Depuis fin mai, l’Albanie est le théâtre d’une vague de protestations massives contre un projet immobilier controversé, porté par Jared Kushner, gendre de l’ancien président américain Donald Trump, et sa fille Ivanka Trump. Selon Le Monde, ces manifestations, qualifiées de « révolution des flamants roses » par certains opposants, ont pris une ampleur inédite ces dernières semaines.

Jeudi 2 juillet, les tensions ont encore crû avec l’arrestation de dix-neuf manifestants, marquant une escalade dans le conflit opposant une partie de la société civile albanaise au gouvernement du Premier ministre Edi Rama. Les opposants dénoncent un projet jugé destructeur pour l’environnement, tandis que les autorités défendent un développement économique jugé nécessaire pour le pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Une mobilisation de plusieurs milliers d’Albanais contre un projet immobilier porté par Jared Kushner et Ivanka Trump s’est intensifiée depuis fin mai 2026.
  • Dix-neuf manifestants ont été arrêtés le 2 juillet 2026 lors d’une journée de protestation.
  • Les opposants dénoncent un projet jugé néfaste pour l’environnement et s’opposent au Premier ministre Edi Rama.
  • Le conflit s’inscrit dans une dynamique plus large de contestation sociale en Albanie.

Un projet immobilier au cœur de la polémique

Le projet en question, porté par Jared Kushner et Ivanka Trump, prévoit la construction d’un complexe résidentiel et commercial sur une zone côtière de l’Albanie. Les détracteurs du projet, parmi lesquels figurent des écologistes et des associations locales, craignent une dégradation irréversible des écosystèmes marins et terrestres, notamment dans une région réputée pour sa biodiversité. « Ce projet menace des espèces protégées comme le flamant rose, d’où le surnom donné à la contestation », a précisé un porte-parole de l’association Albania Nature.

Le gouvernement albanais, dirigé par Edi Rama, défend quant à lui le projet comme une opportunité économique majeure pour le pays. « Ce développement permettra de créer des milliers d’emplois et d’attirer des investissements étrangers », a affirmé le Premier ministre lors d’une conférence de presse en juin. Malgré ces arguments, la contestation ne faiblit pas, et les manifestations se multiplient dans plusieurs villes du pays.

Une répression qui alimente la colère

Les arrestations de manifestants, dont celle de dix-neuf personnes le 2 juillet, ont encore enflammé les tensions. Selon des sources locales citées par Le Monde, les forces de l’ordre auraient fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser les rassemblements. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme ont dénoncé une « répression disproportionnée » et appelé à la libération immédiate des détenus.

« Ces arrestations sont un signe clair que le gouvernement cherche à étouffer la contestation par la force plutôt que par le dialogue », a déclaré Luljeta Lleshi, porte-parole de l’ONG Human Rights Watch Albanie. Les manifestants, quant à eux, promettent de poursuivre leur mouvement jusqu’à ce que leurs revendications soient entendues. « Nous ne reculerons pas. Ce projet ne passera pas », a lancé un jeune manifestant lors d’un rassemblement à Tirana.

Un contexte politique déjà tendu

Cette crise survient dans un contexte politique albanais déjà fragilisé par des accusations de corruption et de clientélisme contre le gouvernement Rama. Depuis plusieurs années, l’opposition et une partie de la population dénoncent une dérive autoritaire du pouvoir, notamment après la réforme controversée de la justice en 2020. « La mobilisation actuelle s’inscrit dans une dynamique plus large de rejet du système en place », analyse Ardi Imami, politologue à l’université de Tirana.

Pour certains observateurs, la présence de personnalités américaines comme Jared Kushner et Ivanka Trump dans ce projet ajoute une dimension géopolitique au conflit. « Leur implication donne une visibilité internationale à la contestation, mais elle complique aussi la position du gouvernement albanais », souligne Imami.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives. Le gouvernement albanais a annoncé qu’il organiserait un débat public sur le projet d’ici la fin du mois de juillet. Pour les manifestants, cette initiative reste insuffisante tant que le chantier ne sera pas abandonné. De son côté, Edi Rama a réaffirmé sa détermination à mener à bien le projet, malgré les pressions. Reste à voir si le dialogue parviendra à désamorcer une crise qui s’annonce longue.

Alors que la contestation prend de l’ampleur, la question de l’équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement reste au cœur du débat. Les prochaines manifestations, prévues pour le 15 juillet, pourraient donner une nouvelle impulsion à un mouvement qui, pour l’instant, ne montre aucun signe d’essoufflement.