Le village de Vailhourles, en Aveyron, est sous le choc après la découverte des corps d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac au Portugal, mercredi 25 mars 2026. Selon nos confrères de Libération, ces deux femmes, âgées respectivement de 34 et 36 ans, auraient été victimes d’un possible double féminicide perpétré par Cédric Prizzon, l’ex-compagnon d’Audrey Cavalié. L’un des éléments les plus troublants de cette affaire réside dans le fait qu’Audrey Cavalié, déjà menacée à de multiples reprises par son ex-compagnon, ne bénéficiait pas du dispositif d’alerte « téléphone grave danger » (TGD), pourtant conçu pour protéger les victimes de violences conjugales.

Ce qu'il faut retenir

  • Deux femmes, Audrey Cavalié (34 ans) et Angela Legobien-Cadillac (36 ans), ont été retrouvées sans vie au Portugal le 25 mars 2026.
  • Leur ex-compagnon, Cédric Prizzon, est le principal suspect dans cette affaire de double féminicide présumé.
  • Audrey Cavalié, déjà victime de menaces répétées, n’était pas équipée d’un téléphone grave danger (TGD), dispositif d’alerte pour les victimes de violences conjugales.
  • Les enquêteurs portugais et français collaborent pour faire la lumière sur les circonstances exactes de ces décès.
  • Cette affaire relance le débat sur l’efficacité des dispositifs de protection des victimes de violences conjugales en France.

Un double féminicide présumé loin des frontières françaises

Les corps d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac ont été découverts mercredi 25 mars 2026 dans une zone isolée du Portugal, près de la frontière espagnole. Selon les premières investigations, les deux femmes auraient été transportées depuis la France, où elles résidaient habituellement. Cédric Prizzon, 42 ans, leur ex-compagnon respectif, est recherché activement par les autorités des deux pays. Les enquêteurs français et portugais s’appuient sur des indices matériels et des témoignages pour établir les circonstances exactes de leur mort, bien que les causes précises du décès n’aient pas encore été officiellement confirmées par l’autopsie.

Les proches des victimes ont confirmé aux médias locaux qu’Audrey Cavalié et Angela Legobien-Cadillac avaient toutes deux signalé des violences physiques et psychologiques de la part de Prizzon. Ce dernier, connu pour son tempérament violent, avait fait l’objet de plusieurs plaintes pour violences conjugales dans le passé. Dans le cas d’Audrey Cavalié, les menaces étaient si fréquentes qu’un signalement avait été déposé au commissariat de Vailhourles quelques semaines avant les faits. Pourtant, malgré ces alertes, aucun dispositif de protection renforcé, comme le TGD, ne lui avait été attribué — une situation qui interroge sur les dysfonctionnements éventuels dans le suivi des victimes.

Le téléphone grave danger, un outil sous-utilisé ?

Le téléphone grave danger (TGD) est un dispositif gratuit mis en place en France en 2014 pour permettre aux victimes de violences conjugales de donner l’alerte en cas de danger imminent. Équipé d’une touche d’urgence, le téléphone permet de contacter directement les forces de l’ordre en cas de menace. Selon les chiffres du ministère de l’Intérieur, seulement 2 500 TGD étaient actifs en 2025, alors que le nombre de femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire s’élevait à 118 en 2024 (source : Observatoire national des violences faites aux femmes).

Plusieurs associations féministes, comme le Collectif Féministe Contre le Viol ou la Fondation des Femmes, dénoncent depuis des années le manque de moyens alloués à ce dispositif. «

Le TGD est un outil indispensable, mais il est souvent attribué trop tard, ou pas du tout, faute de personnel et de budgets suffisants dans les services sociaux et judiciaires
», a déclaré Me Sophie Souvet, avocate spécialisée dans les violences faites aux femmes. En 2025, une enquête de la Défenseure des droits avait révélé que 30 % des victimes de violences conjugales ayant demandé un TGD n’avaient pas obtenu de réponse favorable, en raison de retards administratifs ou de critères d’éligibilité jugés trop restrictifs.

Un parcours judiciaire déjà chargé pour Cédric Prizzon

Cédric Prizzon n’en est pas à sa première affaire judiciaire. En 2022, il avait été condamné à 6 mois de prison avec sursis pour des violences commises sur Audrey Cavalié, ce qui avait entraîné leur séparation. Malgré cette condamnation, les menaces à son encontre avaient persisté, poussant Audrey Cavalié à quitter Vailhourles pour se mettre à l’abri. Angela Legobien-Cadillac, quant à elle, avait également porté plainte contre lui en 2023 pour harcèlement, sans que des mesures de protection ne soient prises à son égard. Ces éléments soulèvent la question de la récidive et de l’efficacité du système judiciaire dans la prévention des féminicides.

Les services de police et de gendarmerie en France sont censés appliquer le protocole de prise en charge des victimes de violences conjugales, qui prévoit une évaluation systématique du danger. Pourtant, dans le cas d’Audrey Cavalié, cette évaluation n’a pas conduit à l’attribution d’un TGD, comme le confirment les associations locales. «

Les critères pour obtenir un TGD sont parfois interprétés de manière très restrictive par les magistrats. Une victime peut avoir des antécédents de violences avérées, mais si les faits ne sont pas « assez graves » selon eux, le téléphone n’est pas attribué
», explique Élodie Thorez, coordinatrice d’une association d’aide aux victimes en Occitanie. Cette situation a conduit le gouvernement à annoncer, en janvier 2026, un plan de renforcement des dispositifs de protection, incluant une formation accrue des magistrats et une augmentation du nombre de TGD disponibles.

Les réactions politiques et associatives face à ce drame

L’affaire a provoqué une vague d’indignation en France, où les féminicides restent un fléau persistant. Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, a réagi en ces termes : «

Chaque féminicide est une défaite pour la République. Nous devons garantir que chaque victime de violences conjugales puisse bénéficier d’une protection immédiate et efficace
». Elle a annoncé le déblocage de 5 millions d’euros supplémentaires pour renforcer les dispositifs de protection, dont une partie sera dédiée à l’extension du réseau des TGD. Du côté des associations, la colère est palpable. Caroline De Haas, fondatrice de l’association Osez le Féminisme, a souligné que «
ce drame montre que les promesses politiques ne suffisent pas. Il faut des moyens humains et financiers concrets, pas seulement des annonces
».

En Aveyron, où vivaient les deux victimes, une marche blanche est prévue ce samedi 29 mars 2026 à Vailhourles, en mémoire d’Audrey et Angela. Les élus locaux, comme le maire de la commune, Jean-Luc Calviac, ont exprimé leur soutien aux familles, tout en appelant à une « réflexion collective sur la prévention des violences conjugales ».

Le Portugal, un refuge temporaire devenu piège

Le choix du Portugal comme lieu où les corps ont été retrouvés interroge les enquêteurs. Les deux femmes auraient quitté la France quelques jours avant leur mort, probablement pour échapper à Cédric Prizzon. Selon des sources proches de l’enquête, Audrey Cavalié avait contacté une amie au Portugal pour lui demander de l’héberger, mais cette dernière n’a pas pu être jointe avant les faits. Les autorités portugaises, qui collaborent étroitement avec les services français, ont lancé un avis de recherche international contre Prizzon, décrit comme « armé et dangereux » par les enquêteurs. Le procureur de la République de Lisbonne a confirmé que des perquisitions étaient en cours dans plusieurs lieux liés au suspect en France et au Portugal.

Cette affaire rappelle le cas d’autres féminicides transfrontaliers, comme celui de Diane D., tuée par son ex-compagnon en Espagne en 2024 après avoir fui en France. Ces situations soulèvent la question de la coordination européenne dans la lutte contre les violences faites aux femmes, un enjeu que l’Union européenne a tenté d’adresser via la directive sur les violences à l’égard des femmes, adoptée en 2024. Pourtant, son application reste inégale selon les pays, comme en témoignent les disparités dans les systèmes d’alerte et de protection.

Et maintenant ?

Les prochaines étapes de l’enquête devraient se concentrer sur l’identification des circonstances exactes de la mort des deux femmes, notamment grâce aux résultats de l’autopsie et à l’analyse des téléphones portables et des traces numériques. Côté français, une cellule de crise a été mise en place par la procureure de la République de Rodez pour suivre l’évolution de l’enquête. Les associations féministes appellent à une réunion d’urgence avec le ministère de l’Intérieur d’ici la fin du mois pour évaluer les lacunes du dispositif de protection et proposer des solutions concrètes. Enfin, la question de l’efficacité du TGD devrait revenir sur le devant de la scène lors des débats parlementaires prévus en avril 2026 sur le projet de loi contre les violences conjugales, un texte déjà critiqué pour son manque d’ambition par certaines ONG.

En attendant, le village de Vailhourles tente de faire son deuil, tandis que les familles d’Audrey Cavalié et d’Angela Legobien-Cadillac attendent des réponses. Ce drame, s’il est confirmé comme un double féminicide, s’ajoutera à la liste tragique des 1 500 femmes tuées par leur partenaire ou ex-partenaire depuis 2010 en France. Autant dire que la lutte contre ces violences, pourtant au cœur des priorités politiques depuis des années, reste un combat inachevé.

Le téléphone grave danger est un dispositif gratuit destiné aux victimes de violences conjugales présentant un danger vital. Il permet d’alerter les forces de l’ordre en appuyant sur une touche d’urgence. Pour en bénéficier, la victime doit déposer une plainte ou un signalement auprès des services de police, gendarmerie ou d’une association agréée. Une évaluation du danger est ensuite réalisée par les autorités judiciaires ou sociales. En 2025, seulement 2 500 TGD étaient actifs, alors que 118 femmes ont été tuées par leur partenaire ou ex-partenaire.

En France, le meurtre d’une personne par son conjoint ou ex-conjoint est qualifié de féminicide et peut être puni de la réclusion criminelle à perpétuité, la peine maximale en matière pénale. Si les faits sont commis en France, Prizzon risquerait également une condamnation pour violences conjugales aggravées et harcèlement moral, avec des peines pouvant aller jusqu’à 10 ans d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende. Au Portugal, les peines pour homicide volontaire sont également sévères, avec des condamnations pouvant atteindre 25 ans de prison.