Avec un déficit global de 21,6 milliards d’euros en 2025, la Sécurité sociale atteint son niveau le plus élevé depuis 2012, hors années exceptionnelles liées à la pandémie de Covid-19. Selon BFM Business, cette dégradation, qui représente un doublement en deux ans, pousse la Cour des comptes à tirer la sonnette d’alarme dans son traditionnel rapport sur l’application des lois de financement de la Sécurité sociale, publié ce mercredi 27 mai 2026.

Ce qu'il faut retenir

  • Déficit en forte hausse : 21,6 milliards d’euros en 2025, contre 15,3 milliards en 2024 (+41 %), alors qu’il était descendu à 10,8 milliards en 2023.
  • Branches les plus touchées : la branche maladie affiche un déficit de -15,9 milliards, celle de la vieillesse de -7,1 milliards, tandis que la branche accidents du travail – maladies professionnelles devient légèrement déficitaire (-0,2 milliard).
  • Prévisions 2026 : le budget table sur un déficit ramené à 19,4 milliards, mais les marges de manœuvre s’amenuisent, notamment en raison des risques économiques liés au conflit au Moyen-Orient.
  • Dette sociale alarmante : la dette portée par l’Acoss pourrait atteindre 150 milliards d’ici 2029 si aucune mesure corrective n’est prise, mettant en cause la soutenabilité du système.
  • Solutions proposées : la Cour des comptes recommande des économies de 6 milliards par an supplémentaires, via la baisse des dépenses de santé, l’équilibre des retraites et une hausse des recettes, notamment en réduisant les niches sociales.
  • Réformes impopulaires envisagées : élargissement des franchises médicales, réduction des exemptions, transformation de l’hôpital, et mieux de contrôle des transports de patients.

Une dégradation structurelle des comptes sociaux

En 2025, le déficit de la Sécurité sociale a atteint 21,6 milliards d’euros, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2012, en dehors des années exceptionnelles de la crise sanitaire. BFM Business souligne que cette progression, marquée par une hausse de 41 % par rapport à 2024, contraste avec la baisse enregistrée en 2023 (-9 milliards par rapport à 2022), période où le système bénéficiait encore des effets du « quoi qu’il en coûte ».

Cette dégradation s’explique en grande partie par les déséquilibres persistants des branches maladie et vieillesse, qui affichent respectivement des déficits de 15,9 et 7,1 milliards d’euros. La branche accidents du travail – maladies professionnelles, traditionnellement excédentaire, est désormais légèrement dans le rouge (-0,2 milliard), un signe de plus des tensions financières qui pèsent sur le système.

Un scénario 2026 déjà fragilisé par les risques économiques

Pour l’année en cours, le budget de la Sécurité sociale table sur une légère amélioration, avec un déficit prévu à 19,4 milliards d’euros. Toutefois, les auteurs du rapport de la Cour des comptes s’inquiètent des conséquences potentielles du conflit au Moyen-Orient sur l’inflation et la croissance. « La sécurité sociale ne dispose plus de marges de manœuvre pour absorber des chocs économiques », avertissent les Sages de la rue Cambon. Sans action corrective, les déficits devraient rester supérieurs à 20 milliards d’euros par an jusqu’en 2029.

À plus long terme, la dette sociale, portée par l’Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss), pourrait atteindre 150 milliards d’euros. Un niveau qui interroge sur la soutenabilité du système, d’autant que la trajectoire actuelle ne prévoit pas son retour à l’équilibre avant 2030.

Les leviers d’action identifiés par la Cour des comptes

Pour redresser la barre, la Cour des comptes propose un plan d’économies de 6 milliards d’euros par an, en plus des 4 milliards déjà programmés dans la trajectoire pluriannuelle. Trois axes principaux sont avancés : la maîtrise des dépenses d’assurance maladie, l’équilibre des retraites, et une hausse des recettes via la réduction des niches sociales et des allègements ciblés.

Côté dépenses de santé, les Sages de la rue Cambon reviennent sur un dossier explosif : celui des franchises médicales et participations forfaitaires. Ces sommes, discrètement déduites des remboursements, pourraient être élargies à davantage de postes, comme les dispositifs médicaux. Une mesure impopulaire, puisque le gouvernement Lecornu a déjà échoué en 2026 à étendre l’assiette des franchises aux dispositifs médicaux. Autre piste : réduire les cas d’exonération, qui concernent notamment les mineurs, les femmes enceintes, les bénéficiaires de la complémentaire santé solidaire (C2S) ou de l’aide médicale d’État (AME).

L’hôpital dans le viseur : des économies possibles, mais difficiles à concrétiser

Le rapport insiste également sur la nécessité de transformer l’organisation hospitalière pour réaliser des économies. Parmi les pistes évoquées : le développement de l’ambulatoire, de l’hospitalisation à domicile, le renforcement des équipes mobiles de soignants et de la gériatrie. Objectif affiché : un gain net de 1,3 milliard d’euros en quatre ans. Un chiffre qui prend tout son sens lorsque l’on sait que 10,8 millions de journées anormalement longues ont été recensées en 2024, pour un surcoût de 3,2 milliards, et que les hospitalisations évitables ont coûté 0,98 milliard supplémentaires.

Autre poste de dépenses sous surveillance : les transports de patients, dont le coût a bondi de 30 % entre 2019 et 2024, contre 17 % pour l’ensemble des dépenses de santé. « Cette croissance interroge sur l’efficacité de la régulation de cette activité », estiment les auteurs du rapport. Pour y remédier, ils recommandent de restreindre les motifs de prise en charge, de développer le transport partagé, de mieux piloter l’offre avec des quotas et de généraliser la géolocalisation et la facturation certifiée.

Et maintenant ?

Le gouvernement devra trancher entre le recours à des mesures impopulaires, comme l’élargissement des franchises médicales, et des économies structurelles, notamment à l’hôpital. Les prochaines semaines seront cruciales, alors que le budget 2027 doit être préparé dans un contexte économique incertain, marqué par les tensions géopolitiques et une inflation toujours élevée. La Cour des comptes insiste : « Sans effort supplémentaire, les déficits resteront supérieurs à 20 milliards d’euros par an jusqu’en 2029 ».

La soutenabilité du système social français est donc à nouveau au cœur des débats. Entre nécessité de réformes et impératifs de justice sociale, les arbitrages à venir s’annoncent délicats, alors que la population et les professionnels de santé pourraient réagir vivement à d’éventuelles nouvelles restrictions. Une équation que les pouvoirs publics devront résoudre rapidement, sous peine de voir la dette sociale s’accumuler et fragiliser davantage les générations futures.

En 2025, la branche maladie affiche un déficit de 15,9 milliards d’euros, suivie par celle de la vieillesse (-7,1 milliards). La branche accidents du travail – maladies professionnelles est également devenue légèrement déficitaire, avec un solde négatif de 0,2 milliard d’euros.