Près de deux ans après avoir été victime d’une cyberarnaque, Clara, 34 ans, souffre encore de crises d’angoisse. « Chaque fois que mon téléphone sonne, je me demande si c’est un nouveau piège », confie-t-elle à Libération. Son cas illustre un phénomène encore trop méconnu : les répercussions psychologiques des cyberattaques, souvent reléguées au second plan derrière les pertes financières.
Ce qu'il faut retenir
- 40 % des victimes de cyberarnaques déclarent souffrir de stress, d’anxiété ou d’une perte de confiance en soi, selon une enquête citée par Libération.
- Ces conséquences psychologiques persistent parfois des années après l’agression, avec des symptômes comparables à ceux d’un état de stress post-traumatique.
- Les spécialistes soulignent l’absence de prise en charge systématique pour ces victimes, malgré l’ampleur du phénomène.
Un phénomène en hausse, des séquelles durables
Les cybermalveillances se multiplient en France. En 2025, 13,5 millions de Français ont déclaré avoir été confrontés à une tentative d’arnaque en ligne, d’après les chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP). Pourtant, si les pertes financières sont souvent médiatisées, les impacts sur la santé mentale restent sous-estimés. « La honte agit comme une seconde agression », explique Clara, qui a mis plusieurs mois avant d’en parler à son entourage. Libération a recueilli le témoignage de trois victimes, dont les parcours illustrent cette réalité.
Trois parcours, trois formes de détresse
Thomas, 42 ans, a perdu 12 000 euros après avoir répondu à un faux email de sa banque. « J’ai senti une boule au ventre pendant des semaines », raconte-t-il. Aujourd’hui, il évite de consulter ses comptes en ligne et vérifie systématiquement chaque message, même anodin. Pour Sophie, 29 ans, la cyberarnaque a pris la forme d’un chantage après la fuite de données personnelles. « Je me sentais coupable, comme si c’était de ma faute », confie-t-elle. Quant à Mehdi, 37 ans, c’est un faux site de e-commerce qui a vidé son compte. « J’ai perdu confiance en tout », admet-il. « Même mes proches me disent parfois que je devrais tourner la page, mais comment oublier ? »
« La honte agit comme une seconde agression. On se sent coupable, comme si on avait commis une erreur. Pourtant, les arnaqueurs sont des professionnels de la manipulation. »
— Clara, 34 ans, victime d’une cyberarnaque en 2024
Un manque de prise en charge criant
Alors que les plateformes bancaires et les assurances proposent désormais des dispositifs d’accompagnement financier, l’aide psychologique reste rare. Seuls 15 % des établissements financiers interrogés par Libération mentionnent un partenariat avec des psychologues ou des associations d’aide aux victimes. « Les victimes ont besoin d’un suivi pluridisciplinaire, pas seulement d’une aide à la déclaration de vol », souligne le Dr. Léa Morel, psychiatre spécialisée dans les traumatismes numériques. Pourtant, les victimes se heurtent souvent à des refus de prise en charge par leur mutuelle ou leur assurance.
Si les cyberarnaques touchent toutes les tranches d’âge, les seniors et les jeunes actifs semblent particulièrement vulnérables. Une étude de l’INSEE, publiée en mars 2026, révèle que 60 % des plus de 65 ans ayant subi une arnaque en ligne déclarent avoir développé une méfiance généralisée envers les outils numériques. Un paradoxe dans une société de plus en plus digitalisée.
Pourtant, des solutions existent. Certaines banques, comme la BNP Paribas, ont lancé des modules de prévention en ligne, tandis que des associations comme Cybermalveillance.gouv.fr proposent des guides pour limiter les risques. « La prévention est la clé, mais elle doit s’accompagner d’un vrai soutien », rappelle le Dr. Morel. Reste à savoir si ces initiatives suffiront à endiguer une crise qui, chaque année, prend de l’ampleur.
Il est recommandé de porter plainte, de contacter sa banque pour faire opposition, et de signaler l’incident sur la plateforme Cybermalveillance.gouv.fr. Un accompagnement psychologique peut également être envisagé, notamment via des associations spécialisées comme France Victimes.
