Le directeur de Sciences Po Paris, Luis Vassy, nommé en 2024, fait face à une montée des tensions internes au sein de l’établissement. Selon Le Monde - Education, plusieurs professeurs dénoncent une gestion unilatérale, loin de l’image de modérateur qu’il souhaite incarner. Un « sénat académique », prévu vendredi 29 mai 2026, devrait cristalliser ces critiques en revendiquant une gouvernance plus collégiale et la fin du recours aux forces de l’ordre contre les étudiants mobilisés pour la cause palestinienne.
Ce qu'il faut retenir
- Luis Vassy, directeur de Sciences Po Paris depuis 2024, est contesté par une partie du corps professoral pour sa gestion jugée autoritaire.
- Un « sénat académique » est organisé le 29 mai 2026 pour exiger une gouvernance collégiale et l’arrêt des interventions policières contre les étudiants mobilisés.
- Les professeurs dénoncent une discorde interne et une remise en cause de l’image pacificatrice du directeur.
- La mobilisation étudiante, notamment autour de la cause palestinienne, sert de catalyseur aux tensions institutionnelles.
Une gouvernance contestée depuis deux ans
Depuis son arrivée à la tête de Sciences Po Paris en 2024, Luis Vassy a multiplié les décisions unilatérales, selon plusieurs enseignants interrogés par Le Monde - Education. Ces derniers lui reprochent une méthode de gestion éloignée du dialogue et de la concertation, pourtant présentés comme des piliers de l’institution. « On ne peut pas continuer à gérer l’école comme une entreprise privée, en écartant les corps intermédiaires », a souligné l’un d’eux sous couvert d’anonymat.
Les tensions se sont encore exacerbées avec les mouvements de protestation étudiante en soutien à la Palestine, qui ont éclaté dans plusieurs universités françaises. À Sciences Po, comme ailleurs, les étudiants ont occupé des locaux et organisé des assemblées générales. Les dirigeants ont alors fait appel aux forces de l’ordre pour évacuer les sites, une décision qui a été vivement critiquée par une partie du corps enseignant. « Le recours à la police est une escalade inutile qui ne fait qu’envenimer les tensions », a déclaré une professeure du département de sociologie.
Un sénat académique pour réaffirmer les principes démocratiques
Pour répondre à cette crise, un « sénat académique » est convoqué le 29 mai 2026. Cette instance, qui rassemble des représentants des enseignants, des étudiants et du personnel administratif, devrait adopter une motion exigeant une gouvernance plus transparente et inclusive. Parmi les revendications figure l’arrêt des interventions policières lors des mobilisations étudiantes, perçues comme une atteinte à la liberté académique.
Les organisateurs de cette réunion espèrent mobiliser une majorité des membres du sénat pour faire pression sur la direction. « Nous voulons rétablir un équilibre des pouvoirs et rappeler que Sciences Po doit rester un espace de débat et de réflexion », a expliqué un membre du collectif organisateur. La motion devrait également proposer des réformes structurelles, comme la création de commissions permanentes pour associer davantage la communauté universitaire aux décisions stratégiques.
Un contexte national tendu
Cette crise s’inscrit dans un climat national déjà marqué par des tensions autour de la liberté académique et des mobilisations étudiantes. Depuis plusieurs mois, des universités comme la Sorbonne ou Paris-Nanterre ont été le théâtre de heurts entre forces de l’ordre et manifestants. Sciences Po, souvent perçue comme un établissement plus préservé des conflits sociaux, n’échappe pas à cette dynamique. Les récentes décisions de sa direction en font désormais un symbole des divisions au sein du monde universitaire.
Pourtant, l’établissement reste un acteur clé de la formation des futurs décideurs français. Fondé en 1872, Sciences Po compte plus de 14 000 étudiants et alumni influents dans la politique, l’économie et les médias. La capacité de sa direction à surmonter cette crise pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà de ses murs.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour l’avenir de Sciences Po. La capacité de Luis Vassy à rétablir un dialogue constructif ou, au contraire, à poursuivre une ligne plus autoritaire pourrait bien façonner l’image de l’école pour les années à venir.