Le détroit d'Ormuz, artère stratégique où transitent près de 20 % du gaz et du pétrole mondial, voit progressivement son trafic se rétablir, sous contrôle iranien. Selon BFM Business, deux nouveaux navires ont été autorisés à franchir ce passage ultra-sensible en moins de vingt-quatre heures, marquant une légère ouverture après des mois de restrictions. Un pétrolier turc et un bâtiment japonais ont ainsi pu reprendre leur route, confirmant la mise en place d'une diplomatie ciblée par Téhéran.

Ce qu'il faut retenir

  • Un pétrolier japonais, battant pavillon indien, a traversé le détroit d'Ormuz ce matin vers 10 heures, avec une cargaison à destination de l'Inde.
  • Un pétrolier turc, le Ocean Thunder, a franchi le passage hier soir en direction de la Malaisie, chargé de pétrole brut irakien.
  • Quatre navires ont transité en moins de 24 heures, dont un méthanier, premier gaz naturel liquéfié à emprunter le détroit depuis le 1er mars.
  • L'Iran impose un itinéraire précis, longeant l'île de Larak, surnommée « le péage de Téhéran ».
  • Le ministre turc des Transports a annoncé que huit navires turcs, avec 156 membres d'équipage, attendent encore leur tour pour quitter la zone.
  • Téhéran engage des négociations avec la Thaïlande, le Vietnam et les Philippines, pays dépendants des approvisionnements en énergie.
  • Les États-Unis, où les prix de l'essence ont bondi de 40 % depuis le début de l'année, menacent de « déchaîner les enfers » sur l'Iran si le détroit n'est pas totalement rouvert d'ici mardi soir.

Un rétablissement progressif du trafic sous conditions iraniennes

Pour la première fois depuis les frappes américaines du 28 avril 2026, plusieurs navires ont pu emprunter le détroit d'Ormuz, l'une des zones maritimes les plus disputées au monde. Selon BFM Business, un pétrolier japonais battant pavillon indien a quitté le détroit ce matin vers 10 heures, avec à son bord une cargaison destinée à l'Inde. La société maritime nipponne a confirmé que « le personnel à bord comme la cargaison sont en sécurité », précisant que le navire a suivi un itinéraire précis approuvé par les autorités iraniennes.

Cette autorisation intervient après le passage de trois autres navires ce dimanche, dont un méthanier transportant du gaz naturel liquéfié. Il s'agissait du premier du genre à franchir le détroit depuis le 1er mars, signe que Téhéran commence à assouplir, sous conditions, le blocus de facto qu'il impose depuis plusieurs semaines. L'île de Larak, située dans le détroit, semble jouer un rôle clé dans cette stratégie : surnommée « le péage de Téhéran », elle est désormais le point de passage obligé pour les navires souhaitant traverser la zone.

La Turquie et le Japon obtiennent des dérogations, d'autres restent bloqués

Le ministre turc des Transports, cité par BFM Business, a annoncé hier soir le passage réussi du pétrolier Ocean Thunder, battant pavillon malaisien mais co-détenu par une société turque. Chargé de pétrole brut en provenance d'Irak, le navire a rallié la Malaisie sans encombre. « Grâce à nos efforts conjoints avec le ministère des Affaires étrangères, le navire turc a franchi sans encombre le détroit d'Ormuz hier soir », a-t-il déclaré sur X (ex-Twitter). Il a ajouté que « nous poursuivons sans relâche nos efforts pour assurer le passage en toute sécurité de nos huit navires et de leurs 156 membres d'équipage qui souhaitent actuellement quitter la zone ».

Ces dérogations ciblées contrastent avec la situation des autres pays, dont les navires restent bloqués dans la région. Le régime iranien semble ainsi privilégier une approche sélective, négociant au cas par cas avec certains États en fonction de leurs intérêts stratégiques ou économiques. Parmi les pays en discussion avec Téhéran figurent la Thaïlande, le Vietnam et les Philippines, tous fortement dépendants des importations de carburant en provenance du Moyen-Orient.

Une diplomatie iranienne qui s'organise autour du détroit stratégique

La situation dans le détroit d'Ormuz illustre la position de force acquise par l'Iran depuis le début des tensions avec les États-Unis. Thierry Breton, ancien commissaire européen, a souligné sur BFMTV que « le détroit n'est pas fermé pour tout le monde, une diplomatie se met en place autour de l'Iran ». Il a rappelé que « ceux qui ont les clés, ce sont les Iraniens, qu'on le veuille ou non ». Une analyse partagée par plusieurs observateurs, qui notent que Téhéran utilise le contrôle du détroit comme levier dans ses négociations internationales.

Cette stratégie s'inscrit dans un contexte de tensions accrues entre Washington et Téhéran. Les États-Unis, où les prix de l'essence ont augmenté de 40 % depuis le début de l'année, ont multiplié les pressions pour rouvrir totalement le détroit. Donald Trump, candidat à sa propre succession, a menacé de « déchaîner les enfers » sur l'Iran si la situation n'évoluait pas d'ici mardi soir. Une déclaration qui intervient alors que les marchés énergétiques mondiaux restent sous haute tension, le moindre incident dans le détroit pouvant provoquer une crise d'approvisionnement majeure.

« Le détroit n'est pas fermé pour tout le monde, une diplomatie se met en place autour de l'Iran. Ceux qui ont les clés, ce sont les Iraniens, qu'on le veuille ou non. »
— Thierry Breton, ancien commissaire européen, cité par BFM Business

Un méthanier historique, signe d'un possible assouplissement

Parmi les quatre navires autorisés à passer en moins de vingt-quatre heures, l'un d'eux a marqué l'histoire : il s'agissait du premier méthanier transportant du gaz naturel liquéfié (GNL) à emprunter le détroit depuis le 1er mars. Ce navire, co-détenu par une société japonaise, a franchi le passage dimanche, confirmant que Téhéran commence à desserrer, même légèrement, son étau sur cette route maritime cruciale. Pour les pays asiatiques dépendants des importations de GNL, cette ouverture représente une lueur d'espoir après des mois de pénuries et de flambée des prix.

Cependant, malgré ces signes encourageants, la plupart des navires restent bloqués dans la région. Les négociations entre l'Iran et plusieurs pays d'Asie du Sud-Est, bien que prometteuses, progressent lentement. Selon des sources diplomatiques, Téhéran exigerait des concessions économiques ou politiques en échange de nouvelles autorisations de passage, ce qui pourrait prolonger les délais pour les autres armateurs.

Et maintenant ?

Les prochaines heures seront déterminantes pour savoir si l'Iran maintient cette politique d'ouverture partielle ou s'il durcit à nouveau les conditions de passage. Washington, qui a fixé un ultimatum à Téhéran pour mardi soir, pourrait multiplier les pressions militaires ou économiques en cas de blocage prolongé. De leur côté, les pays asiatiques dépendants du pétrole et du gaz iranien devront probablement accélérer leurs négociations avec Téhéran pour sécuriser leurs approvisionnements. Une chose est sûre : tant que les sanctions américaines et les tensions régionales persisteront, le détroit d'Ormuz restera un point de friction majeur sur la scène internationale.

Reste à savoir si cette légère détente permettra aux huit navires turcs et à leurs 156 membres d'équipage de quitter la zone rapidement. Leur sort dépendra, une fois encore, de la capacité de Téhéran à concilier ses intérêts stratégiques avec les pressions extérieures.

Le détroit d'Ormuz est un point de passage obligé pour près de 20 % du commerce mondial de pétrole et de gaz. Depuis les tensions avec les États-Unis et leurs alliés, l'Iran utilise ce levier pour faire pression dans les négociations internationales et affaiblir l'impact des sanctions économiques qui le visent.

Les pays d'Asie du Sud-Est, comme la Thaïlande, le Vietnam et les Philippines, sont particulièrement dépendants des importations de pétrole et de gaz en provenance du Moyen-Orient. Le blocage du détroit a provoqué une hausse des prix de l'énergie et des pénuries dans ces pays, aggravant leur inflation.