Selon Libération, le Rassemblement national (RN) envisage de se retirer d’une structure parlementaire européenne qu’il partage avec ses alliés hongrois et espagnols. La décision fait suite à un différend autour du contrôle d’une plateforme commune, laquelle ouvre l’accès à des subventions européennes substantielles. En mars 2026, Budapest et Madrid ont pris l’ascendant sur cette alliance, reléguant au second plan un représentant du parti de Jordan Bardella.
Ce revirement a provoqué un regain de tensions au sein de l’extrême droite européenne. Le RN, qui s’estime lésé dans la répartition des rôles et des fonds, pourrait désormais claquer la porte de cette collaboration, privant ainsi ses partenaires d’un poids politique et financier supplémentaire.
Ce qu'il faut retenir
- En mars 2026, les alliés hongrois et espagnols du RN ont pris le contrôle d’une structure parlementaire européenne commune.
- Cette plateforme distribue des subventions européennes jugées « confortables » par les observateurs.
- Un représentant du RN a été évincé de cette alliance au profit des partenaires hongrois et espagnols.
- Le parti de Jordan Bardella envisage de quitter cette structure en signe de protestation.
- Cette crise illustre les tensions internes au sein de l’extrême droite européenne.
Une alliance stratégique sous tension
Depuis plusieurs années, le RN s’est rapproché de formations politiques européennes partageant des visions communes sur l’immigration ou la souveraineté. Parmi elles, le Fidesz de Viktor Orbán en Hongrie et Vox en Espagne figuraient parmi ses alliés les plus proches. Pourtant, l’équilibre des pouvoirs au sein de cette coalition semble s’être brusquement déséquilibré au profit des partenaires les plus influents.
La structure en question, officiellement destinée à faciliter les échanges entre eurodéputés de droite conservatrice, sert aussi de levier pour capter des financements européens. En mars, ses statuts ont été modifiés pour confier davantage de responsabilités à Budapest et Madrid, marginalisant ainsi le représentant du RN. Une décision qui, selon Libération, a été vécue comme une « vexation » par les cadres frontistes.
Le RN face à un dilemme stratégique
Pour le Rassemblement national, quitter cette alliance reviendrait à perdre une tribune majeure au Parlement européen, où chaque voix compte pour peser sur les décisions. Pourtant, l’option d’une rupture n’est plus exclue. « Nous ne sommes pas dupes », a réagi un cadre du parti, cité par Libération, avant d’ajouter : « Si on nous traite comme une variable d’ajustement, il faudra en tirer les conséquences. »
Cette crise survient alors que le RN cherche à renforcer son ancrage institutionnel en Europe. En 2024, Jordan Bardella avait déjà tenté de fédérer les forces eurosceptiques sous une bannière commune, mais les divergences persistent, notamment sur les questions budgétaires ou géopolitiques. Autant dire que l’unité de façade de l’extrême droite européenne tient plus du pragmatisme que de l’idéal.
Des subventions européennes au cœur du conflit
Les fonds européens distribués via cette structure ne sont pas négligeables. Selon des sources parlementaires, ils s’élèveraient à plusieurs centaines de milliers d’euros par an, destinés à financer des projets politiques, des études ou des événements. Leur contrôle offre donc un avantage concurrentiel non négligeable aux partis qui en bénéficient.
Pour le RN, l’éviction de son représentant pourrait aussi s’analyser comme une tentative de marginalisation au sein de l’alliance. « On nous a littéralement mis à l’écart », a déploré une source interne, sans pour autant préciser si des recours juridiques étaient envisagés. En coulisses, les négociations se poursuivent, mais l’atmosphère reste électrique.
Quoi qu’il en soit, cette affaire rappelle que les alliances politiques, même idéologiquement proches, restent fragiles dès lors que des intérêts financiers ou stratégiques entrent en jeu. Le RN, qui mise sur une légitimité croissante en France, devra trancher : concéder ou quitter la partie.