Alors que le groupe Duralex, repreneur de l’entreprise en 2024 par ses salariés sous forme de Scop (Société coopérative et participative), pourrait être placé en redressement judiciaire dès aujourd’hui, lundi 1er juin 2026, un sociologue spécialiste du sujet met en garde contre une remise en cause hâtive de ce modèle économique. Selon Libération, cette situation illustre les défis rencontrés par les entreprises reprises par leurs employés, malgré leur taux de pérennité supérieur à celui des structures classiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Duralex, racheté en 2024 par ses salariés via une Scop, risque d’être placé en redressement judiciaire dès le 1er juin 2026.
  • Les Scop affichent un taux de pérennité bien supérieur à celui des entreprises traditionnelles, souligne le sociologue Maxime Quijoux.
  • Ce modèle repose sur une gouvernance partagée et une répartition équitable des bénéfices.

Le verrier Duralex, installé en région Centre-Val de Loire et spécialisé dans la fabrication de verres incassables, traverse une période critique. Après avoir été repris en 2024 par ses salariés sous forme de Scop, l’entreprise se retrouve aujourd’hui au bord de la faillite administrative. Ce scénario, qui pourrait se concrétiser dès aujourd’hui avec l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire, interroge sur la viabilité des modèles coopératifs dans un contexte économique difficile.

Pour Maxime Quijoux, sociologue et chercheur au CNRS, ces difficultés ne doivent pas occulter les atouts structurels des Scop. « Les entreprises reprises sous forme de Scop ont un taux de pérennité bien supérieur à celui des entreprises conventionnelles », a-t-il déclaré à Libération. Cette affirmation s’appuie sur des données récentes : selon une étude de l’Institut supérieur des métiers, près de 80 % des Scop atteignent les cinq ans d’existence, contre seulement 50 % pour les entreprises classiques.

Les Scop, qui reposent sur un principe de gouvernance démocratique et une redistribution équitable des bénéfices, offrent une alternative aux modèles capitalistes traditionnels. Dans le cas de Duralex, les salariés, devenus associés, avaient pour objectif de pérenniser l’activité tout en préservant les emplois. Pourtant, la concurrence accrue, les coûts de production élevés et les difficultés d’accès au crédit ont fragilisé la structure. Autant dire que le redressement judiciaire pourrait mettre en lumière les limites de ce modèle dans certains secteurs.

Les Scop représentent aujourd’hui plus de 4 000 entreprises en France, employant près de 60 000 salariés. Leur succès repose sur un équilibre entre performance économique et équité sociale. Cependant, comme le rappelle Quijoux, leur survie dépend souvent de leur capacité à s’adapter à un marché de plus en plus concurrentiel. « Ce n’est pas le modèle qui est en cause, mais les conditions dans lesquelles il doit s’exercer », précise-t-il. Les Scop, bien que résilientes, ne sont pas à l’abri des crises structurelles.

Et maintenant ?

La procédure de redressement judiciaire de Duralex, si elle est engagée aujourd’hui, pourrait aboutir à une restructuration ou à une cession partielle de l’activité. Les salariés-associés devront alors négocier avec les créanciers et trouver des solutions pour maintenir l’emploi. Une issue favorable dépendra en grande partie de la capacité des parties prenantes à s’accorder sur un plan de sauvetage viable. La date butoir du 1er juin marque ainsi un tournant, mais pas nécessairement une fin pour le modèle des Scop.

Cette affaire soulève des questions plus larges sur l’avenir des entreprises coopératives en France. Alors que l’État et les collectivités locales multiplient les dispositifs d’accompagnement, les Scop restent un laboratoire d’innovation sociale et économique. Leur capacité à résister aux chocs économiques, comme en témoignent les chiffres, en fait un modèle à étudier de près. Reste à voir si Duralex parviendra à tirer profit de cette expérience pour rebondir.

Une Scop (Société coopérative et participative) est une entreprise où les salariés sont associés majoritaires. Ils participent aux décisions et aux bénéfices, contrairement à une structure classique où la gouvernance est souvent externalisée et les profits redistribués aux actionnaires. Ce modèle repose sur des principes démocratiques et une solidarité interne.

Selon les dernières données disponibles, la France compte environ 4 000 Scop, employant près de 60 000 salariés. Leur chiffre d’affaires cumulé dépasse les 5 milliards d’euros, avec un taux de pérennité à cinq ans estimé à 80 %, contre 50 % pour les entreprises classiques.