Les bergers de la commune des Gets, en Haute-Savoie, s’opposent fermement à la réalisation de deux nouvelles pistes de VTT sur l’alpage du mont Chavannes, un espace préservé jusqu’ici épargné par les aménagements touristiques. Selon Reporterre, ce projet, qui s’inscrit dans une dynamique plus large de diversification des activités en montagne, ravive les tensions autour de l’avenir des territoires alpins, encore largement structurés par le modèle historique du « tout-ski ».

Ce qu'il faut retenir

  • Deux nouvelles pistes de VTT pourraient être aménagées sur l’alpage du mont Chavannes, près des Gets (Haute-Savoie), selon Reporterre.
  • Les bergers locaux, comme Noël Anthonioz, dénoncent une menace sur un territoire qu’ils estiment déjà trop exploité.
  • Ce projet illustre le débat plus large sur la transition des stations de montagne, entre héritage hivernal et développement d’activités estivales.
  • La mairie des Gets n’a pas encore pris de décision officielle, mais l’instruction du dossier est en cours.

Un alpage convoité pour des usages sportifs

Accrochée aux flancs des montagnes de Haute-Savoie, la station des Gets, connue pour son domaine skiable, voit émerger des projets d’aménagement estival. D’après Reporterre, deux pistes de VTT de descente pourraient être tracées sur l’alpage du mont Chavannes, un secteur jusqu’alors préservé des aménagements lourds. Ce projet, porté par des acteurs locaux du tourisme, vise à attirer une clientèle sportive et à prolonger la saison touristique au-delà de l’hiver.

Noël Anthonioz, berger depuis plus de trente ans dans la région, ne décolère pas. « Vous allez voir », lance-t-il en montant dans son 4x4, empruntant une piste forestière sinueuse qui mène au versant des Chavannes. Pour lui, ces projets s’apparentent à une nouvelle forme d’intrusion dans un espace naturel déjà fragilisé par des décennies de pression touristique.

Les bergers en première ligne face à la pression touristique

Les éleveurs de la région ne sont pas opposés par principe au développement d’activités estivales, mais ils dénoncent un manque de concertation et une accélération des projets sans évaluation suffisante de leur impact. « Ici, c’est notre terrain de travail, notre lieu de vie, pas un parc d’attractions », explique Noël Anthonioz. Selon lui, les pistes de VTT pourraient perturber le pastoralisme, déjà menacé par la réduction des surfaces disponibles et la concurrence des activités récréatives.

Le mont Chavannes, où paissent traditionnellement les troupeaux de bovins et ovins l’été, abrite aussi une biodiversité riche. Les bergers craignent que l’aménagement de pistes ne favorise l’érosion des sols, ne perturbe les animaux sauvages ou ne génère des conflits d’usage avec les randonneurs et les pratiquants de sports de pleine nature. « Autant dire que pour nous, c’est Disneyland ici », ironise le berger, soulignant l’absurdité d’un projet qui transformerait un espace fonctionnel en attraction ludique.

Un modèle de développement en question

Ce conflit local s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’avenir des stations de montagne, souvent dépendantes du ski mais confrontées au réchauffement climatique et à la baisse de l’enneigement. Depuis plusieurs années, les acteurs du tourisme alpin cherchent à diversifier leurs activités pour attirer une clientèle toute l’année. Les pistes de VTT, tout comme les parcours de trail ou les espaces dédiés au parapente, font partie de ces alternatives mises en avant pour compenser la baisse de fréquentation hivernale.

Pourtant, ces projets se heurtent à une réalité : les espaces disponibles en montagne sont limités, et chaque nouvel aménagement réduit d’autant les surfaces dédiées au pastoralisme ou à la protection de la biodiversité. « Le problème, c’est qu’on ne pense pas assez à long terme », souligne Noël Anthonioz. « On construit des infrastructures aujourd’hui en se disant que ça attirera du monde, mais qui paiera demain les conséquences ? »

Et maintenant ?

La mairie des Gets a indiqué à Reporterre que le dossier était encore en phase d’instruction, sans préciser de calendrier pour une éventuelle décision. Une enquête publique pourrait être organisée dans les prochains mois, mais aucun calendrier n’a été communiqué. Les bergers, eux, envisagent de mobiliser plus largement, en associant d’autres acteurs locaux comme les associations de protection de la nature ou les professionnels du tourisme.

Quoi qu’il en soit, cette affaire illustre une tension croissante entre les impératifs économiques du tourisme et la préservation des espaces naturels en montagne. Reste à savoir si les Gets parviendront à concilier développement et respect des équilibres locaux, ou si le conflit actuel ne sera que le premier d’une série de débats similaires dans les Alpes.

Les bergers et leurs soutiens proposent notamment de renforcer les activités existantes, comme le pastoralisme ou les randonnées pédestres, plutôt que de créer de nouvelles infrastructures. Certains évoquent aussi la possibilité de développer des projets touristiques plus respectueux de l’environnement, comme des circuits éducatifs sur la biodiversité ou des hébergements écoresponsables.