Un collectif d’artistes et d’intellectuels appelle au boycott du centre Pompidou-Metz, dont l’antenne sud-coréenne doit ouvrir ses portes le 4 juin à Séoul, en raison de son partenariat avec le géant coréen de l’armement Hanwha. Selon Libération, cette alliance est contestée en raison des liens présumés de Hanwha avec les opérations militaires israéliennes dans la bande de Gaza. La polémique s’inscrit dans un contexte de tensions internationales accrues autour des ventes d’armes et de leur impact sur les conflits en cours.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif d’artistes et d’intellectuels appelle à boycotter le centre Pompidou-Metz à Séoul, dont l’ouverture est prévue le 4 juin 2026.
  • Le partenariat controversé concerne la multinationale sud-coréenne Hanwha, spécialisée dans l’armement.
  • Les opposants dénoncent le rôle de Hanwha dans les opérations militaires israéliennes à Gaza.
  • La polémique soulève des questions sur l’implication des institutions culturelles dans des partenariats controversés.

Un partenariat au cœur de la polémique

Le centre Pompidou-Metz, antenne du célèbre musée parisien, doit inaugurer une nouvelle structure culturelle à Séoul le 4 juin prochain. Ce projet, fruit d’une collaboration entre la France et la Corée du Sud, est désormais éclaboussé par une controverse majeure. Selon Libération, c’est le choix de Hanwha comme partenaire qui suscite l’indignation. Ce groupe industriel sud-coréen, l’un des principaux fournisseurs d’armes de Séoul, est régulièrement pointé du doigt pour son implication dans la production de munitions et d’équipements militaires utilisés dans le conflit israélo-palestinien.

Les signataires de l’appel au boycott, parmi lesquels figurent des figures du monde artistique et intellectuel, dénoncent une « instrumentalisation de la culture à des fins géopolitiques ». Pour eux, ce partenariat envoie un signal ambigu, voire complaisant, envers des activités commerciales liées à des violations présumées du droit international. « Une institution comme le centre Pompidou ne peut légitimer indirectement des acteurs impliqués dans des conflits meurtriers », a souligné l’un des porte-parole du collectif, cité par Libération.

Hanwha, un acteur controversé du secteur de l’armement

Fondé en 1952, le groupe Hanwha s’est diversifié au fil des décennies pour devenir l’un des leaders mondiaux de l’industrie de la défense. En Corée du Sud, il est notamment connu pour la fabrication de drones, de missiles et de systèmes de défense aérienne. Ses équipements sont utilisés par l’armée israélienne, notamment dans le cadre de ses opérations à Gaza, où les bombardements et les offensives terrestres ont causé la mort de plus de 35 000 Palestiniens depuis octobre 2023, selon les dernières estimations de l’ONU.

Ce lien entre Hanwha et l’armée israélienne a déjà valu au groupe des critiques de la part d’ONG comme Amnesty International ou Human Rights Watch, qui l’accusent de contribuer à des violations des droits humains. En 2024, des rapports ont mis en évidence l’utilisation de drones coréens par Israël lors de frappes à Gaza. Interrogé par Libération, un porte-parole de Hanwha n’a pas répondu à nos demandes de commentaires avant la publication de cet article.

La culture prise en étau entre diplomatie et éthique

La polémique dépasse le simple cadre d’une institution culturelle. Elle interroge le rôle des partenariats publics-privés dans un contexte géopolitique tendu. Le centre Pompidou-Metz, qui dépend du ministère français de la Culture, se retrouve ainsi au cœur d’un débat sur la responsabilité des institutions face à des acteurs économiques controversés. « La culture doit rester un espace de dialogue et de paix, pas un outil de légitimation », a rappelé une historienne de l’art contactée par Libération.

Côté sud-coréen, les autorités culturelles ont défendu ce projet, mettant en avant les échanges artistiques et scientifiques entre la France et la Corée du Sud. « Ce centre est une vitrine de notre coopération culturelle et technologique. Les questions géopolitiques ne doivent pas occulter les avancées réalisées », a indiqué un responsable du ministère sud-coréen de la Culture. Cependant, cette position n’a pas suffi à apaiser les critiques des opposants au partenariat.

Et maintenant ?

La polémique pourrait prendre de l’ampleur à l’approche de l’ouverture prévue le 4 juin. Les organisateurs du centre Pompidou-Metz devraient se prononcer dans les prochains jours sur l’éventualité d’une révision du partenariat avec Hanwha. Des manifestations et des appels au boycott sont déjà annoncés devant le site de l’inauguration. Reste à voir si cette pression suffira à faire plier les autorités culturelles ou si le projet suivra son cours malgré les critiques.

Cette affaire rappelle d’autres précédents, comme le retrait du musée du Louvre d’expositions sponsorisées par des entreprises liées à des conflits, ou encore les débats récurrents autour des financements des institutions culturelles par des acteurs controversés. Elle pose une question de fond : jusqu’où une institution peut-elle aller dans ses partenariats sans trahir ses valeurs fondamentales ?

Hanwha est accusé de fournir des équipements militaires utilisés par l’armée israélienne dans ses opérations à Gaza. Selon des rapports d’ONG et des médias, ses drones et systèmes de défense auraient été déployés lors de frappes et d’opérations terrestres, contribuant ainsi à des violations présumées du droit international.