Alors que le nombre de diagnostics de troubles de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) explose chez les adultes, certains professionnels s’interrogent sur une possible médicalisation excessive de symptômes parfois liés à des troubles anxieux ou dépressifs. Selon Le Figaro, cette tendance reflète à la fois une libération de la parole salutaire et des dérives potentielles dans l’évaluation des cas.

Ce qu'il faut retenir

  • En France, les diagnostics de TDAH chez l’adulte ont fortement augmenté ces cinq dernières années, notamment après la pandémie de Covid-19.
  • Les critères diagnostiques incluent des symptômes comme la désorganisation, la procrastination ou des difficultés à se concentrer, mais aussi des troubles du sommeil ou des problèmes relationnels.
  • Certains psychiatres et psychologues pointent un risque de surdiagnostic, notamment chez les femmes dont les traits neuroatypiques sont souvent minimisés.
  • Les associations de patients saluent cette reconnaissance tardive, mais appellent à une meilleure formation des professionnels pour éviter les erreurs.
  • Le coût des bilans diagnostiques, souvent pris en charge par les assurés eux-mêmes, peut atteindre plusieurs centaines d’euros.

Une libération de la parole longtemps retardée

Linda, Parisienne de 40 ans, incarne cette génération d’adultes ayant découvert tardivement un TDAH. Comme elle l’explique, son parcours scolaire et professionnel a été marqué par un sentiment de décalage permanent. « En tant que femme, on a déjà tendance à souffrir du syndrome de l’imposteur. Mais à force d’entendre constamment des moqueries sur mon bureau en désordre ou des critiques sur mes oublis en réunion, j’ai fini par me convaincre que j’étais foncièrement nulle et incompétente », a-t-elle confié au Figaro. Après des années à compenser ses difficultés par des listes de tâches et des rappels incessants, elle a finalement quitté son emploi pendant la pause forcée par la crise sanitaire pour se reconvertir dans le massage.

Son cas n’est pas isolé. Selon les dernières données de la Haute Autorité de santé (HAS), le nombre de diagnostics de TDAH chez l’adulte a été multiplié par trois entre 2019 et 2024 en France. Les femmes, souvent diagnostiquées après 30 ou 40 ans, représentent désormais plus de 60 % des nouveaux cas. Les spécialistes attribuent cette hausse à une meilleure sensibilisation, mais aussi à une remise en question des normes sociales qui stigmatisaient autrefois ces comportements.

Des dérives possibles dans l’évaluation des cas

Si la reconnaissance du TDAH chez l’adulte est saluée par les associations comme HyperSupers, certains professionnels tirent la sonnette d’alarme. Le Dr Martin Cohen, psychiatre à Lyon, souligne que « le risque de surdiagnostic est réel, surtout lorsque les symptômes se chevauchent avec ceux d’un trouble anxieux ou d’une dépression ». Dans un contexte où la santé mentale est de plus en plus médiatisée, certains patients pourraient être tentés de chercher une explication médicale à des mal-être existentiels.

Les critères diagnostiques, définis par le manuel DSM-5, reposent sur une évaluation rigoureuse des symptômes présents depuis l’enfance. Pourtant, selon une étude publiée en 2025 par l’Inserm, près de 20 % des diagnostics posés en libéral ne respecteraient pas ces guidelines. « Certains praticiens, sous pression de patients pressés ou de listes d’attente interminables, pourraient être tentés de raccourcir les bilans », avance le Dr Cohen. Le coût de ces examens, non remboursés par l’Assurance maladie, oscille entre 300 et 600 euros, un frein pour de nombreux ménages.

Un enjeu de formation et de sensibilisation

Face à cette situation, la HAS a publié en mars 2026 des recommandations pour encadrer les pratiques. Parmi les mesures phares : un renforcement des formations continues pour les psychiatres et psychologues, ainsi que la création de parcours de soins dédiés. « Il s’agit de garantir un diagnostic précis, tout en évitant la médicalisation excessive de symptômes qui relèvent parfois simplement du stress ou d’un rythme de vie inadapté », explique la Pr Sophie Dubois, membre du groupe de travail.

Les associations de patients, de leur côté, appellent à une meilleure prise en charge des adultes concernés. « Beaucoup attendaient ce diagnostic depuis des années. Mais pour que cela reste une avancée et non une mode, il faut que les professionnels soient à la hauteur », insiste Claire Martin, porte-parole d’HyperSupers. Selon elle, la médiatisation récente du TDAH – avec des témoignages viraux sur les réseaux sociaux – a accéléré les demandes, parfois au détriment d’une évaluation approfondie.

Et maintenant ?

Une mission d’évaluation pilotée par la HAS devrait rendre ses conclusions d’ici la fin de l’année 2026. Parmi les pistes envisagées : un élargissement du remboursement des bilans diagnostiques par l’Assurance maladie, ainsi qu’un renforcement des contrôles sur les pratiques des professionnels. Les associations demandent également une campagne nationale de sensibilisation pour distinguer les vrais TDAH des autres troubles. Reste à voir si ces mesures parviendront à concilier libération de la parole et rigueur médicale.

TDAH et santé mentale : des frontières floues

Cette tendance s’inscrit dans un mouvement plus large de reconnaissance des troubles neurodéveloppementaux. Selon une enquête de la DREES publiée en juin 2026, 12 % des Français adultes déclarent avoir déjà consulté pour un trouble de l’attention ou une hypersensibilité sensorielle. Pourtant, les spécialistes insistent sur la nécessité de ne pas confondre TDAH et autres problématiques psychologiques. « Un burn-out ou une anxiété généralisée peuvent mimer certains symptômes du TDAH, mais les prises en charge ne sont pas les mêmes », rappelle le Dr Cohen.

Les réseaux sociaux jouent un rôle ambigu dans cette dynamique. Si certains témoignages ont permis de briser l’isolement de patients, d’autres contributeurs minimisent les critères diagnostiques ou promeuvent des méthodes non validées scientifiquement. Face à ce phénomène, les autorités sanitaires devront probablement adapter leur communication pour éviter une confusion préjudiciable à la santé publique.

Chez l’adulte, les principaux symptômes incluent une difficulté à se concentrer, une désorganisation chronique, une procrastination marquée, une impulsivité dans la prise de décision et des problèmes de gestion du temps. Certains patients rapportent également des troubles du sommeil ou des difficultés relationnelles. Ces symptômes doivent être présents depuis l’enfance et altérer significativement la vie quotidienne pour justifier un diagnostic.

Les femmes consultent souvent plus tardivement en raison de mécanismes d’adaptation développés dès l’enfance. Leur TDAH se manifeste moins par de l’hyperactivité que par des symptômes internalisés (rêverie, perfectionnisme, anxiété), ce qui retarde le diagnostic. Les stéréotypes de genre, qui associent plus facilement l’inattention à un manque de rigueur qu’à un trouble neurodéveloppemental, jouent également un rôle.

Autant dire que l’engouement actuel pour le diagnostic du TDAH chez l’adulte reflète une avancée majeure pour des milliers de personnes, mais aussi les limites d’un système médical sous tension. Entre reconnaissance des spécificités individuelles et risque de surmédicalisation, le défi des prochains mois sera de tracer une voie médiane.