Le géographe et écrivain Emmanuel Ruben signe un nouvel ouvrage, Sur la route de la Loire, aux éditions Stock, où il relate quatre étés passés à sillonner le fleuve à bicyclette. Selon Franceinfo - Culture, cette aventure littéraire et personnelle se veut une immersion dans l’Histoire de France, entre paysages, rencontres et réflexions politiques et écologiques.

Ce qu'il faut retenir

  • Emmanuel Ruben a parcouru la Loire à vélo pendant quatre étés consécutifs, de l’estuaire jusqu’à la source.
  • Son périple s’inscrit dans la continuité de son précédent livre, Sur la route du Danube, publié en 2019.
  • L’auteur, qui a vécu sept ans sur les bords de la Loire, y explore les conflits historiques ayant marqué le fleuve : guerres de Vendée, guerre de Cent Ans, guerres de Religion.
  • Il plaide pour l’attribution d’une personnalité juridique aux fleuves, afin d’en renforcer la protection écologique.
  • Son expérience au Japon, où il a pédalé pendant quatre mois, a également nourri son écriture.

Un voyage littéraire et historique le long du fleuve royal

Emmanuel Ruben, géographe de formation et auteur reconnu, a choisi de raconter la France à travers le prisme de la Loire. Pendant quatre étés, il a remonté le fleuve à vélo, un trajet qu’il décrit comme une « promenade littéraire, historique, personnelle mais aussi politique ». Selon Franceinfo - Culture, cette initiative s’inscrit dans une démarche plus large de découverte des origines culturelles et civilisationnelles de la France. « Quand vous remontez la Loire de l’estuaire à la source, vous allez rencontrer plusieurs fois l’Histoire de France », a-t-il expliqué. « À travers les guerres : les guerres de Vendée, la guerre de Cent Ans, les guerres de religions. Toutes se sont tenues sur les bords de Loire, et à travers les châteaux de la Loire, avec tous les rois de France qui ont habité ces châteaux. »

Installé pendant sept ans à Mauges-sur-Loire, où il dirigeait une maison dédiée à l’écrivain Julien Gracq, Emmanuel Ruben connaît bien les paysages et les enjeux du fleuve. Son périple à vélo s’apparente à une quête des racines de la nation, une manière de « ne pas oublier d’où nous venons et ce qui fait notre grandeur », comme il l’a précisé lors de son entretien avec Franceinfo - Culture.

Le vélo comme outil d’écriture et de réflexion

Cette expédition n’est pas la première pour Emmanuel Ruben. En 2019, il publiait Sur la route du Danube, un récit de son voyage à vélo le long du fleuve, depuis son delta jusqu’à sa source. En 2025, il revenait avec L’Usage du Japon, fruit de quatre mois de pédalage à travers l’archipel nippon. Pour lui, le vélo est bien plus qu’un moyen de transport : c’est un outil d’écriture, un catalyseur de rencontres et une source d’inspiration. « L’effort physique, les paysages et les rencontres nourrissent mon écriture », a-t-il confié. « Je pédale vers des sources, mais aussi pour retrouver la source — ou les sources — de notre culture. »

Son attachement à ce mode de déplacement reflète une volonté de s’immerger pleinement dans les territoires qu’il traverse. À vélo, Emmanuel Ruben privilégie les échanges avec les habitants, les paysages variés et une immersion lente, loin de l’agitation urbaine. Ce rythme lui permet de capter des détails et des histoires qui échappent souvent aux voyageurs pressés.

Une Loire menacée par la nucléarisation, selon l’auteur

Outre son exploration historique et culturelle, Emmanuel Ruben aborde dans son livre une question écologique majeure : la protection du fleuve. Dans un entretien accordé à Franceinfo - Culture, il a souligné que « la Loire est un fleuve qui est malheureusement aujourd’hui fortement nucléarisé, il y a beaucoup de centrales sur ses rives ». Face à cette situation, il plaide pour une reconnaissance juridique des fleuves, à l’image de ce qui existe déjà en Nouvelle-Zélande ou en Inde. « Attribuer une personnalité juridique aux fleuves permettrait de mieux les défendre et d’assurer leur protection et leur préservation », a-t-il affirmé.

Cette proposition s’inscrit dans un débat plus large sur la gestion des cours d’eau en France. La Loire, dernier fleuve sauvage d’Europe, est en effet soumise à des pressions environnementales croissantes, entre centrales nucléaires, barrages et artificialisation des sols. Emmanuel Ruben rejoint ainsi les voix qui dénoncent une industrialisation excessive du fleuve et appellent à une prise de conscience collective.

Une œuvre qui mêle aventure, mémoire et engagement

Avec Sur la route de la Loire, Emmanuel Ruben signe un livre à plusieurs facettes : récit de voyage, fresque historique et manifeste écologique. Son approche, à la fois littéraire et engagée, s’adresse à un public varié, des amateurs d’histoire aux défenseurs de l’environnement. Le livre, publié aux éditions Stock, s’ajoute à une bibliographie déjà riche, marquée par des explorations géographiques et culturelles à travers le monde.

Pour l’auteur, cette aventure est aussi une manière de questionner le passé tout en regardant vers l’avenir. « Remonter la Loire, c’est raconter la France, l’Histoire de France », a-t-il résumé. Une formule qui résume à elle seule l’ambition de son projet : offrir une vision à la fois intime et panoramique de ce qui constitue l’identité nationale.

Et maintenant ?

Emmanuel Ruben ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Après avoir exploré le Danube et la Loire, il pourrait prochainement se lancer dans un nouveau périple à vélo, cette fois à travers les Alpes ou les Pyrénées. Par ailleurs, son plaidoyer pour la personnalité juridique des fleuves pourrait trouver un écho dans les débats environnementaux en cours, notamment lors des prochaines assises de la biodiversité prévues en 2027. Reste à voir si les pouvoirs publics prendront en compte ces propositions pour renforcer la protection des cours d’eau en France.

Avec son livre, Emmanuel Ruben rappelle que les fleuves sont bien plus que des axes géographiques : ce sont des témoins de l’Histoire, des réserves de biodiversité et des symboles de notre rapport au monde. Un message qui prend une résonance particulière à l’heure où les enjeux écologiques s’imposent comme une priorité absolue.

Pour l’écrivain, le vélo est un moyen de s’immerger pleinement dans les paysages et les histoires du fleuve. Il y voit une façon de « retrouver la source de notre culture » et de rencontrer les habitants, tout en réfléchissant aux enjeux historiques et écologiques de la Loire.

L’auteur souligne la « nucléarisation » du fleuve, avec la présence de nombreuses centrales le long de ses rives. Il plaide pour une reconnaissance juridique des fleuves, à l’image de ce qui existe en Nouvelle-Zélande ou en Inde, afin de mieux les protéger.