Un patient témoigne avoir entendu des soignants lui « réciter la messe comme si [il] était mort » dans le service de réanimation du CHU de Caen. Selon Ouest France, ces révélations s’ajoutent à une série d’accusations de comportements abusifs, confirmées par une enquête interne rendue publique le 18 mai 2026. Deux infirmiers ont été renvoyés à l’issue de cette investigation, et une seconde procédure, menée par l’Ordre des infirmiers, pourrait entraîner leur radiation définitive de la profession.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux infirmiers ont été renvoyés du CHU de Caen après une enquête interne conclue le 18 mai 2026.
  • Une seconde enquête pourrait conduire à leur radiation définitive de la profession.
  • Les dérives dénoncées concernent des comportements abusifs envers des patients, selon des témoignages recueillis sur plusieurs années.
  • L’établissement évoque une enquête interne confirmant les faits, sans préciser le nombre total de signalements.

Une plainte révélatrice de dysfonctionnements plus larges

Les propos rapportés par un patient, recueillis par Ouest France, illustrent l’ampleur des dérives qui pourraient toucher le service depuis plusieurs années. Le témoignage, corroboré par des professionnels du service, décrit des pratiques allant au-delà de simples négligences : certains soignants auraient adopté une attitude déshumanisante envers les patients en état critique. « Ils me récitaient la messe comme si j’étais mort », a confié ce patient, dont les propos ont été repris par l’enquête interne.

Ces révélations surviennent alors que le CHU de Caen, établissement public de référence en Normandie, fait face à une pression accrue sur ses services de réanimation. La saturation des lits et la charge de travail des équipes ont déjà été pointées du doigt lors de la crise sanitaire. Pour autant, ces abus ne sauraient être imputés à des contraintes organisationnelles, souligne Ouest France. Les comportements dénoncés relèvent selon l’enquête de « manquements graves à l’éthique professionnelle ».

Une enquête interne confirmée, mais des zones d’ombre subsistent

L’enquête interne, close le 18 mai 2026, a permis de confirmer les accusations portées par plusieurs sources. Deux infirmiers ont été immédiatement écartés, et une procédure disciplinaire a été engagée. Selon Ouest France, leur licenciement pourrait être suivi d’une radiation de l’Ordre national des infirmiers, une sanction qui interdirait à ces professionnels d’exercer à vie. La décision finale reviendra à la chambre disciplinaire nationale, dont le verdict n’est pas attendu avant plusieurs mois.

Reste à savoir si cette affaire ne représente que la partie émergée d’un iceberg. L’enquête interne n’a pas rendu public le nombre total de signalements reçus, ni précisé si d’autres membres du personnel pourraient faire l’objet de sanctions. Le CHU de Caen, contacté par Ouest France, n’a pas communiqué sur d’éventuelles mesures complémentaires, se bornant à reconnaître la réalité des faits « graves » identifiés.

Des dérives symptomatiques d’un malaise plus profond ?

Au-delà des cas individuels, cette affaire soulève des questions sur la gestion des services de réanimation en France. Les témoignages évoquent un climat où la pression exercée sur les soignants pourrait, dans certains cas, favoriser des comportements inappropriés. « Cela fait des années que des signaux faibles remontent, mais ils ont souvent été ignorés », a expliqué un ancien cadre du CHU sous couvert d’anonymat. Selon lui, ces dérives ne sont pas isolées et reflètent un problème structurel dans certains services hospitaliers.

Le ministère de la Santé a indiqué, via Ouest France, que des inspections ciblées seraient menées dans les établissements où des signalements similaires avaient été enregistrés. Cependant, aucune liste officielle n’a été communiquée à ce jour. Pour les associations de patients, ces mesures restent insuffisantes tant que les causes profondes du problème ne sont pas abordées, à commencer par la formation continue des soignants et le renforcement des contrôles internes.

Et maintenant ?

La procédure disciplinaire contre les deux infirmiers devrait aboutir d’ici la fin de l’année 2026, voire au début 2027. Dans l’intervalle, le CHU de Caen pourrait mettre en place un dispositif de médiation pour les patients et familles ayant été victimes de ces dérives, bien que cette option n’ait pas encore été officiellement confirmée. Par ailleurs, l’Ordre national des infirmiers a annoncé qu’il réviserait ses protocoles de signalement pour faciliter la remontée d’informations en cas de manquements éthiques. Reste à voir si ces mesures suffiront à restaurer la confiance dans un service où la réputation est désormais durablement entachée.

Cette affaire rappelle, une fois de plus, les défis posés par la gestion des services hospitaliers en tension. Entre pénurie de personnel, charge mentale accrue et attentes croissantes des patients, le secteur de la santé reste un terrain miné, où les dérives peuvent prendre racine avant d’éclater au grand jour.