« Le matin, quand on se lève, on peut voir une demi-douzaine de lapins gambader dans notre jardin », raconte Vinny O’Loughlin, habitant de la petite ville de Willalooka, en Australie-Méridionale. Selon Courrier International, ce témoignage illustre l’ampleur du fléau que représente la prolifération des lapins de garenne dans tout le pays, malgré des décennies de lutte.

Dans la banlieue de Melbourne, capitale de l’État de Victoria, les autorités locales de Casey ont dû adapter leur organisation pour faire face à l’invasion. Une école a ainsi été contrainte de déplacer son traditionnel meeting d’athlétisme, la piste étant rendue impraticable par des centaines de terriers creusés par les animaux. Du côté des maraîchers de Cranbourne, l’exaspération grandit : les lapins détruisent méthodiquement les jeunes pousses, mettant en péril les récoltes.

Ce qu'il faut retenir

  • L’invasion concerne l’ensemble du pays, des zones céréalières de l’Australie-Occidentale au sud du Queensland, selon Courrier International.
  • À Junee, dans le sud de la Nouvelle-Galles du Sud, des lapins creusent des galeries sous les tombes, poussant les autorités à fermer temporairement un cimetière.
  • Les dégâts sont économiques : destruction des cultures, dégradation des sols et des infrastructures, avec des coûts croissants pour les collectivités et les agriculteurs.

Une menace historique aux conséquences toujours dévastatrices

Introduits en Australie au XIXe siècle, les lapins ont trouvé un écosystème idéal pour proliférer. Leur impact sur l’agriculture et l’environnement reste colossal, malgré l’utilisation massive d’outils de lutte biologique depuis des décennies. « Ces animaux donnent des maux de tête aux responsables locaux et causent des ravages chez les propriétaires fonciers », souligne l’enquête relayée par Courrier International.

Les exemples de dégâts s’accumulent à travers le pays. Dans l’État de Victoria, les collectivités doivent régulièrement financer des opérations de déterrement ou de piégeage pour limiter les nuisances. À Willalooka, Vinny O’Loughlin, comme des milliers d’Australiens, consacre une partie de son temps à la chasse aux lapins, une activité qui autrefois relevait du loisir, mais qui est devenue une nécessité pour préserver ses cultures.

Des solutions limitées face à une expansion incontrôlable

L’Australie a tenté de nombreuses approches pour endiguer cette invasion. Entre le myxomatose, introduite dans les années 1950, et le virus hémorragique (VHD) apparu dans les années 1990, les méthodes de contrôle biologique ont connu un succès temporaire. Pourtant, les lapins développent des résistances, réduisant l’efficacité de ces outils.

Selon les experts cités par Courrier International, la situation actuelle illustre l’échec relatif des stratégies passées. « L’arsenal d’armes de lutte biologique qui, pendant des dizaines d’années, a permis de limiter les populations, montre aujourd’hui ses limites », explique un responsable agricole interrogé par le média australien The Saturday Paper, dont les travaux sont repris par Courrier International.

Des impacts bien au-delà des champs et des jardins

Les conséquences de cette invasion ne se limitent pas aux pertes agricoles. Les écosystèmes locaux subissent des perturbations durables : compétition avec les espèces autochtones pour la nourriture, dégradation des sols ou encore destruction de la végétation naturelle. Les infrastructures ne sont pas épargnées non plus. Les routes, les chemins de fer et même les digues peuvent être fragilisés par l’excavation intensive des terriers.

À Junee, la fermeture temporaire du cimetière en raison des lapins creusant sous les tombes a marqué les esprits. Une situation qui, bien que symbolique, reflète l’ampleur de la crise : même les lieux de repos ne sont plus épargnés. « Des lapins de garenne creusent des galeries sous les tombes et à proximité », précise le conseil municipal, qui a dû prendre des mesures d’urgence.

Et maintenant ?

Les autorités australiennes envisagent de renforcer les recherches sur de nouvelles méthodes de contrôle, notamment en combinant approches biologiques, mécaniques et chimiques. Une révision des stratégies existantes pourrait être annoncée d’ici la fin de l’année, selon des sources proches du ministère de l’Agriculture. La question reste ouverte : parviendra-t-on à inverser la tendance, ou les lapins continueront-ils de coloniser toujours plus de territoires ?

Pour les agriculteurs, la situation exige une adaptation constante. Certains se tournent vers des cultures moins vulnérables ou investissent dans des systèmes de protection plus robustes. Pourtant, le coût économique de cette guerre reste élevé : on estime que les dégâts causés par les lapins coûtent chaque année des centaines de millions de dollars à l’économie australienne.

Alors que les températures augmentent et que les périodes de sécheresse s’allongent, les conditions deviennent encore plus favorables à la prolifération des lapins. Les autorités savent qu’elles doivent agir rapidement, mais la tâche s’annonce titanesque. Entre préservation de l’environnement et impératifs économiques, l’Australie devra trouver un équilibre complexe pour espérer reprendre le dessus.

Les lapins se reproduisent à un rythme effréné et ont développé des résistances aux méthodes de contrôle biologique comme le myxomatose ou le VHD. Leur capacité à s’adapter et à coloniser des milieux variés, combinée à l’étendue des territoires à surveiller, rend leur éradication extrêmement complexe.