Le nombre de mariages en Corée du Sud a fortement augmenté ces trois dernières années, selon Libération. Une tendance qui pourrait indiquer un rattrapage post-Covid, mais aussi un changement plus profond dans les comportements matrimoniaux du pays.

Ce qu'il faut retenir

  • Le taux de mariages en Corée du Sud a connu une hausse marquée depuis 2023, après des années de déclin.
  • Cette augmentation coïncide avec la fin des restrictions liées à la pandémie de Covid-19.
  • Le pays reste confronté à un taux de natalité historiquement bas, malgré cette progression.
  • Les analystes hésitent encore à y voir une tendance durable ou un simple rattrapage temporaire.

Une hausse des unions après des années de déclin

Les données officielles sud-coréennes révèlent une progression de 12,5 % du nombre de mariages en 2023 par rapport à 2022, d’après les chiffres du ministère de l’Intérieur. Une tendance qui s’est poursuivie en 2024, avec une augmentation supplémentaire de 8,2 % sur les onze premiers mois de l’année. « Cette hausse est particulièrement marquée chez les jeunes adultes, souvent désignés sous le terme d’Echo Boomers », explique un chercheur de l’Institut coréen pour les politiques familiales, cité par Libération.

Avant la pandémie, la Corée du Sud enregistrait déjà l’un des taux de mariage les plus bas au monde, avec 3,8 unions pour 1 000 habitants en 2019. Les années suivantes, marquées par les restrictions sanitaires, avaient vu ce chiffre chuter à 2,1 en 2020. Le rebond actuel est donc d’autant plus remarquable, autant dire que la société sud-coréenne est en pleine recomposition.

Post-Covid ou changement sociétal ?

Si le lien avec la fin des confinements et des mesures sanitaires semble évident, les experts soulignent que d’autres facteurs pourraient expliquer cette tendance. « Les jeunes générations, qui avaient reporté ou renoncé à se marier en raison de l’incertitude économique, semblent aujourd’hui plus enclines à franchir le pas », analyse Kim Ji-yeon, sociologue à l’université de Séoul. Selon elle, la crise sanitaire a aussi renforcé chez certains l’envie de fonder une famille, perçue comme un rempart contre l’isolement.

Pour autant, rien ne garantit que cette hausse soit durable. « Rien n’indique pour l’instant que cette tendance va se stabiliser à moyen terme », tempère un démographe du gouvernement. Les données disponibles jusqu’en 2025 montrent en effet des fluctuations, avec des pics saisonniers qui pourraient refléter un simple effet de rattrapage plutôt qu’un changement structurel. Bref, le débat reste ouvert.

« Nous observons une augmentation des mariages précoces, notamment chez les femmes, qui voient dans le mariage une sécurité économique dans un contexte d’inflation persistante. »
— Kim Ji-yeon, sociologue à l’université de Séoul

Un contexte démographique toujours préoccupant

Malgré cette embellie récente, la Corée du Sud reste confrontée à une crise démographique majeure. Avec un taux de fécondité de 0,72 enfant par femme en 2024 — l’un des plus bas au monde —, le pays peine à inverser la tendance. Le gouvernement a multiplié les mesures incitatives, comme des aides financières pour les jeunes couples ou des congés parentaux étendus, sans succès probant jusqu’à présent.

Les projections de l’OCDE indiquent que, sans un rebond significatif des naissances, la population sud-coréenne pourrait chuter de 16 % d’ici 2070. « Les mariages augmentent, mais les naissances, elles, ne suivent pas. Le problème n’est pas tant le nombre de mariages que leur impact réel sur la démographie », souligne un responsable du ministère de l’Égalité des genres et de la Famille. Autant dire que les défis restent immenses.

Et maintenant ?

Les prochains mois seront décisifs pour évaluer si la hausse des mariages se confirme ou s’il ne s’agit que d’un effet conjoncturel. Les autorités sud-coréennes devraient publier d’ici la fin 2026 un premier bilan complet des naissances enregistrées en 2025 et 2026, qui permettra de mesurer l’impact réel de cette tendance matrimoniale. Dans l’immédiat, les analystes s’attendent à une stabilisation des chiffres, voire à un léger recul en 2027, en l’absence de nouvelles politiques incitatives.

Cette situation illustre les tensions auxquelles fait face la Corée du Sud : d’un côté, une société qui semble redécouvrir l’institution du mariage, de l’autre, un modèle familial traditionnel qui peine à s’adapter aux nouvelles réalités économiques et sociales. Une équation complexe, dont les contours ne se dessineront que dans les années à venir.

Selon les experts cités par Libération, plusieurs facteurs se combinent : le rattrapage post-Covid, avec la levée des restrictions sanitaires ayant permis aux couples de concrétiser leurs projets ; une prise de conscience chez les jeunes générations, notamment les femmes, de l’importance de la stabilité économique dans un contexte inflationniste ; et enfin, un changement dans les mentalités, avec une remise en question des reports de mariage liés aux incertitudes professionnelles.