Le 19 février 2026, Pyongyang accueillait le 9ème congrès du Parti du Travail de Corée du Nord. Dans la salle de l’imposant auditorium de la Maison de la culture, vêtu de gris pour les apparatchiks et d’uniformes militaires garnis de médailles pour les généraux, l’assistance écoutait religieusement le discours de Kim Jong-un. Le dirigeant nord-coréen s’est félicité d’un « dynamisme économique planifié », rompant avec des années de stagnation. Une satisfaction qui, selon les dernières estimations, n’est pas dénuée de fondement.

Selon le Figaro, la Corée du Nord aurait enregistré une croissance de 3,7 % en 2024, un taux inédit depuis 2016 (3,9 %). Plus remarquable encore, il s’agit de la première fois depuis 2014 que l’économie du pays, l’un des plus fermés au monde, enchaîne deux années consécutives de hausse, après un premier rebond de 3,1 % en 2023.

Ce qu'il faut retenir

  • Croissance record : 3,7 % en 2024 et 3,1 % en 2023, une première depuis 2014 selon les estimations de la Banque de Corée du Sud.
  • Rupture avec la stagnation : Kim Jong-un évoque un « dynamisme planifié » lors du congrès du Parti du Travail en février 2026.
  • Stratégies d’adaptation : Contournement des sanctions, liens renforcés avec la Chine et exploitation du contexte géopolitique en Ukraine.
  • Incidence géopolitique : Soutien russe via des infrastructures frontalières et échanges économiques malgré l’isolement.
  • Incertitudes persistantes : Transformation économique durable et équilibrée encore incertaine.

Une économie en mutation malgré l’isolement

Le discours de Kim Jong-un lors du congrès du 19 février 2026 marquait une volonté de crédibiliser la reprise économique nord-coréenne. Dans un pays où l’information reste contrôlée, les chiffres avancés par la Banque de Corée du Sud, publiés en août 2025, contrastent avec l’image traditionnelle d’une économie asphyxiée par les sanctions internationales. 3,7 % de croissance en 2024, après 3,1 % en 2023, représentent un tournant.

Cette performance s’inscrit dans un contexte où Pyongyang a su tirer parti des tensions géopolitiques. Les liens renforcés avec Moscou, notamment après l’inauguration en octobre 2025 d’un pont routier stratégique à la frontière entre la Russie et la Corée du Nord, ont permis d’accroître les échanges commerciaux. Ces infrastructures, présentées par le Kremlin comme un symbole de coopération, facilitent le transit de marchandises sous couvert de projets humanitaires ou logistiques.

Contournement des sanctions et alliances opportunistes

Pour comprendre ce sursaut économique, il faut analyser les mécanismes mis en place par Pyongyang. Le pays, placé sous le régime des sanctions onusiennes depuis des années, a développé des stratégies de contournement sophistiquées. Les exportations vers la Chine, principal partenaire commercial, restent le pilier de cette relance. Pékin, malgré les pressions internationales, maintient un flux commercial constant, notamment dans les secteurs de l’énergie et des denrées alimentaires.

Parallèlement, la guerre en Ukraine a offert à la Corée du Nord une opportunité inattendue. Moscou, isolé sur la scène internationale, a renforcé ses échanges avec Pyongyang, notamment dans les domaines militaire et industriel. Les livraisons de matériel nord-coréen vers la Russie, officiellement niées mais largement documentées par les services de renseignement occidentaux, s’inscrivent dans cette logique de troc avantageux pour les deux régimes. Autant dire que la géopolitique joue un rôle clé dans cette reprise.

« Poutine donne à Kim les moyens de s’émanciper », estime un analyste interrogé par le Figaro. « La Russie a besoin de partenaires prêts à contourner les sanctions, et la Corée du Nord dispose d’une main-d’œuvre bon marché et d’une industrie militarisée. »

Un modèle économique durable ?

Si les chiffres de croissance nord-coréens suscitent l’étonnement, leur pérennité reste sujette à caution. L’économie du pays reste structurellement fragile, dépendante à plus de 90 % de la Chine pour ses échanges commerciaux. Les sanctions internationales, malgré leur contournement partiel, limitent l’accès aux technologies et aux marchés financiers. Bref, ce boom économique ressemble à une parenthèse plutôt qu’à une transformation en profondeur.

Les experts soulignent aussi les risques liés à la dépendance aux alliances conjoncturelles. La Russie, engagée dans un conflit prolongé en Ukraine, pourrait voir ses capacités d’échange se réduire à moyen terme. De même, Pékin, sous pression des États-Unis, pourrait durcir ses contrôles sur les flux commerciaux vers Pyongyang. Dans ce contexte, la Corée du Nord tente de diversifier ses partenariats, notamment avec l’Iran et la Syrie, mais ces initiatives restent marginales.

Et maintenant ?

Pour les prochains mois, la priorité de Pyongyang pourrait consister à stabiliser cette croissance en consolidant ses partenariats stratégiques. La tenue du congrès du Parti du Travail en février 2026 a permis de réaffirmer la ligne économique du régime, mais les défis structurels — pénuries énergétiques, manque d’infrastructures modernes et isolement diplomatique — persistent. Une échéance à surveiller sera l’évolution des sanctions internationales, notamment après les élections américaines de novembre 2026, qui pourraient modifier la donne géopolitique.

Les prochains indicateurs économiques, attendus pour l’été 2026, devraient préciser si cette tendance se confirme ou si elle n’était qu’un effet d’aubaine conjoncturel. Pour l’instant, le régime nord-coréen mise sur la continuité, mais l’histoire récente montre que les surprises dans ce pays sont rarement positives.

Pyongyang contourne partiellement les sanctions en renforçant ses échanges avec la Chine, principal partenaire commercial, et en développant des partenariats opportunistes avec la Russie, notamment dans les secteurs de l’énergie et de la logistique. Les échanges informels, souvent qualifiés de trocs, permettent d’alimenter une économie partiellement paralysée.