Près de huit Français sur dix estiment que la hausse des prix du pétrole pèse sur leur budget depuis le début du conflit au Moyen-Orient, et une large majorité réclame des mesures pour limiter l’impact de cette crise énergétique. Selon BFM Business, qui publie les résultats d’un sondage réalisé par l’Institut Veblen et Verian, les Français affichent un mélange d’inquiétude, de colère et de résignation face à l’envolée des coûts de l’énergie. Ce baromètre, rendu public à l’occasion d’une réunion organisée par Emmanuel Macron avec 200 entreprises pour discuter de l’électrification de l’économie, révèle que les profits exceptionnels des groupes pétroliers, dont TotalEnergies, sont jugés choquants ou injustes par une part significative de la population.

Ce qu'il faut retenir

  • 70 % des Français souhaitent la mise en place d’une taxe sur les profits exceptionnels des entreprises pétrolières, et 76 % demandent une initiative européenne pour encadrer ces « superprofits ».
  • 66 % des sondés considèrent que la France a « de la chance » d’accueillir TotalEnergies sur son sol, mais 40 % jugent ses bénéfices « dérangeants » dans le contexte actuel.
  • Les énergies renouvelables et le nucléaire sont perçues comme les seules solutions « d’avenir » par respectivement 85 % et 70 % des Français, loin devant le gaz (27 %) ou le pétrole (22 %).
  • Près de 54 % des répondants estiment que l’État ne consacre pas assez de fonds publics à l’électrification et à la rénovation énergétique des logements.

Des profits jugés « choquants » ou « injustes » par une majorité

Les résultats de l’enquête, menée en ligne du 13 au 15 mai 2026 auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 personnes âgées de 18 ans et plus, montrent que 40 % des Français considèrent les profits réalisés par les entreprises pétrolières comme « choquants », tandis que 23 % les qualifient d’« injustes ». Ces critiques visent en premier lieu TotalEnergies, dont les bénéfices trimestriels ont bondi de 51 % sur un an, atteignant 5,8 milliards de dollars (soit 4,96 milliards d’euros) fin avril 2026.

Pourtant, 66 % des sondés reconnaissent que le pays bénéficie de la présence de l’entreprise sur son territoire. Toutefois, cette opinion positive se heurte à un scepticisme marqué : 40 % des répondants trouvent « compréhensibles mais dérangeants » les profits exceptionnels de TotalEnergies, 24 % les jugent « inacceptables tant que les prix de l’énergie restent élevés », et 11 % les considèrent « inacceptables en toutes circonstances ».

Des mesures jugées insuffisantes par plus de la moitié des Français

Le plafonnement des prix des carburants mis en place par TotalEnergies dans ses stations n’est perçu comme une mesure efficace que par une minorité. Seulement 17 % des sondés déclarent en avoir effectivement bénéficié, tandis que 57 % estiment que l’entreprise ne contribue pas « à la hauteur de ce qu’elle pourrait » à la lutte contre la crise énergétique. De même, 54 % des Français estiment que cette initiative est insuffisante pour limiter l’impact des prix élevés à la pompe.

Ces chiffres s’inscrivent dans un contexte où 78 % des personnes interrogées affirment que la hausse des prix du pétrole a un impact « plus ou moins important » sur leur budget personnel. Parmi elles, 44 % se disent « inquiètes », 21 % « en colère » et 16 % « résignées » face à cette situation.

Une demande massive de taxation des « superprofits » et une priorité donnée aux énergies vertes

Face à cette crise, 70 % des Français se prononcent en faveur d’une taxe sur les profits exceptionnels des entreprises pétrolières. Cette proposition recueille même un soutien plus large lorsqu’elle est étendue aux « superprofits » réalisés hors de France, avec 73 % d’approbation. Par ailleurs, 76 % des sondés réclament une initiative européenne pour mettre en place un tel mécanisme, une position soutenue par plusieurs pays comme l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Autriche.

Côté solutions, les Français placent en tête de leurs priorités l’accélération du déploiement des énergies renouvelables et du nucléaire (36 %), suivies de l’aide à l’achat de véhicules non thermiques et de l’investissement dans les transports en commun (20 %). Ces énergies sont d’ailleurs les seules à être majoritairement considérées comme « d’avenir » par la population : 85 % pour les renouvelables et 70 % pour le nucléaire, contre seulement 27 % pour le gaz, 22 % pour le pétrole et 7 % pour le charbon.

Sur le plan de la consommation, 36 % des répondants estiment qu’il est « urgent » de réduire fortement la part des énergies fossiles, tandis que 41 % jugent cette réduction importante, mais pas prioritaire. Une majorité écrasante (88 %) estime par ailleurs que la France reste dépendante des énergies fossiles, et 54 % reprochent à l’État de ne pas investir suffisamment dans l’électrification et l’efficacité énergétique, notamment via la rénovation thermique des logements ou l’installation de pompes à chaleur.

« Le gouvernement a indiqué ne "rien s'interdire" en la matière, tout en appelant à ne pas "tomber dans le Total bashing". »

Et maintenant ?

Le débat sur la taxation des profits des pétroliers pourrait s’intensifier dans les prochaines semaines, alors que plusieurs pays européens ont déjà exprimé leur soutien à une initiative coordonnée. La réunion organisée par Emmanuel Macron le 15 mai 2026 avec les acteurs économiques marque une première étape, mais les décisions concrètes restent attendues. Les prochaines annonces du gouvernement sur les mesures de soutien aux ménages et les investissements dans les énergies vertes seront scrutées de près, alors que la crise énergétique continue de peser sur le pouvoir d’achat.

L’État pointé du doigt pour son manque d’investissement

Alors que les Français attendent une action forte de l’État pour accélérer la transition énergétique, 54 % des sondés estiment que les pouvoirs publics ne consacrent pas assez de fonds à l’électrification et à l’efficacité énergétique. Cette critique intervient dans un contexte où l’Hexagone reste largement dépendant des énergies fossiles, une situation qui aggrave la vulnérabilité du pays face aux fluctuations des prix internationaux.

Les résultats de ce sondage soulignent également une fracture entre la perception des bénéfices des entreprises pétrolières et les attentes des citoyens. Si TotalEnergies reste perçue comme un acteur clé pour l’économie française, ses profits records suscitent une défiance croissante, alimentée par l’inflation des prix à la pompe et la précarité énergétique d’une partie de la population.

Selon BFM Business, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, le Portugal et l’Autriche ont déjà exprimé leur soutien à une initiative européenne pour taxer les profits exceptionnels des entreprises pétrolières.