Un épisode El Niño d’une intensité marquée devrait s’installer durablement dans le Pacifique tropical dans les mois à venir, selon les dernières prévisions de l’Organisation météorologique mondiale (OMM). Comme le rapporte Euronews FR, les météorologues anticipent un renforcement rapide de ce phénomène naturel, qui pourrait aggraver les risques de conditions météorologiques extrêmes à l’échelle planétaire. Entre juillet et septembre 2026, un fort El Niño est désormais attendu, avec des conséquences potentiellement lourdes pour plusieurs régions du globe, bien que l’Europe reste relativement épargnée en première ligne.
Ce qu'il faut retenir
- Un fort épisode El Niño est attendu entre juillet et septembre 2026, selon l’OMM, avec des risques accrus de vagues de chaleur, sécheresses et pluies intenses.
- L’impact direct sur l’Europe devrait être limité, mais des perturbations sont possibles à l’automne et en début d’hiver, avec des conditions plus douces, humides et venteuses.
- Les effets indirects, comme les pénuries alimentaires, pourraient toucher l’Europe en raison de l’impact d’El Niño sur les cultures en Amérique latine et en Asie.
- Le changement climatique joue un rôle bien plus important que ce phénomène naturel dans l’intensification des extrêmes météorologiques.
- L’OMM a lancé une mobilisation inédite pour coordonner les alertes précoces et limiter les impacts humanitaires et économiques.
Un phénomène naturel aux conséquences globales
El Niño, dont le nom signifie « le petit garçon » en espagnol – en référence à l’enfant Jésus, car ce phénomène était autrefois observé autour de Noël –, se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de surface dans l’est du Pacifique tropical. Selon Euronews FR, ce phénomène naturel survient de manière irrégulière, généralement tous les deux à sept ans, et modifie les régimes de précipitations et de températures à l’échelle mondiale. Les épisodes précédents, comme celui de mai 2023 à mars 2024, ont déjà contribué à des records de chaleur mondiaux et à des catastrophes naturelles majeures, telles que sécheresses prolongées ou incendies dévastateurs.
Les régions tropicales sont les plus exposées : l’Amérique du Sud, le sud des États-Unis, l’Afrique de l’Est et l’Asie centrale connaissent un risque accru d’inondations lors des épisodes El Niño. À l’inverse, l’Australie, le nord de l’Amérique du Sud et des pays comme l’Indonésie subissent des sécheresses plus intenses et des risques accrus d’incendies. « La communauté de l’OMM a lancé une mobilisation sans précédent pour coordonner les activités au sein des Nations unies et à l’échelle régionale », a déclaré Celeste Saulo, secrétaire générale de l’OMM. « Des prévisions saisonnières avancées et des alertes précoces sont essentielles pour sauver des vies et atténuer l’impact sur nos économies et nos communautés. »
L’Europe à l’abri des effets directs, mais pas des répercussions
Contrairement aux régions tropicales, l’Europe devrait être relativement épargnée par les effets directs d’El Niño cette année. « Les conditions plus perturbées pourraient survenir plus tard dans l’année, avec un automne et un début d’hiver plus doux, plus humides et plus venteux », précise Euronews FR. Cependant, les vagues de chaleur intenses qui ont frappé le continent ces dernières semaines ne sont pas liées à ce phénomène. « Autrement dit, les semaines de chaleur accablante qui ont récemment coûté la vie à des milliers d’Européens ne sont pas liées à El Niño », souligne la source. Les températures record observées en Europe trouvent leur origine dans le changement climatique, bien plus que dans les variations naturelles comme El Niño.
En revanche, les conséquences indirectes pourraient toucher le Vieux Continent. L’Institut IHE Delft, basé aux Pays-Bas, travaille dans des zones directement affectées par El Niño et met en garde contre d’éventuelles pénuries alimentaires. Au Nicaragua, des cultures essentielles comme le maïs et les haricots pourraient être perdues dans des zones déjà fragilisées, aggravant l’insécurité alimentaire et réduisant les revenus locaux. De même, en Colombie, dans le nord-est du Brésil et en Inde, les cultures irriguées pourraient subir de fortes restrictions en raison du manque de pluie et de la baisse des débits des rivières, avec un risque de surexploitation des ressources hydriques.
Un phénomène naturel amplifié par le changement climatique
Si El Niño est un phénomène temporaire, ses effets s’ajoutent à ceux d’une planète déjà en surchauffe. « La plupart des épisodes El Niño entraînent une hausse temporaire de la température moyenne mondiale d’environ 0,2 °C », rappelle Euronews FR. Or, le changement climatique a déjà fait grimper la température de surface globale (mer et air) de 1,3 à 1,5 °C par rapport à l’ère préindustrielle. En 2025, malgré l’influence naturellement rafraîchissante d’un épisode La Niña – l’inverse d’El Niño –, l’année a été la troisième la plus chaude jamais enregistrée, plus chaude même que l’année El Niño 2016.
« El Niño est un phénomène naturel. Il vient et repart. Le changement climatique, lui, s’aggrave tant que nous ne cessons pas de brûler des combustibles fossiles. C’est le changement climatique qui doit nous inquiéter. »
— Friederike Otto, climatologue à l’Imperial College de Londres
Ioanna Vergini, fondatrice de la plateforme mondiale de prévisions météorologiques WFY24, estime que El Niño a servi de « diversion » face à l’urgence climatique. « Alors que l’Europe suffoquait sous les 40 °C la semaine dernière, certains médias ont établi un rapprochement avec El Niño », explique-t-elle. Pourtant, une analyse rapide d’attribution menée par World Weather Attribution (WWA) montre que les températures diurnes et nocturnes observées lors de la récente « coupole de chaleur » auraient été « pratiquement impossibles à atteindre à cette période de l’année » en 1976. « Elles sont désormais rendues possibles par la poursuite des émissions de combustibles fossiles », conclut l’étude.
Alors que le débat sur l’origine des vagues de chaleur en Europe s’intensifie, les experts s’accordent sur un point : sans une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, les épisodes de chaleur extrême et les phénomènes météorologiques violents deviendront la norme. El Niño, aussi puissant soit-il, n’en reste pas moins un rappel des défis posés par un climat en pleine mutation.
El Niño est un phénomène naturel, temporaire et cyclique, qui modifie les températures océaniques et les régimes de précipitations à l’échelle mondiale. Le changement climatique, en revanche, est une tendance de long terme causée par l’accumulation de gaz à effet de serre dans l’atmosphère, responsable de la hausse des températures moyennes et de l’intensification des extrêmes météorologiques.
Oui, selon les scientifiques. Les projections indiquent que, même sans El Niño, les vagues de chaleur en Europe deviendront plus fréquentes, plus longues et plus intenses en raison du réchauffement climatique. Une étude récente a montré que les températures record observées en 2026 auraient été « pratiquement impossibles » sans l’influence humaine sur le climat.