Les tensions au sein de l’Alliance atlantique s’aggravent alors que les États-Unis et Israël mènent une action militaire contre l’Iran, un conflit que les dirigeants européens n’ont ni souhaité ni été informés de manière détaillée. Cette situation, détaillée dans l’éditorial de Philippe Gélie publié par Le Figaro, révèle un fossé croissant entre Washington et ses partenaires européens, notamment sur la gestion du détroit d’Ormuz, artère vitale du commerce mondial du pétrole.

Ce qu'il faut retenir

  • Les États-Unis ont engagé des opérations militaires contre l’Iran sans consulter leurs alliés européens, selon nos confreres de Le Figaro.
  • Les dirigeants européens s’opposent à une intervention dans le détroit d’Ormuz, où les opinions publiques sont majoritairement hostiles à un conflit supplémentaire au Moyen-Orient.
  • L’article 5 de l’Otan ne peut être invoqué, car les États-Unis ont pris l’initiative des hostilités, privant ainsi l’Alliance de son cadre juridique traditionnel.
  • Donald Trump exige des Européens qu’ils sécurisent le détroit d’Ormuz, illustrant selon l’éditorialiste « l’état de vassalité » dans lequel il prétend les maintenir.
  • La crise actuelle interroge la cohésion de l’Otan et la capacité des membres à s’accorder sur des enjeux stratégiques majeurs comme la sécurité des routes maritimes.

Un conflit non désiré par l’Europe

Les capitales européennes ont clairement fait savoir qu’elles ne soutiendraient pas une escalade militaire aux côtés des États-Unis et d’Israël. Comme le rappelle Philippe Gélie dans Le Figaro, ces pays n’ont pas été associés aux décisions stratégiques prises par Washington. Les opinions publiques, tout comme les gouvernements, rejettent l’idée d’une implication directe dans un conflit qui, selon eux, ne relève pas de leurs intérêts immédiats.

Cette position s’explique par plusieurs facteurs. D’abord, les Européens estiment que les objectifs américains en Iran restent flous, voire contradictoires avec les priorités de sécurité collective en Europe. Ensuite, l’histoire récente montre que les régimes imposés de l’extérieur — un principe que les États-Unis ont pourtant contribué à façonner après la Seconde Guerre mondiale — peinent à s’enraciner durablement. « Les régimes imposés de l’extérieur ne tiennent jamais très longtemps », souligne l’éditorialiste, rappelant ainsi que les interventions militaires directes s’accompagnent souvent de conséquences imprévisibles.

L’Otan en première ligne d’une crise de légitimité

La demande de Donald Trump aux Européens de « sécuriser » le détroit d’Ormuz cristallise les tensions au sein de l’Alliance. Pour l’actuel locataire de la Maison Blanche, cette mission s’inscrit dans la continuité de sa critique récurrente envers l’Europe, qu’il accuse de profiter des avantages de l’Otan sans en assumer les responsabilités. Dans les colonnes du Figaro, l’éditorialiste décrit cette situation comme une tentative de réduire les partenaires européens au rang de « supplétifs » de la puissance américaine.

Pourtant, le cadre juridique de l’Otan ne permet pas une telle automaticité. L’article 5 du traité de l’Alliance, souvent cité comme un pilier de la défense collective, ne s’applique que dans le cas d’une agression contre un membre. Or, en déclenchant les hostilités contre l’Iran, les États-Unis ont pris l’initiative, privant ainsi leurs alliés de tout argument légal pour justifier une intervention. Ce point est crucial, car il met en lumière une faille majeure dans la gouvernance de l’Alliance : l’absence de mécanisme permettant de contester ou de rééquilibrer une décision unilatérale prise par Washington.

Le détroit d’Ormuz, un enjeu économique et géopolitique

Le détroit d’Ormuz n’est pas seulement un point de passage stratégique pour le pétrole moyen-oriental. Il représente près de 20 % de la production mondiale de pétrole, selon les estimations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Toute perturbation prolongée dans cette zone aurait des répercussions immédiates sur les marchés énergétiques mondiaux, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour les économies européennes, fortement dépendantes des importations d’hydrocarbures. Comme le rappelle Le Figaro, cette dépendance expose l’Europe à un double risque : celui d’être entraînée dans un conflit qu’elle ne maîtrise pas, et celui de subir les contrecoups économiques d’une crise qu’elle n’a pas choisie.

Dans ce contexte, certains acteurs privés tentent de contourner les blocages. Giorgos Prokopiou, un homme d’affaires grec surnommé le « tycoon » local, a par exemple développé des stratégies pour maintenir, autant que faire se peut, le transit maritime malgré les tensions. Son cas illustre la capacité d’adaptation des acteurs non étatiques face à l’inertie des États, mais aussi les limites de ces initiatives individuelles dans un contexte de crise géopolitique majeure.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines devraient être décisives pour l’avenir de l’Otan. Les Européens, divisés sur la question, pourraient tenter de proposer une médiation ou une solution alternative pour éviter une escalade incontrôlable. Une réunion extraordinaire du Conseil de l’Atlantique Nord est d’ailleurs attendue d’ici la fin du mois de mars 2026, selon des sources diplomatiques citées par Le Figaro. Reste à savoir si Washington acceptera de négocier ou si, au contraire, il accentuera la pression sur ses alliés pour qu’ils s’alignent sur sa stratégie.

Quoi qu’il en soit, cette crise révèle une vérité que les États-Unis peinent à admettre : la puissance militaire ne suffit plus à garantir l’influence. Dans un monde multipolaire, où la Chine et d’autres acteurs montent en puissance, l’Otan devra faire ses preuves pour éviter de devenir un simple instrument au service d’une seule puissance, plutôt qu’une alliance équilibrée et solidaire.

Cette remise en question de l’ordre stratégique occidental pourrait, à terme, redéfinir les équilibres géopolitiques au Moyen-Orient comme en Europe. Elle interroge aussi la capacité des démocraties à concilier sécurité nationale et responsabilité collective, un défi que ni Washington ni Bruxelles n’ont encore réussi à relever.

L’article 5 du traité de l’Alliance atlantique stipule que chaque membre doit considérer une attaque contre l’un d’eux comme une attaque contre tous. Cependant, cette clause ne s’applique que dans le cas d’une agression externe dirigée contre un membre de l’Alliance. Dans le cas présent, ce sont les États-Unis qui ont pris l’initiative militaire contre l’Iran. Ainsi, aucun membre de l’Otan n’a été directement attaqué, ce qui rend l’invocation de l’article 5 juridiquement irrecevable, comme l’explique Philippe Gélie dans Le Figaro.

Le détroit d’Ormuz est la principale route maritime pour l’exportation du pétrole du Golfe. Une perturbation prolongée pourrait entraîner une hausse des prix de l’énergie, avec des conséquences en cascade sur l’inflation, la croissance économique et la stabilité sociale en Europe. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), près de 20 % du pétrole mondial transite par cette zone. Une fermeture partielle ou totale, même temporaire, pourrait donc avoir un impact significatif sur les marchés mondiaux.