Selon Le Figaro, Moscou a décidé de rappeler son représentant diplomatique en Arménie pour des « consultations » à la suite d’un durcissement des relations entre Erevan et l’Union européenne. Cette mesure intervient au lendemain d’une déclaration ferme du président russe Vladimir Poutine, qui a mis en garde l’Arménie contre un rapprochement avec Bruxelles, évoquant un scénario similaire à celui de l’Ukraine. L’ambassadeur Sergueï Kopyrkin a quitté Erevan pour Moscou, où il doit s’expliquer sur les choix diplomatiques de l’Arménie, jugés incompatibles avec ses engagements au sein de l’Union économique eurasiatique.
Ce qu'il faut retenir
- La Russie rappelle son ambassadeur en Arménie, Sergueï Kopyrkin, pour « consultations » après un avertissement de Vladimir Poutine sur le rapprochement arménien avec l’UE.
- Vladimir Poutine a évoqué un « scénario ukrainien » en cas d’adhésion arménienne à l’Union européenne, appelant Erevan à organiser un référendum « dès que possible ».
- L’Arménie, dirigée par le Premier ministre Nikola Pachinian, cultive des relations à la fois avec la Russie et l’Occident, ce qui agace le Kremlin.
- Erevan a accueilli un sommet européen ce mois-ci, l’UE saluant un « bond en avant » dans leurs relations bilatérales.
- La tension remonte à l’incapacité perçue de la Russie à protéger l’Arménie lors de ses conflits avec l’Azerbaïdjan.
Un avertissement sans ambiguïté de Vladimir Poutine
Lors d’un sommet organisé au Kazakhstan vendredi, Vladimir Poutine a clairement signifié à l’Arménie que son rapprochement avec l’Union européenne n’était pas compatible avec son appartenance à l’Union économique eurasiatique. Selon Le Figaro, le président russe a mis en garde Erevan contre une adhésion à l’UE, qualifiant cette démarche de première étape d’un « scénario ukrainien ». « L’Arménie doit choisir entre l’UE et l’Union économique eurasienne », a-t-il déclaré, soulignant qu’il était « impossible de concilier les deux ». Ces propos, tenus une semaine avant les élections législatives arméniennes, visent à exercer une pression maximale sur le gouvernement de Nikola Pachinian.
Vladimir Poutine a également appelé l’Arménie à organiser un référendum sur la question de son adhésion à l’UE « dès que possible », une proposition perçue comme une tentative de tester la légitimité démocratique des choix politiques d’Erevan. Cette rhétorique s’inscrit dans une stratégie plus large de Moscou pour dissuader ses partenaires régionaux de se tourner vers l’Occident, alors que la guerre en Ukraine a déjà fragilisé l’influence russe en Europe de l’Est.
L’Arménie dans l’œil du cyclone diplomatique
L’Arménie, dirigée par le Premier ministre Nikola Pachinian depuis 2018, tente depuis plusieurs années de diversifier sa diplomatie. Tout en restant membre de l’Union économique eurasiatique, Erevan a significativement renforcé ses liens avec l’Union européenne ces dernières années. En mai 2026, le pays a accueilli un sommet européen, l’UE saluant un « bond en avant » dans leurs relations. Selon Le Figaro, cette proximité avec Bruxelles a irrité le Kremlin, qui considère cette démarche comme une trahison de l’alliance traditionnelle entre Moscou et Erevan.
Les tensions entre l’Arménie et la Russie remontent à plusieurs années, notamment après l’échec de Moscou à protéger Erevan lors des conflits avec l’Azerbaïdjan. En 2020 et 2023, l’Arménie a subi des revers militaires face à Bakou, malgré le soutien théorique de la Russie au sein de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC). Cette perception d’abandon a poussé le gouvernement arménien à chercher des alternatives, notamment en se rapprochant de l’UE et des États-Unis. Le rappel de l’ambassadeur russe s’inscrit donc dans une logique de punition et d’avertissement à l’encontre d’Erevan.
Un rappel diplomatique aux conséquences incertaines
Le ministère russe des Affaires étrangères a justifié cette décision en invoquant la nécessité de « consultations » sur les mesures prises par l’Arménie pour se rapprocher de l’UE. « L’ambassadeur de Russie auprès de la République d’Arménie, Sergueï Kopyrkin, a été rappelé à Moscou pour des consultations sur les mesures prises en vue d’un rapprochement avec l’Union européenne, sapant la coopération au sein de l’Union économique eurasiatique », a indiqué le communiqué officiel. Cette mesure symbolique, souvent utilisée par Moscou pour exprimer son mécontentement, pourrait avoir des répercussions sur les relations bilatérales à court terme.
Pour autant, le gouvernement arménien n’a pas encore réagi officiellement à cette décision. Nikola Pachinian, dont la légitimité politique pourrait être mise à l’épreuve lors des élections législatives prévues début juin 2026, devra naviguer entre les exigences de ses partenaires traditionnels et les aspirations de son électorat. Une partie de la population arménienne, en particulier les jeunes générations, soutient en effet un rapprochement avec l’Occident, tandis que d’autres craignent une escalade des tensions avec la Russie.
À plus long terme, cette crise soulève des questions sur la capacité de la Russie à maintenir son influence dans le Caucase du Sud, face à la montée en puissance de l’UE et des États-Unis dans la région. Pour l’Arménie, la situation représente un défi stratégique majeur : comment concilier ses alliances traditionnelles avec ses aspirations européennes sans déclencher une rupture définitive avec Moscou ?
L’Union économique eurasiatique (UEE) est une organisation régionale créée en 2015 par la Russie, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Elle vise à faciliter les échanges commerciaux et économiques entre ses membres. Pour l’Arménie, l’UEE représente un cadre de coopération économique et politique avec la Russie, un partenaire clé en matière de sécurité et d’énergie. Cependant, depuis quelques années, Erevan cherche à diversifier ses partenariats, ce qui a irrité Moscou.
Une dégradation des relations avec la Russie pourrait avoir plusieurs conséquences pour l’Arménie. D’abord, Moscou pourrait limiter ses exportations de gaz ou d’électricité, dont l’Arménie dépend fortement. Ensuite, les investissements russes pourraient diminuer, affectant des secteurs clés comme l’énergie ou les infrastructures. Enfin, une pression économique accrue de la part de la Russie pourrait fragiliser la position du gouvernement Pachinian, déjà confronté à des défis socio-économiques.