Début janvier 2026, à bord du Transsibérien reliant Novossibirsk à Vladivostok, la guerre en Ukraine s’invite dans les conversations des soldats en permission et des passagers ordinaires. Le Monde, qui a recueilli des témoignages lors de ce voyage, révèle comment cette guerre, désormais entrée dans sa troisième année, marque profondément les esprits de ceux qui la vivent de l’intérieur.
Ce qu'il faut retenir
- En janvier 2026, des soldats russes de retour d’Ukraine discutent ouvertement de leur expérience de combat dans le Transsibérien entre Novossibirsk et Vladivostok, selon Le Monde.
- Les échanges portent notamment sur la violence des combats et les dilemmes moraux liés aux missions sur le terrain.
- Le train, symbole de la Russie continentale, devient un espace de parole inhabituel où se mêlent soldats et civils.
- Les récits des militaires évoquent à la fois l’engagement, la fatigue et les questions persistantes sur l’utilité du conflit.
Un voyage au cœur de la Russie en guerre
Le trajet du Transsibérien entre Novossibirsk et Vladivostok, long de plus de 9 000 kilomètres, offre un cadre inhabituel pour des discussions sur la guerre en Ukraine. Le Monde rapporte que, début janvier 2026, des soldats en permission et des passagers civils échangent sur les réalités du front, souvent de manière crue et sans filtre. « On parle peu de la logistique ou des stratégies, mais surtout de ce qu’on a vu et fait », confie un militaire sous couvert d’anonymat.
Le train, qui traverse des paysages enneigés et des villes industrielles, devient ainsi un espace de parole où se croisent les destins de ceux qui ont combattu et ceux qui les accueillent. Les discussions, parfois tendues, reflètent la diversité des expériences : certains évoquent des missions de reconnaissance, d’autres des assauts meurtriers ou des pertes humaines.
Les dilemmes moraux au cœur des récits
Parmi les thèmes récurrents, la question de la violence et de ses conséquences morales occupe une place centrale. Un soldat, interrogé par Le Monde, admet avoir posé une question directe à un camarade : « Vous n’avez pas de regrets de devoir tuer ? » La réponse, selon le journaliste, a été évasive, révélant la complexité des sentiments face à la guerre. « On fait ce qu’on nous ordonne, mais ça ne veut pas dire qu’on en sort indemne », confie-t-il.
Ces échanges illustrent une réalité souvent tue : celle d’hommes et de femmes confrontés à des choix impossibles, entre devoir militaire et conscience personnelle. Certains soldats évoquent des souvenirs précis, comme des villages détruits ou des civils pris dans les combats, tandis que d’autres préfèrent garder le silence, incapable de verbaliser l’horreur vécue.
Une parole libérée, mais encadrée
Le train, par son isolement relatif, offre une forme de liberté de parole que les soldats n’ont pas toujours dans leur quotidien. « Ici, personne ne nous juge. On est entre nous », explique un vétéran de 25 ans, dont le régiment a été décimé lors d’une offensive en 2024. Pourtant, cette liberté reste relative : certains passagers, civils ou militaires en civil, écoutent sans intervenir, comme s’ils craignaient de réveiller des traumatismes.
Les conversations révèlent aussi une certaine lassitude. Après trois ans de conflit, les soldats en permission semblent moins motivés par l’idéologie et davantage par l’idée de rentrer chez eux. « On veut juste tourner la page », confie un autre militaire, dont le regard trahit une fatigue profonde. Pour autant, aucun ne remet publiquement en cause l’engagement de l’armée, comme si le respect de la chaîne de commandement primait sur toute critique.
Ces récits, aussi fragmentaires soient-ils, rappellent que derrière les statistiques et les communiqués se cachent des vies marquées à jamais. Le train, symbole d’une Russie continentale et résiliente, devient malgré lui le témoin d’une guerre qui ne dit pas son nom, mais qui, jour après jour, façonne les esprits de ceux qui la vivent.
L’isolement du trajet, la durée du voyage et l’absence de hiérarchie directe sur place créent un cadre propice aux échanges, selon Le Monde. Le train, qui traverse des régions éloignées des zones de conflit, offre une forme d’anonymat relatif, permettant aux militaires de s’exprimer sans crainte immédiate de représailles.
