Face à une tension accrue sur l’approvisionnement en kérosène, nécessaire au transport aérien, les autorités françaises se disent prêtes à actionner leurs stocks stratégiques. Selon Capital, cette mesure s’inscrit dans un contexte marqué par des alertes sur la disponibilité future de ce carburant, alors que près de 50 % des approvisionnements européens en kérosène proviennent traditionnellement des pays du Golfe. Une situation d’autant plus préoccupante que le détroit d’Ormuz, par lequel transite normalement près de 20 % de la production mondiale d’hydrocarbures, est actuellement fermé.

Ce qu'il faut retenir

  • 50 % du kérosène européen proviennent des pays du Golfe, une dépendance mise à mal par la fermeture du détroit d’Ormuz.
  • L’Agence internationale de l’énergie (AIE) estime que l’Europe dispose « peut-être encore six semaines de kérosène » avant d’envisager des annulations de vols.
  • La France dispose de stocks stratégiques équivalant à environ 100 jours de consommation, mobilisables en cas de « problèmes de volume ».
  • À Bruxelles, la Commission européenne craint une « crise d’approvisionnement » dès cet été, avec des risques de hausse des prix et d’annulations de vols.
  • L’IATA appelle à une coordination des autorités pour éviter un rationnement du kérosène.

Une dépendance européenne aux hydrocarbures du Golfe

La fermeture du détroit d’Ormuz, artère majeure du transport maritime d’hydrocarbures, aggrave une situation déjà tendue pour l’approvisionnement en kérosène du Vieux Continent. Selon les données compilées par Capital, près de 50 % du carburant utilisé par les avions européens provient des pays de la région du Golfe. Or, cette zone est actuellement au cœur d’un conflit géopolitique bloquant l’une des principales voies d’exportation de pétrole et de gaz. Autant dire que l’Europe se trouve dans une position de vulnérabilité face à une rupture prolongée de ces approvisionnements.

Les compagnies aériennes européennes ont déjà tiré la sonnette d’alarme, craignant une pénurie à moyen terme. Le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), interrogé jeudi 18 avril, a estimé que le continent ne disposait « peut-être plus que six semaines » de réserves de kérosène. Une estimation qui a poussé l’agence à mettre en garde contre des annulations de vols « bientôt », si la situation ne s’améliore pas rapidement.

La France rassurante, mais prête à agir

Sur le plateau de BFMTV, dimanche 19 avril, la porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, Maud Bregeon, a tenté de calmer les craintes. « À l’heure où l’on se parle, il n’y a pas de risque de pénurie », a-t-elle affirmé, tout en reconnaissant une « tension accrue » sur les approvisionnements, différente de celle observée pour les carburants routiers. La France, a-t-elle précisé, dispose de réserves stratégiques permettant de couvrir environ 100 jours de consommation, mobilisables en cas de « problèmes de volume ».

« Ces stocks stratégiques sont initialement prévus pour pallier des problèmes de volume et non de prix », a-t-elle rappelé, soulignant que leur utilisation serait conditionnée à une dégradation concrète de la situation. Une posture prudente, mais qui témoigne de la volonté des autorités de se prémunir contre une crise majeure, alors que la saison estivale s’annonce déjà sous haute tension.

« Je rappelle que la France a des stocks stratégiques, environ une centaine de jours de disponibilité de carburant que nous pourrions être amenés à libérer si on avait des problèmes de volume. »
Maud Bregeon, porte-parole du gouvernement et ministre déléguée à l’Énergie, dimanche 19 avril 2026.

Bruxelles plus alarmiste que Paris

Alors que la France affiche une relative confiance, les institutions européennes adoptent un ton bien plus inquiet. Selon Le Parisien, le commissaire européen à l’Énergie, Dan Jørgensen, a estimé que l’Union européenne « s’approchait très rapidement » d’une crise d’approvisionnement en kérosène. Dans un entretien au quotidien, il a prévenu que l’été pourrait être marqué par des billets d’avion plus chers et des annulations de vols, si aucune solution n’est trouvée.

De son côté, l’Association du transport aérien international (IATA) a appelé les régulateurs européens à se coordonner pour éviter un scénario de rationnement du kérosène. Dans un communiqué publié vendredi 18 avril, l’organisation a demandé une transparence totale sur les stocks disponibles et les mesures envisagées, afin d’anticiper d’éventuelles restrictions. Une demande qui reflète l’urgence de la situation, alors que les compagnies aériennes multiplient les mises en garde sur la flambée des coûts et les risques opérationnels.

Des mesures d’urgence déjà en discussion

Face à cette crise annoncée, les gouvernements européens pourraient être contraints de prendre des mesures exceptionnelles. Parmi les pistes évoquées, outre la libération des stocks stratégiques, figurent des négociations accrues avec les producteurs de kérosène pour sécuriser des approvisionnements alternatifs. Certains pays membres pourraient également envisager des subventions ciblées pour les compagnies aériennes, afin d’atténuer l’impact d’une hausse des coûts sur les passagers.

En France, le gouvernement a indiqué étudier toutes les options pour limiter l’impact sur les voyageurs. « Nous suivons la situation heure par heure », a assuré Maud Bregeon, sans pour autant détailler de mesures supplémentaires pour l’instant. Une chose est sûre : si la crise devait s’aggraver, les compagnies aériennes et les autorités devront agir vite pour éviter un chaos dans les aéroports cet été.

Et maintenant ?

Plusieurs échéances pourraient rythmer les prochaines semaines. D’abord, les discussions au niveau européen sur une possible coordination des stocks de kérosène devraient s’intensifier, avec une réunion prévue à Bruxelles d’ici la fin du mois d’avril. Ensuite, les compagnies aériennes devraient annoncer dans les prochains jours leurs plans de vol pour l’été, en fonction des garanties obtenues sur les approvisionnements. Enfin, si la situation ne s’améliore pas, les gouvernements pourraient être contraints de débloquer des fonds supplémentaires pour soutenir le secteur, comme cela a été le cas lors de précédentes crises pétrolières.

Reste à voir si ces mesures suffiront à éviter une crise majeure. Pour l’instant, l’Europe mise sur la prudence et la préparation, mais le temps presse.

En conclusion, la crise du kérosène en Europe s’installe comme un défi majeur pour les mois à venir. Entre dépendance aux pays du Golfe, tensions géopolitiques et urgence à agir, les gouvernements et les compagnies aériennes naviguent en eaux troubles. Une chose est certaine : les prochaines semaines seront déterminantes pour éviter que la situation ne dégénère.

Plusieurs pistes sont explorées, comme l’utilisation de carburants durables d’aviation (SAF), des mélanges incorporant des huiles usagées ou des algues. Cependant, ces solutions restent marginales et coûteuses, représentant moins de 1 % de la consommation actuelle. Les compagnies misent aussi sur une meilleure optimisation des trajets et des réservoirs, mais ces mesures ne suffiront pas à combler une pénurie majeure.

Les voyageurs concernés par un vol prévu cet été sont invités à vérifier régulièrement les annonces des compagnies et à souscrire, si possible, à une assurance annulation couvrant les motifs liés aux grèves ou pénuries. En cas d’annulation, les passagers peuvent prétendre à une indemnisation pouvant aller jusqu’à 600 €, selon les règles européennes. Des outils en ligne permettent de vérifier son éligibilité.