Depuis le début de l’année 2025, dix incidents de sabotage ont été recensés au sein de la marine allemande, selon le média d’investigation CORRECTIV. Alors que les enquêtes peinent à aboutir, des sources occidentales évoquent la piste russe pour expliquer cette multiplication d’actes ciblant des navires militaires et des infrastructures portuaires.

Ce qu'il faut retenir

  • Dix sabotages ont été recensés dans la marine allemande depuis janvier 2025, selon CORRECTIV.
  • En février 2026, une fente de deux centimètres a été découverte sur une frégate à Wilhelmshaven, considérée comme un acte volontaire par la Bundeswehr.
  • En janvier 2025, du gravier a été introduit dans la salle des machines d’un navire à Hambourg, entraînant l’arrestation de deux hommes.
  • Les services de sécurité allemands et occidentaux suspectent des « agents jetables », recrutés via les réseaux sociaux et payés en cryptomonnaies.
  • L’Allemagne, principal soutien de l’Ukraine, est une cible privilégiée pour Moscou, selon les analystes.

Un sabotage avéré sur la frégate « Rheinland-Pfalz » à Wilhelmshaven

Fin février 2026, une inspection de routine a révélé une anomalie sur la frégate « Rheinland-Pfalz », basée à Wilhelmshaven. Une fente de deux centimètres a été découverte dans sa conduite de carburant, comme l’a rapporté CORRECTIV. La Bundeswehr a immédiatement évoqué la possibilité d’un acte de sabotage, sans pouvoir en déterminer la cause exacte pour l’heure.

« En principe, nous pouvons vous confirmer que la situation de menace visant les bâtiments en activité dans les chantiers navals, ainsi que les unités de la marine en construction, a évolué en raison de plusieurs cas présumés de sabotage », a déclaré un porte-parole de la Bundeswehr. L’incident a été signalé aux autorités judiciaires en mars 2026, mais le parquet d’Oldenburg a finalement classé l’affaire sans suite en raison de l’impossibilité d’établir une intention malveillante.

Hambourg : du gravier introduit dans la salle des machines d’un navire militaire

En janvier 2025, c’est sur le chantier naval Blohm+Voss, situé dans le port de Hambourg, qu’un sabotage a été détecté. Lors d’un contrôle, plusieurs kilos de gravier fin – un matériau normalement utilisé pour le nettoyage des surfaces – ont été retrouvés dans la salle des machines du navire de guerre « Emden ». Selon Tagesschau, qui a révélé l’affaire, cette substance aurait pu causer des dommages majeurs au système de propulsion.

La police criminelle de Hambourg et le parquet local ont conclu à un acte de sabotage, conduisant à l’arrestation de deux hommes : un Roumain de 37 ans et un Grec de 54 ans, tous deux ayant travaillé dans le port. Aucune mention de commanditaires n’a été faite dans l’enquête, et les circonstances exactes de l’incident restent floues à ce jour.

D’autres cas de sabotage présumé dans la marine allemande

L’année 2025 avait déjà été marquée par plusieurs affaires similaires. Sur un autre navire militaire, des faisceaux de câbles avaient été sectionnés, tandis que dans un autre cas, de l’huile usagée avait été délibérément introduite dans le système d’eau potable d’un bâtiment. Dans les deux dossiers, le parquet avait finalement classé l’affaire sans suite, faute de preuves suffisantes.

Ces incidents s’ajoutent à une série d’actes de sabotage présumés visant des infrastructures critiques en Europe ces dernières années. Les services de renseignement occidentaux pointent du doigt des méthodes de plus en plus sophistiquées, impliquant parfois des acteurs non étatiques recrutés pour des missions ciblées.

La Russie, principale suspecte selon les services occidentaux

Plusieurs sources de sécurité occidentales, citées par CORRECTIV, estiment que la Russie pourrait être à l’origine de ces actes de sabotage. L’Allemagne, en tant que principal soutien militaire et financier de l’Ukraine, constitue une cible privilégiée pour Moscou dans le cadre de la guerre en Ukraine.

L’Office fédéral de protection de la Constitution (BfV) et l’Office fédéral de police criminelle (BKA) ont mis en garde contre l’utilisation de ce qu’ils appellent des « agents jetables ». Ces individus, souvent recrutés via les réseaux sociaux, sont chargés de missions de sabotage contre des équipements militaires ou des infrastructures critiques des pays membres de l’OTAN.

Les rémunérations varient selon l’ampleur de la mission : quelques centaines d’euros pour des actes mineurs, et jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour des opérations visant des équipements stratégiques. Les paiements s’effectuent généralement en cryptomonnaies, ce qui complique le traçage des commanditaires.

Un contexte géopolitique tendu

Ces actes de sabotage s’inscrivent dans un contexte de tensions accrues entre la Russie et les pays occidentaux. Depuis le début de la guerre en Ukraine, plusieurs États membres de l’OTAN ont signalé des cyberattaques et des opérations de déstabilisation attribuées à Moscou. En avril 2026, le Danemark avait accusé la Russie d’être à l’origine de cyberattaques contre des sites web de services de distribution d’eau et d’élections, tandis que le chef des renseignements britanniques avait évoqué une campagne de sabotage « d’une témérité stupéfiante ».

L’Allemagne, en raison de sa position centrale en Europe et de son soutien indéfectible à Kiev, est particulièrement exposée à ce type d’attaques. Les autorités allemandes, conscientes de cette menace, ont renforcé les mesures de sécurité autour de leurs infrastructures militaires et portuaires.

Et maintenant ?

Les enquêtes en cours, notamment celles concernant l’incident sur la frégate « Rheinland-Pfalz », pourraient aboutir à de nouvelles révélations dans les mois à venir. Le parquet d’Oldenburg a indiqué qu’il restait à déterminer si les sabotages présumés relevaient d’une stratégie coordonnée ou d’initiatives isolées. Par ailleurs, les services de renseignement allemands et leurs homologues occidentaux devraient intensifier leur coopération pour identifier d’éventuels commanditaires.

Une chose est sûre : la multiplication des actes de sabotage dans la marine allemande interroge sur l’efficacité des mesures de protection actuelles et sur l’ampleur réelle de la menace russe en Europe.

L’Allemagne est le principal soutien militaire et financier de l’Ukraine depuis le début de la guerre en 2022. Son engagement direct dans le conflit, ainsi que sa position centrale en Europe, en font une cible de choix pour des opérations de déstabilisation attribuées à Moscou, comme le soulignent les services de renseignement occidentaux.