Pour la première fois depuis 1945, la France a enregistré en 2025 plus de décès que de naissances, selon Futura Sciences. Un basculement démographique qui survient alors que le monde compte désormais près de 8 milliards d’habitants et que le débat sur la « surpopulation » resurgit, porté notamment par la disparition du biologiste Paul Ralph Ehrlich en mars 2026. L’occasion de réinterroger un débat aussi ancien que controversé, entre contraintes écologiques et choix politiques.
Ce qu'il faut retenir
- 8 milliards d’humains sur Terre en 2026, selon les dernières projections démographiques.
- La France enregistre pour la première fois depuis 1945 un déficit naissances/décès en 2025, avec un indicateur de fécondité à 1,56 enfant par femme, son niveau le plus bas depuis la Première Guerre mondiale.
- Paul Ralph Ehrlich, coauteur de The Population Bomb (1968), décédé en mars 2026, avait popularisé l’idée d’une « bataille perdue » pour nourrir l’humanité face à la croissance démographique.
- Le débat sur la surpopulation ne se limite plus à un simple constat de nombre : il intègre désormais les modes de production, de consommation et les inégalités territoriales.
- L’équation I = P × A × T (impact environnemental = population × richesse × technologie) illustre la complexité des enjeux, bien au-delà du seul facteur démographique.
Un basculement démographique en France, symbole d’un monde en mutation
Le solde naturel français a basculé en 2025, avec plus de décès que de naissances, une première depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet événement, qualifié d’« historique » par plusieurs démographes, intervient dans un contexte où l’indicateur de fécondité atteint 1,56 enfant par femme, un niveau inédit depuis un siècle. Alors que le président Emmanuel Macron avait appelé dès 2024 à un « réarmement démographique » pour lutter contre le vieillissement de la population, les chiffres confirment une tendance lourde : les sociétés occidentales, y compris la France, font face à un déclin structurel de leur dynamisme démographique.
Cette situation contraste avec les projections pour l’Afrique subsaharienne, dont la population pourrait dépasser les deux milliards d’habitants d’ici 2050, selon les estimations de l’ONU. Autant dire que le débat sur la « surpopulation » ne se pose pas de la même manière selon les territoires. À Mayotte, par exemple, la question de la « pression démographique » sur l’île française a été régulièrement évoquée ces dernières années, illustrant la diversité des enjeux.
The Population Bomb : un héritage controversé et toujours actuel
La disparition de Paul Ralph Ehrlich le 13 mars 2026 a remis en lumière The Population Bomb, l’ouvrage qu’il avait coécrit avec son épouse Anne H. Ehrlich en 1968. L’ouvrage, devenu un classique de l’écologie politique, y prédisait une « crise démographique et alimentaire inévitable » pour les pays en développement, fondée sur l’idée que la croissance démographique dépasserait la capacité des sociétés à produire suffisamment de nourriture. « La bataille pour nourrir toute l’humanité est perdue », écrivaient-ils dès l’introduction, affirmant qu’il était « impossible d’augmenter suffisamment la production alimentaire pour faire face à la croissance démographique continue ».
Selon Futura Sciences, l’influence de The Population Bomb a dépassé le cadre scientifique pour s’imposer comme un référentiel politique. L’ouvrage a contribué à populariser l’idée que la « surpopulation » était une menace globale, justifiant des réponses coercitives comme le contrôle des naissances, la stérilisation forcée ou la réorientation de l’aide internationale. Ces propositions, souvent critiquées pour leur manque d’éthique, restent aujourd’hui un sujet de débat parmi les historiens et les démographes.
Au-delà du nombre : le poids des modes de production et de consommation
Si la question démographique reste au cœur des discussions, les experts soulignent depuis des décennies que le problème ne se réduit pas à un simple décompte d’habitants. En 1971, Paul Ehrlich et le professeur John Holdren avaient proposé une équation plus large pour évaluer l’impact environnemental : I = P × A × T. Selon cette formule, l’impact environnemental (I) dépend de trois facteurs : la taille de la population (P), la richesse moyenne par habitant (A) et la technologie disponible (T). Autrement dit, ce n’est pas seulement le nombre d’humains qui compte, mais aussi la manière dont ils consomment et produisent.
Cette approche a été reprise et affinée dans les années 1990 avec l’identité de Kaya, qui relie les émissions de gaz à effet de serre à quatre variables : la population, le produit intérieur brut par habitant, l’intensité énergétique de la production et le contenu carbone de l’énergie. Les travaux ultérieurs ont montré que la décarbonation de l’économie et la sobriété dans la consommation étaient tout aussi cruciales que la maîtrise de la démographie pour limiter les pressions sur les ressources naturelles.
Malthus, Ehrlich et les limites du débat traditionnel
Le débat sur la surpopulation remonte à bien avant The Population Bomb. Dès 1798, l’économiste britannique Thomas Robert Malthus publiait son Essai sur le principe de population, dans lequel il affirmait que la croissance démographique, exponentielle, finirait par dépasser la croissance des ressources alimentaires, linéaire. Malthus en concluait que les politiques d’assistance aux plus pauvres, comme les Poor Laws en Angleterre, encourageaient la reproduction des plus démunis et aggravaient la crise. Une vision qui a inspiré des politiques eugénistes et des mesures de contrôle des naissances, souvent contestées pour leur caractère discriminatoire.
Selon Futura Sciences, cette logique malthusienne n’a pas disparu avec le néo-malthusianisme du XXe siècle. Aujourd’hui encore, certains discours politiques ou médiatiques reformulent les inégalités sociales et territoriales en termes de « surpopulation », sans toujours les nommer explicitement. L’Afrique subsaharienne, par exemple, est souvent présentée comme un foyer de « pression démographique », tandis que les débats sur le vieillissement en Europe sont rarement associés à la même rhétorique.
En France, la question du « réarmement démographique » annoncé par Emmanuel Macron en 2024 pourrait trouver des réponses concrètes dans les mois à venir, notamment à travers des réformes familiales ou des politiques d’accueil des migrants. À l’échelle mondiale, les prochaines projections de l’ONU, attendues pour 2027, seront scrutées de près pour évaluer l’impact des politiques de contrôle des naissances ou de soutien à la parentalité.
Le débat oppose deux visions : d’un côté, ceux qui estiment que la croissance démographique menace les ressources et l’environnement ; de l’autre, ceux qui soulignent que les inégalités dans la consommation et la production sont tout aussi déterminantes. Des travaux comme l’équation I = P × A × T montrent que la question est plus complexe qu’un simple décompte d’habitants.
Les projections de l’ONU pour 2027 seront cruciales pour évaluer l’impact des politiques actuelles. En France, les réformes familiales et migratoires pourraient aussi influencer la dynamique démographique d’ici 2030. Enfin, la COP32 en 2028 devrait aborder la question de la « justice démographique » entre continents.