Une mesure adoptée fin mars en Allemagne pour protéger les consommateurs a finalement contribué à augmenter les marges des stations-service et les prix à la pompe. Selon BFM Business, la limitation à une seule hausse quotidienne des tarifs des carburants — fixée à midi — a eu un effet pervers, en réduisant la concurrence entre les enseignes et en synchronisant leurs comportements.

Ce qu'il faut retenir

  • Une étude des instituts ZEW de Mannheim et DICE de Düsseldorf révèle une hausse moyenne de six centimes par litre pour l’essence (E5 et E10) en Allemagne au cours des deux premières semaines d’avril.
  • Les marges sur le diesel ont fortement fluctué, sans qu’il soit encore possible de quantifier précisément leur évolution.
  • Avant cette régulation, les prix pouvaient être ajustés jusqu’à huit fois par jour, favorisant une concurrence plus vive entre stations-service.
  • La mesure, initialement présentée comme une protection pour les automobilistes, n’a pas permis de faire baisser les prix, selon les chercheurs du DICE.
  • Une baisse temporaire des taxes, prévue à partir du 1er mai, pourrait apporter un soulagement jusqu’à fin juin, mais les prix resteront bien au-dessus de leur niveau d’avant la guerre en Iran.

Une régulation qui a rebondi sur ses initiateurs

Lancée fin mars par le gouvernement de Friedrich Merz dans un contexte de tensions géopolitiques au Moyen-Orient, cette mesure visait à protéger les automobilistes en limitant les hausses de prix. Pourtant, comme le rapporte BFM Business, les résultats s’avèrent contraires aux attentes. Les marges bénéficiaires des stations-service ont augmenté de environ six centimes par litre en moyenne pour l’essence (E5 et E10) durant les deux premières semaines d’avril, par rapport aux deux semaines précédentes. Pour le diesel, les fluctuations ont été trop importantes pour établir une tendance claire.

L’explication tient à la synchronisation des comportements. Avant l’adoption de cette règle, les prix pouvaient être ajustés plusieurs fois par jour, créant une forme de « guerre des prix » où chaque station cherchait à attirer les clients en baissant rapidement ses tarifs. En imposant un seul moment de hausse quotidienne à midi, la régulation a éliminé cette dynamique concurrentielle. Les stations-service savent désormais que leurs concurrents augmenteront leurs prix au même moment, ce qui les dissuade de pratiquer des baisses agressives, de crainte de ne pouvoir les corriger par la suite.

Une coordination implicite qui maintient les prix élevés

Ce cadre plus rigide a instauré une coordination implicite entre les acteurs, sans entente explicite. Les stations-service, en particulier les petites chaînes et les opérateurs indépendants, ont tendance à relever davantage leurs marges que les grands groupes. Cette tendance est plus marquée dans le sud de l’Allemagne, où le revenu moyen par habitant est plus élevé. «

Les périodes avantageuses sont désormais plus faciles à identifier, mais cela s’accompagne d’une hausse des prix entre midi et le début de soirée
», explique Leonard Gregor, chercheur au DICE, cité dans un communiqué.

Les chercheurs soulignent que cette mesure n’a pas permis de réduire le niveau général des prix, contrairement à l’objectif affiché. «

La règle n’a jusqu’à présent pas permis de faire baisser les prix
», résume Leona Jung, chercheuse au DICE. Les consommateurs, loin d’être gagnants, subissent donc les conséquences d’une régulation mal calibrée, dans un contexte où les prix restent fortement influencés par les tensions géopolitiques, notamment la guerre entre l’Iran et Israël, déclenchée fin février 2026.

Une mesure temporaire et ses limites

Face à l’échec de cette régulation, le gouvernement allemand a décidé d’adopter une autre approche. À partir du 1er mai, une baisse des prix à la pompe sera mise en place grâce à une réduction temporaire d’une taxe d’environ 17 centimes par litre pour l’essence et le diesel, valable jusqu’à fin juin. Cette décision pourrait apporter un répit aux automobilistes, mais son impact reste limité dans le temps. «

Les prix devraient rester nettement supérieurs à leur niveau d’avant la guerre
», préviennent les experts.

Cette situation illustre les difficultés des pouvoirs publics à réguler un marché aussi volatile que celui des carburants, où les facteurs externes — géopolitique, coûts de production, demande — jouent un rôle prépondérant. La baisse temporaire des taxes, bien que bienvenue, ne suffira pas à compenser les tensions structurelles qui pèsent sur les prix depuis des mois.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines seront cruciales pour évaluer l’impact réel de la baisse temporaire des taxes. Si cette mesure permet effectivement de réduire les prix à court terme, il reste à savoir si elle suffira à apaiser les tensions sur le marché. Les chercheurs du ZEW et du DICE appellent à une révision de la régulation actuelle, jugée contre-productive. Par ailleurs, la situation géopolitique au Moyen-Orient pourrait évoluer rapidement, influençant directement les cours du pétrole et, par ricochet, les prix à la pompe. Une surveillance accrue de l’Autorité allemande de la concurrence (Bundeskartellamt) pourrait également être envisagée pour limiter les abus de position dominante sur le marché.

Cette affaire soulève une question plus large : dans un marché aussi complexe que celui des carburants, une régulation mal pensée peut-elle aggraver les problèmes qu’elle prétend résoudre ? La réponse, pour l’heure, reste incertaine, mais l’expérience allemande offre une leçon de prudence aux autres pays envisageant des mesures similaires.

En synchronisant les hausses de prix à midi, la régulation a éliminé la concurrence par les prix qui existait auparavant. Les stations-service n’ont plus besoin de baisser leurs tarifs pour attirer les clients, car elles savent que leurs concurrents augmenteront leurs prix au même moment. Cette coordination implicite maintient les prix à un niveau plus élevé sur une plus longue durée, ce qui augmente mécaniquement les marges.

La baisse des taxes, d’environ 17 centimes par litre, ne sera que temporaire et limitée à fin juin. Même avec cette mesure, les prix resteront bien supérieurs à leur niveau d’avant la guerre en Iran, en raison des tensions géopolitiques persistantes et des coûts de production élevés. Son impact sera donc limité dans le temps et en ampleur.