selon Courrier International, cet incident s’inscrit dans une série d’attaques ciblant les forces de l’ordre, perpétrées depuis la veille dans une région déjà en proie à une recrudescence de violences à l’approche du premier tour de l’élection présidentielle, prévu le 31 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Un attentat à la bombe dans le Cauca a fait 14 morts et 38 blessés le 25 avril 2026, attribué aux dissidents des Farc par les autorités colombiennes.
  • L’incident s’inscrit dans une vague d’attaques visant les forces de l’ordre depuis la veille, dans un contexte électoral tendu.
  • Les groupes armés, financés par le narcotrafic et l’orpaillage illégal, multiplient les violences pour démontrer leur capacité de nuisance.
  • La Mission d’observation électorale (MOE) a mis en garde contre une possible aggravation des violences avant le scrutin.
  • Le président Gustavo Petro a qualifié ces groupes de « narcoterroristes » et ordonné une « persécution maximale » contre eux.

L’attentat a eu lieu dans le quartier d’El Túnel, à Cajibío, sur une route reliant Popayán à Cali. D’après El Espectador, cité par Courrier International, un engin explosif a été lancé sur un bus de passagers, provoquant une explosion aux conséquences dramatiques. Cette région montagneuse du Cauca est depuis des mois le théâtre d’offensives gouvernementales contre ces groupes armés, qui tirent leurs revenus du narcotrafic, de l’extorsion et de l’exploitation illégale de l’or.

Les attaques se sont multipliées ce week-end. Outre l’explosion du bus à Cajibío, des engins explosifs ont visé des bataillons militaires, notamment dans le département de Valle del Cauca, où un bus piégé a été utilisé. Des tirs d’armes à feu ont également ciblé des commissariats, tandis qu’un bus de passagers a explosé dans le département voisin de Nariño. Des drones chargés d’explosifs ont par ailleurs été lancés contre des radars militaires dans le Cauca. Au total, six attaques ont été recensées en 48 heures, selon les médias colombiens.

Une escalade des violences en période électorale

La Mission d’observation électorale (MOE), une plateforme d’organisations civiles, avait alerté cette semaine sur une possible recrudescence des violences avant le scrutin. Comme le rapporte El Tiempo, les menaces contre les candidats se sont multipliées. Un exemple marquant : l’assassinat en 2025 d’un candidat de droite à Bogota, un acte qui rappelle les heures les plus sombres du conflit armé colombien, en cours depuis plus de soixante ans.

Bien que les violences électorales ne soient pas rares en Colombie, leur intensité actuelle est inhabituelle depuis la signature de l’accord de paix avec la guérilla marxiste des Farc en 2016. Pourtant, plusieurs groupes dissidents restent actifs, notamment dans les régions du Catatumbo (nord-est), de l’Arauca (est), du Caquetá et du Guaviare (sud-ouest), ainsi que dans les contreforts de la Sierra Nevada de Santa Marta (nord).

« Ce sont des pics de violence qui prouvent non seulement l’inefficacité de la politique de maintien de l’ordre public du gouvernement de gauche, mais aussi les dangers de sa stratégie de “paix totale”, qui consiste à négocier simultanément avec tous les groupes armés encore actifs », dénonce El Nuevo Siglo, un média conservateur.

Le président Gustavo Petro, qui ne se représente pas à l’élection de mai 2026, a réagi vivement sur X (ex-Twitter). Il a qualifié les dissidents des Farc, placés sous les ordres d’Iván Mordisco, de « criminels » souhaitant que « l’extrême droite gouverne la Colombie ». Selon lui, ces groupes savent que cette orientation politique leur permettrait de poursuivre leurs activités illicites, notamment dans le trafic de cocaïne et l’orpaillage illégal. Petro a ordonné une « persécution maximale » contre ces « narcoterroristes », alors que le ministre de la Défense participait à un conseil de sécurité nationale.

Un climat d’alerte avant le scrutin du 31 mai

L’escalade de la violence coïncide avec une période électorale déjà marquée par des tensions. La Colombie s’apprête à élire son nouveau président dans un contexte où les groupes armés cherchent à affirmer leur influence. Les autorités redoutent que ces attaques ne se multiplient dans les semaines à venir, notamment dans les zones où l’État a moins de prise, comme le Cauca ou le Catatumbo.

Le bilan humain de l’attentat du 25 avril reste provisoire. Les secours et les autorités locales, dont le gouverneur régional Octavio Guzmán, continuent d’évaluer l’étendue des dégâts. Les images diffusées par les médias locaux montrent des scènes de chaos : des civils en fuite, des véhicules calcinés et des militaires déployés en urgence. Une vidéo publiée par El Espectador illustre l’ampleur du choc subi par la population, prise pour cible dans ce conflit qui s’intensifie.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines s’annoncent critiques pour la Colombie. Les autorités devraient renforcer leur présence militaire dans les zones à risque, tandis que les candidats à la présidentielle devront adapter leur campagne à ce climat de violence. Le scrutin du 31 mai pourrait être marqué par une forte abstention dans les régions les plus touchées, où la peur des représailles limite la participation. Reste à voir si le gouvernement parviendra à endiguer cette vague d’attentats avant le vote, ou si les groupes armés parviendront à imposer leur agenda.

Le président Petro a promis une réponse ferme. Son gouvernement pourrait accélérer les opérations contre les dissidents des Farc, tout en maintenant sa stratégie de dialogue avec d’autres groupes armés. Mais dans un pays où le conflit armé a laissé des traces profondes, la route vers la stabilité reste semée d’embûches. Les prochaines élections seront un test pour la démocratie colombienne, dans un contexte où la violence menace de faire dérailler le processus électoral.

Selon les analystes, ces groupes cherchent à démontrer leur capacité de nuisance et à influencer le scrutin en faveur de forces politiques qui leur seraient favorables. Leur objectif est de montrer qu’ils conservent une emprise sur certaines régions, malgré l’accord de paix de 2016. Les élections sont aussi une occasion pour eux de rappeler leur existence et de négocier de meilleures conditions, que ce soit en termes de présence militaire ou d’accès aux ressources illicites comme la cocaïne ou l’or.