Selon BFM Business, l’opération de reverse split, ou division inversée des actions, s’impose comme un sujet récurrent sur les marchés financiers ces dernières semaines. Un sujet que Julie Cohen-Heurton, experte en bourse, a analysé dans son édition spéciale du 22 juin 2026, alors que les investisseurs s’interrogent sur les stratégies à adopter face à des titres en forte baisse.

Cette technique, souvent perçue comme un remède à la volatilité des cours, soulève des questions pratiques pour les portefeuilles. Julie Cohen-Heurton, spécialiste de la bourse et auteure régulière sur BFM Business, a notamment répondu à une question d’un investisseur détenant l’action Novo Nordisk, achetée à 97,30 euros il y a plus d’un an et dont la valeur a chuté de 61 %. Un cas concret qui illustre les dilemmes des actionnaires face à des titres en difficulté.

Ce qu'il faut retenir

  • Le reverse split est une opération financière qui consiste à réduire le nombre d’actions en circulation tout en augmentant leur valeur nominale, afin de redonner une apparence de stabilité à un titre en baisse.
  • L’action Novo Nordisk, citée par Julie Cohen-Heurton, a perdu 61 % de sa valeur depuis son achat à 97,30 euros, soulevant la question de la pertinence d’un reverse split pour cette entreprise.
  • Cette stratégie est souvent utilisée par les sociétés dont le cours de l’action est trop bas, risquant une dévaluation ou une exclusion des indices boursiers.
  • Pour les investisseurs, un reverse split peut être perçu comme un signal de redressement, mais il ne change en rien la santé financière fondamentale de l’entreprise.
  • Les régulateurs imposent des seuils minimaux pour la cotation des actions : un reverse split permet de respecter ces exigences sans recourir à une levée de fonds ou à une restructuration.
  • Les conséquences fiscales et comptables d’un reverse split varient selon les juridictions, ce qui peut influencer la décision des investisseurs.

Qu’est-ce qu’un reverse split et comment fonctionne-t-il ?

Un reverse split, ou division inversée, est une opération financière menée par une société cotée qui réduit le nombre d’actions en circulation tout en ajustant proportionnellement leur valeur nominale. Prenons un exemple concret : si une entreprise décide d’un reverse split à 1 pour 5, une action valant 10 euros sera remplacée par une action valant 50 euros, mais le nombre total d’actions en circulation sera divisé par cinq.

Cette manœuvre est généralement entreprise lorsque le cours de l’action est considéré comme trop bas, ce qui peut entraîner une exclusion des indices boursiers ou une perte de crédibilité auprès des investisseurs. « Un reverse split ne change rien à la valeur fondamentale de l’entreprise », rappelle Julie Cohen-Heurton dans son analyse. Autrement dit, si le titre vaut 1 milliard d’euros avant et après l’opération, le capitalisation boursière reste identique — seul le prix par action est modifié.

Les raisons qui poussent une entreprise à opter pour un reverse split

Plusieurs facteurs peuvent motiver une société à recourir à un reverse split. Le premier est souvent lié à des exigences réglementaires. Les places boursières, comme Euronext ou le NYSE, imposent des seuils minimaux de cours pour maintenir une cotation. Un titre sous les 1 euro ou les 5 dollars, par exemple, peut être menacé d’exclusion. Un reverse split permet alors de se conformer à ces règles sans recourir à une augmentation de capital ou à une restructuration coûteuse.

Un autre motif est psychologique : un cours d’action trop bas peut dissuader les investisseurs institutionnels, qui privilégient des titres plus liquides et visibles. « Les grands fonds évitent souvent les actions dont le prix est inférieur à 10 dollars », souligne Cohen-Heurton. Enfin, certaines entreprises y voient un moyen de redorer leur image, en donnant l’illusion d’une reprise après une période de difficultés. Cependant, cette opération ne modifie en rien les fondamentaux de l’entreprise : ses résultats, sa dette ou sa stratégie restent identiques.

Les conséquences pour les investisseurs : entre opportunité et risque

Pour les actionnaires, un reverse split peut avoir des répercussions variables. D’un côté, il peut rassurer en donnant l’impression d’une gestion active de la part de la direction. De l’autre, il ne résout pas les problèmes sous-jacents qui ont conduit à la baisse du cours. Dans le cas de Novo Nordisk, cité par Cohen-Heurton, l’action a perdu 61 % en un an malgré sa forte présence dans le secteur pharmaceutique. Un reverse split permettrait-il de relancer l’intérêt des investisseurs ?

La réponse dépend du contexte. Si l’entreprise traverse une mauvaise passe temporaire, l’opération peut être perçue comme un signal de redressement. En revanche, si les difficultés sont structurelles — baisse des ventes, concurrence accrue, ou problèmes réglementaires —, le reverse split ne changera rien à la donne. « Un investisseur doit analyser la santé financière de l’entreprise avant de prendre une décision », conseille l’experte. Enfin, les conséquences fiscales varient selon les pays : en France, par exemple, un reverse split peut entraîner une imposition sur la plus-value latente, même si l’actionnaire ne vend pas.

Reverse split et marchés financiers : un outil controversé

Si le reverse split est une pratique courante, elle n’est pas sans susciter des débats parmi les analystes. Certains y voient un simple artifice comptable, tandis que d’autres estiment qu’il peut faciliter l’accès à des capitaux ou à des partenariats stratégiques. En 2025, plusieurs sociétés européennes ont eu recours à cette opération pour éviter une dévaluation de leur action, notamment dans le secteur technologique.

Julie Cohen-Heurton rappelle que cette stratégie est souvent utilisée en dernier recours, après l’échec des autres mesures. « Un reverse split ne doit pas être confondu avec une opération de sauvetage », précise-t-elle. Il ne s’agit pas d’une infusion de liquidités ou d’une restructuration, mais d’un ajustement technique. Les investisseurs doivent donc rester prudents et ne pas interpréter cette opération comme un gage de succès futur.

Et maintenant ?

Plusieurs sociétés cotées en Europe et aux États-Unis pourraient annoncer des reverse splits dans les prochains mois, notamment celles dont le cours est proche des seuils minimaux de cotation. Les investisseurs devraient surveiller les annonces des entreprises en difficulté, ainsi que les réactions des régulateurs. En France, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) pourrait publier des recommandations sur les bonnes pratiques liées à ces opérations d’ici la fin de l’année.

En attendant, les actionnaires comme ceux de Novo Nordisk doivent évaluer si un reverse split suffirait à relancer leur confiance dans le titre. Une chose est sûre : cette opération ne saurait remplacer une analyse rigoureuse de la santé financière de l’entreprise et de ses perspectives à long terme.

Non, pas systématiquement. Bien que cette opération soit souvent utilisée par des entreprises en difficulté, certaines sociétés saines y recourent pour se conformer aux exigences des places boursières ou pour améliorer la liquidité de leur action. Tout dépend du contexte et des raisons qui motivent le reverse split.

En France, un reverse split peut entraîner une imposition sur la plus-value latente, même si l’investisseur ne vend pas ses actions. Cela s’explique par le fait que l’opération est considérée comme une cession partielle. Il est donc conseillé de consulter un conseiller fiscal pour évaluer l’impact avant de procéder à cette opération.