En Corée du Sud, une société à la fois ultra-connectée et vieillissante, les Smart Senior Centers se multiplient pour aider les personnes âgées à maîtriser les outils numériques. Selon Le Monde, ces centres publics, gratuits et accessibles une fois par mois, proposent des sessions d’initiation aux smartphones, applications mobiles et même à l’intelligence artificielle. L’objectif est clair : éviter que les seniors ne soient exclus d’une société de plus en plus dématérialisée.
Ce qu'il faut retenir
- Les Smart Senior Centers sont des centres publics coréens dédiés à la formation des seniors aux nouvelles technologies.
- Ces formations, gratuites et mensuelles, couvrent l’usage des smartphones, des applications et de l’IA.
- La Corée du Sud compte une population à la fois très connectée et vieillissante, rendant ces initiatives indispensables.
- L’enjeu est d’éviter l’exclusion des seniors dans une société où les services deviennent majoritairement dématérialisés.
Une société coréenne à la croisée du numérique et du vieillissement
Avec une population où plus d’un quart des habitants a plus de 65 ans, la Corée du Sud illustre le défi démographique auquel font face les pays développés. Pourtant, cette société est aussi l’une des plus avancées en matière de technologies. Les services publics, les banques ou même les soins médicaux sont désormais majoritairement accessibles en ligne. Un paradoxe qui place les seniors dans une situation de vulnérabilité, faute de compétences numériques suffisantes. Pour y remédier, le gouvernement a lancé en 2019 un réseau de Smart Senior Centers, inspiré par les « Cartes vermeil » — équivalent français de la carte senior, mais ici axées sur le numérique.
Ces centres, implantés dans les grandes villes comme Séoul, Busan ou Daegu, fonctionnent en partenariat avec les mairies et des associations locales. Chaque mois, des ateliers de deux heures sont organisés pour des groupes de 10 à 15 participants. « On part du principe que tout le monde peut apprendre, quel que soit son niveau initial », explique une responsable du centre de Séoul, cité par Le Monde. Les formateurs, souvent des étudiants en informatique ou des retraités bénévoles, adaptent leur pédagogie aux besoins spécifiques des participants.
Des formations adaptées aux besoins concrets des seniors
Les programmes des Smart Senior Centers couvrent un large éventail de compétences. Les participants apprennent d’abord à utiliser les fonctions de base d’un smartphone : passer un appel, envoyer un message, gérer ses contacts. Puis, ils découvrent des applications utiles au quotidien : transports en commun, paiements mobiles, ou encore réservation de rendez-vous médicaux. « Beaucoup viennent pour apprendre à utiliser KakaoTalk, l’application de messagerie dominante ici. Sans ça, ils sont coupés de leur famille ou de leurs amis », précise un formateur.
Plus récemment, certains centres ont intégré des modules sur l’intelligence artificielle. Les seniors y découvrent comment utiliser des assistants vocaux comme Siri ou Bixby pour poser des questions, ou comment des algorithmes peuvent les aider dans la gestion de leur budget. « L’objectif n’est pas de former des experts, mais de donner aux seniors une autonomie minimale pour vivre dans une société numérique », souligne un responsable du ministère sud-coréen des TIC, interrogé par Le Monde. Les cours sont conçus pour être ludiques, avec des exercices pratiques et des jeux de rôle.
Un modèle reproductible en Europe ?
En Europe, où le vieillissement de la population pose des défis similaires, des initiatives locales tentent de s’inspirer du modèle sud-coréen. En France, par exemple, des ateliers numériques pour seniors sont organisés par certaines mairies ou associations, mais leur couverture reste inégale. « Ce qui fonctionne en Corée, c’est l’échelle et la gratuité des formations. En Europe, il faudrait une coordination nationale pour que ces dispositifs soient vraiment efficaces », estime un expert en politiques publiques interrogé par Le Monde. Pour l’instant, la Corée du Sud reste un cas d’étude pour les pays souhaitant concilier innovation technologique et inclusion sociale.
Si l’efficacité de ces centres devra être évaluée sur le long terme, une chose est sûre : dans un monde où le numérique s’impose comme un passage obligé, former les seniors n’est plus une option, mais une nécessité.
