Un collectif d’experts français de la défense et de la géopolitique, incluant le général Vincent Desportes et la cheffe d’entreprise Anne Marleix, appelle à une accélération de la stratégie nationale en matière de drones, d’après Le Monde. Dans une tribune publiée par le quotidien, ces spécialistes estiment que la France doit dépasser les mesures prévues par la loi de programmation militaire actuelle pour s’imposer comme un acteur central d’une filière de production commune avec l’Ukraine.

Ce qu'il faut retenir

  • Un collectif d’experts, dont le général Vincent Desportes et Anne Marleix, publie une tribune dans Le Monde pour alerter sur les insuffisances de la stratégie française en matière de drones militaires.
  • La France est invitée à devenir le pivot d’une filière de production européenne et ukrainienne, au-delà des mesures de la loi de programmation militaire.
  • Les signataires soulignent que les moyens prévus par les textes actuels restent en deçà des besoins réels du pays et de ses alliés.

Une stratégie nationale jugée insuffisante par les experts

D’après les auteurs de la tribune, la loi de programmation militaire en vigueur ne suffit pas à répondre aux enjeux actuels, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine. « La France dispose d’atouts industriels et technologiques, mais les moyens alloués ne correspondent pas à l’urgence stratégique », a déclaré le général Vincent Desportes. Pour ces spécialistes, l’Hexagone pourrait jouer un rôle clé en coordonnant une production européenne de drones, tout en renforçant son soutien à l’Ukraine, déjà utilisatrice massive de ces équipements.

Anne Marleix, à la tête d’une entreprise du secteur, a précisé que « sans une filière intégrée, la dépendance aux importations de drones, notamment en provenance de pays tiers, reste un risque majeur pour notre souveraineté ». Le collectif insiste sur la nécessité de mutualiser les ressources avec l’Ukraine, qui dispose d’un savoir-faire reconnu dans l’adaptation des drones civils à des usages militaires.

L’Ukraine, un partenaire clé pour une filière européenne

L’idée d’une collaboration franco-ukrainienne n’est pas nouvelle, mais elle prend une dimension urgente depuis le début de la guerre en février 2022. L’Ukraine a démontré sa capacité à modifier des drones commerciaux pour des missions de reconnaissance ou de frappe, une expertise que la France pourrait exploiter dans le cadre d’une production conjointe. « En combinant nos forces industrielles et leur expérience opérationnelle, nous pourrions créer une filière compétitive face aux géants chinois et américains », a ajouté Anne Marleix.

Les experts rappellent que l’Union européenne a déjà lancé des initiatives pour développer sa propre industrie de drones, comme le projet EDIDP (European Defence Industrial Development Programme), mais que ces efforts restent dispersés. La France, deuxième budget de défense de l’UE, pourrait selon eux devenir le moteur de cette dynamique, à condition d’investir davantage et de simplifier les coopérations industrielles.

Quels sont les obstacles à surmonter ?

Malgré ces ambitions, plusieurs freins persistent. D’abord, les contraintes budgétaires : la loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit des dépenses de 413 milliards d’euros, mais seulement une fraction est dédiée spécifiquement aux drones. Ensuite, les lourdeurs administratives et les réticences de certains industriels à partager leurs technologies avec un partenaire ukrainien, encore en guerre. Enfin, la concurrence internationale est féroce : la Chine domine le marché des drones civils, tandis que les États-Unis investissent massivement dans des modèles autonomes et furtifs.

Le collectif propose des solutions concrètes : accélérer les commandes publiques pour donner de la visibilité aux industriels, assouplir les règles d’exportation vers l’Ukraine, et créer un fonds européen dédié aux drones. « Il ne s’agit pas de réinventer la roue, mais de structurer une offre cohérente et résiliente », a souligné un autre signataire, sans préciser son identité.

Et maintenant ?

La tribune du Monde intervient à un moment où le gouvernement français finalise les détails de la prochaine loi de programmation militaire, attendue pour l’automne 2026. Les experts espèrent que leurs propositions seront intégrées au texte, voire anticipées par des mesures d’urgence. Une réunion interministérielle est prévue en juin pour discuter de la filière drones, mais aucun calendrier précis n’a encore été rendu public. L’enjeu ? Éviter que la France ne se retrouve en retard sur un marché appelé à croître rapidement, avec un potentiel évalué à plus de 100 milliards de dollars d’ici 2030, selon une étude de l’OTAN.

Reste à voir si les responsables politiques suivront ces recommandations. En attendant, l’Ukraine continue de faire appel à des drones pour ses contre-offensives, tandis que l’Europe cherche désespérément à réduire sa dépendance aux importations.