« Ce titre fait un clin d’œil à la pièce de théâtre d’Eugène Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser. Sur le palier, un cadavre grossit sans arrêt et rend la vie impossible au vieux couple de l’appartement d’à-côté. Ce cadavre figure l’encombrement croissant de ce Dieu qui est mort et dont on ne veut plus. Il en est de même dans nos pays occidentaux exténués… » C’est par ces mots que le père Thierry-Dominique Humbrecht, dominicain et théologien, explique le titre de son dernier ouvrage, Dieu ou comment s’en débarrasser, publié aux éditions du Cerf. Grand prix de l’Académie française en 2025 pour l’ensemble de son œuvre, ce religieux, également docteur en philosophie et en théologie, y analyse comment la quête de spiritualité perturbe une société obsédée par le matérialisme, selon Le Figaro.

Ce qu'il faut retenir

  • Thierry-Dominique Humbrecht, dominicain et théologien, publie Dieu ou comment s’en débarrasser aux éditions du Cerf, un essai qui interroge le retour paradoxal de Dieu dans une société matérialiste.
  • L’auteur, Grand prix de l’Académie française 2025, est docteur en philosophie et en théologie et a déjà publié plusieurs ouvrages sur la métaphysique de saint Thomas d’Aquin.
  • Le titre de l’ouvrage fait référence à la pièce d’Eugène Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser, pour illustrer l’idée d’un Dieu « encombrant » dans une société occidentale « exténuée ».

Ce livre s’inscrit dans un contexte où, malgré une apparente sécularisation, les manifestations de spiritualité connaissent un regain d’intérêt en France. Le Figaro rappelle que ce phénomène coïncide avec une étude récente selon laquelle la majorité des jeunes de 15 à 17 ans jugent « inacceptable » la critique des religions. Parallèlement, on observe une explosion des baptêmes d’adultes et une affluence accrue dans les églises, signe d’un « vent de jeunesse sur le catholicisme français ».

Un paradoxe : la disparition de Dieu dans une société en quête de sens

Dans cet entretien accordé au Figaro, Thierry-Dominique Humbrecht souligne le paradoxe d’une époque où Dieu, officiellement « mort » pour une partie de la société occidentale, réapparaît sous des formes inattendues. L’auteur explique que cette contradiction s’explique par le fait que « nos pays occidentaux [sont] exténués » par un matérialisme qui ne comble plus les aspirations profondes de l’être humain.

« Ce cadavre figure l’encombrement croissant de ce Dieu qui est mort et dont on ne veut plus. Il en est de même dans nos pays occidentaux exténués… »
Pour lui, cette « soif de spiritualité » s’exprime malgré tout, y compris chez les jeunes générations, pourtant souvent perçues comme désenchantées.

Thierry-Dominique Humbrecht rappelle que sa réflexion s’appuie sur des décennies d’études théologiques et philosophiques, notamment autour de la métaphysique de saint Thomas d’Aquin. Son dernier essai s’adresse à un public large, loin des cercles académiques, afin de rendre accessible une réflexion sur la place de Dieu dans une société en crise. L’auteur insiste sur le fait que ce retour de la spiritualité n’est pas un simple phénomène de mode, mais une réponse à un vide existentiel que le matérialisme contemporain n’a pas su combler.

Une société tiraillée entre rejet et fascination pour le divin

Le théologien pointe du doigt une société occidentale qui, tout en proclamant la mort de Dieu, ne parvient pas à se passer totalement de spiritualité. Le Figaro relève que cette tension se manifeste dans les débats publics, où la critique des religions est de plus en plus contestée, notamment par les jeunes générations. Un sondage cité par le journal révèle que la majorité des 15-17 ans jugent « inacceptable » la critique des religions, un chiffre qui contraste avec l’image d’une jeunesse résolument athée.

Cette ambivalence se traduit aussi par des indicateurs concrets, comme l’augmentation des baptêmes d’adultes et l’affluence dans les églises, deux phénomènes qui témoignent d’un besoin de transcendance, même tardif. Thierry-Dominique Humbrecht y voit la preuve que l’homme, malgré sa modernité, reste un être de quête, cherchant à combler un vide que la société de consommation ne peut satisfaire. Pour lui, cette situation rappelle étrangement la pièce d’Ionesco : un Dieu « cadavre » qui, loin de disparaître, s’impose comme une présence encombrante, presque indésirable.

Un appel à repenser la place du sacré dans le monde contemporain

L’ouvrage du père Humbrecht n’est pas seulement un constat, mais aussi un appel à repenser la place du sacré dans notre société. Le théologien, connu pour ses prises de position engagées, y dénonce ce qu’il considère comme une idéologie qui nie le droit à l’identité religieuse des chrétiens, alors même que d’autres formes de spiritualité sont célébrées. Dans l’entretien accordé au Figaro, il déclare :

« Tout le monde aurait droit à son identité, sauf les chrétiens ? Il faut en finir avec ce genre d’idéologie. »

Cette réflexion s’inscrit dans un débat plus large sur la laïcité et la liberté religieuse en France. Thierry-Dominique Humbrecht, qui a déjà abordé ces questions dans ses précédents travaux, y voit une contradiction majeure : comment une société qui valorise la diversité culturelle peut-elle exclure certaines formes de spiritualité au nom d’un principe de neutralité ? Pour lui, la réponse réside dans une réconciliation entre raison et foi, entre modernité et tradition, afin de permettre à chacun de trouver sa voie sans nier celle des autres.

Et maintenant ?

La publication de Dieu ou comment s’en débarrasser intervient alors que les débats sur la place de la religion dans l’espace public s’intensifient en France. Plusieurs événements, comme la Journée mondiale de la jeunesse prévue en août 2026, pourraient relancer ces discussions. Par ailleurs, les prochaines élections européennes, où la question de l’identité et des valeurs sera centrale, pourraient donner lieu à de nouvelles prises de position sur ces sujets. Reste à voir si les institutions politiques et religieuses parviendront à trouver un terrain d’entente pour répondre à cette quête de sens qui traverse la société.

En attendant, Thierry-Dominique Humbrecht, dont l’ouvrage a été salué par la critique, devrait poursuivre ses conférences et débats pour promouvoir sa vision d’une spiritualité ouverte et inclusive. Son travail, à la croisée de la philosophie, de la théologie et de la sociologie, pourrait bien devenir une référence pour ceux qui cherchent à comprendre les enjeux spirituels de notre époque.

Le père Humbrecht explique que le titre fait référence à la pièce d’Eugène Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser, pour illustrer l’idée d’un Dieu « encombrant » dans une société occidentale « exténuée ». Il souligne que, malgré la sécularisation, Dieu réapparaît sous des formes inattendues, devenant une présence difficile à ignorer, voire à supporter.