D’ici quelques années, l’humanité disposera d’un outil sans précédent pour explorer les origines de l’univers. Comme le rapporte Ouest France, l’organisation internationale Square Kilometre Array Observatory (SKAO) mène actuellement l’un des projets scientifiques les plus ambitieux de ce début de siècle : la construction d’un réseau géant de radiotélescopes répartis entre l’Afrique du Sud et l’Australie. Une fois achevé, cet ensemble d’antennes et de paraboles deviendra le plus puissant jamais conçu, offrant une fenêtre inédite sur les premières étoiles et galaxies formées après le Big Bang, il y a plus de 13 milliards d’années.

Ce qu'il faut retenir

  • Le Square Kilometre Array Observatory (SKAO) est un projet international visant à construire le plus grand réseau de radiotélescopes au monde, réparti entre l’Afrique du Sud et l’Australie.
  • Une fois opérationnel, il permettra d’observer les premières étoiles et galaxies formées après le Big Bang, il y a plus de 13 milliards d’années.
  • Ce réseau sera composé de milliers d’antennes et de paraboles, formant une surface collectrice équivalente à un kilomètre carré.
  • Le projet est porté par une collaboration internationale réunissant 16 pays, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et les Pays-Bas.
  • Les premières observations scientifiques sont prévues à partir de 2028, avec une phase complète d’exploitation attendue pour 2030.

Un projet titanesque pour remonter aux origines de l’univers

Installé principalement dans le désert du Karoo, en Afrique du Sud, et dans l’État d’Australie-Occidentale, le réseau SKA se distingue par sa taille et sa sensibilité inégalées. Selon les estimations, il sera capable de capter des signaux radio si faibles qu’ils nécessiteront des années de traitement informatique pour être analysés. « Nous allons pouvoir observer l’univers tel qu’il était quelques centaines de millions d’années seulement après le Big Bang », a expliqué le professeur Philip Diamond, directeur général de la SKAO, dans une interview accordée à Ouest France. Autant dire que les découvertes promises pourraient révolutionner notre compréhension de la formation des galaxies et de l’évolution cosmique.

Côté technique, le projet repose sur deux sites distincts. En Afrique du Sud, 130 paraboles de 15 mètres de diamètre seront déployées, tandis qu’en Australie, plus de 130 000 antennes à basse fréquence seront installées. Ensemble, ces instruments formeront un réseau virtuel d’une surface collectrice de près d’un kilomètre carré — d’où le nom du projet, Square Kilometre Array.

Une collaboration internationale pour un défi scientifique et technologique

Porté par 16 pays membres, dont plusieurs nations européennes, le SKA représente un investissement de plus de 2 milliards d’euros. La France, impliquée via le Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et l’Observatoire de Paris, contribue notamment au développement des logiciels de traitement des données. « Le SKA est un projet fédérateur qui illustre la nécessité de coopérer à l’échelle mondiale pour repousser les limites de la science », a souligné Mathieu Isidro, responsable des relations internationales à la SKAO. À terme, les données produites chaque jour par le réseau équivaudront à plusieurs fois le trafic internet mondial actuel.

Outre les défis techniques, le projet pose également des questions logistiques, notamment en matière de stockage et de calcul. Les supercalculateurs nécessaires pour traiter les flux de données devront être capables de traiter jusqu’à 100 000 fois la puissance des meilleurs systèmes actuels. Une gageure qui pousse les équipes à innover dans le domaine de l’informatique quantique et de l’intelligence artificielle.

Quelles retombées pour la science et la société ?

Les attentes autour du SKA sont immenses. Les scientifiques espèrent notamment identifier les premiers signes de vie extraterrestre, étudier les champs magnétiques des galaxies ou encore percer les mystères de l’énergie noire. Mais au-delà des avancées purement académiques, le projet pourrait avoir des retombées concrètes pour les pays hôtes. En Afrique du Sud, où les paraboles seront concentrées dans une zone protégée contre les interférences radio, le gouvernement mise sur le SKA pour stimuler les emplois locaux et attirer des investissements dans les technologies de pointe.

Côté industriel, des entreprises françaises comme Thales Alenia Space ou Air Liquide participent déjà à la construction de certains composants. « Ce projet est une opportunité unique pour nos industries de se positionner sur des marchés porteurs », a déclaré un porte-parole du ministère français de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Reste à savoir si ces retombées économiques compenseront l’ampleur des investissements consentis.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes sont claires : la construction des infrastructures doit s’achever d’ici 2027, avec une première phase d’observation prévue dès 2028. La mise en service complète du réseau, elle, est attendue pour 2030. D’ici là, les équipes du SKA devront relever plusieurs défis, notamment en matière de coordination internationale et de gestion des données. Une chose est sûre : ce projet, qui mobilise déjà des milliers de chercheurs et d’ingénieurs, pourrait bien redéfinir notre place dans l’univers.

À plus long terme, les scientifiques envisagent même d’utiliser le SKA pour tester des théories fondamentales, comme la relativité générale d’Einstein ou l’existence de dimensions supplémentaires. Une chose est certaine : si le projet tient ses promesses, il marquera l’histoire de l’astronomie bien au-delà des frontières de l’Afrique du Sud et de l’Australie.

Les zones désertiques comme le Karoo en Afrique du Sud ou l’Australie-Occidentale offrent un environnement idéal pour les radiotélescopes, car elles sont éloignées des sources d’interférences radio, comme les villes ou les réseaux de télécommunication. Ces sites permettent ainsi de capter des signaux extrêmement faibles, essentiels pour observer les confins de l’univers.