Des milliers de bureaux de vote devaient ouvrir lundi 1ᵉʳ juin en Éthiopie pour un scrutin dont la légitimité est d’ores et déjà contestée. Selon Le Monde, les opérations électorales sont en effet largement verrouillées par les autorités fédérales, tandis que des régions entières du pays, comme le Tigré, l’Amhara et l’Oromia, ont vu leur participation annulée ou gravement perturbée. Ces zones, marquées par des conflits armés récurrents, illustrent la fracture entre le pouvoir central et les aspirations autonomistes locales.
Les autorités éthiopiennes ont justifié le contrôle strict du processus électoral par la nécessité de « garantir la stabilité nationale » et d’éviter des « interférences extérieures ». Pourtant, cette approche centralisée suscite des interrogations sur la représentativité du futur gouvernement, alors que des factions politiques locales dénoncent une « instrumentalisation » du vote. Les tensions sont particulièrement vives dans le Tigré, où les combats entre l’armée fédérale et les forces régionales du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) se sont intensifiés ces derniers mois.
Ce qu'il faut retenir
- Le scrutin du 1ᵉʳ juin 2026 en Éthiopie est organisé sous haute surveillance des autorités, selon Le Monde.
- Les régions du Tigré, de l’Amhara et de l’Oromia ont vu leur participation annulée ou perturbée en raison des conflits armés.
- Les autorités justifient ce contrôle par la nécessité de « garantir la stabilité nationale ».
- Le TPLF, acteur clé du conflit au Tigré, dénonce une « instrumentalisation » du processus électoral.
- La légitimité du futur gouvernement est déjà remise en cause par une partie de la classe politique.
Un vote sous contrôle et des régions en ébullition
À Addis-Abeba, la capitale, les opérations de vote se déroulent dans un climat calme, sous la surveillance des forces de sécurité. Les médias officiels ont diffusé des images de files d’attente devant les bureaux de vote, présentées comme la preuve d’une participation massive. Pourtant, dans les zones en conflit, les observateurs indépendants rapportent des « restrictions majeures » à la tenue du scrutin. « Dans certaines localités du Tigré, les électeurs n’ont tout simplement pas pu se rendre aux urnes », a expliqué un responsable local sous couvert d’anonymat.
Le gouvernement éthiopien, dirigé par le Premier ministre Abiy Ahmed, a multiplié les déclarations rassurantes. « Ce scrutin est une étape cruciale pour la démocratie éthiopienne », a affirmé le porte-parole du gouvernement, Legesse Tulu, lors d’une conférence de presse dimanche 31 mai. Il a également souligné que « les perturbations observées dans certaines régions sont le fait de groupes armés cherchant à déstabiliser le pays ». Une affirmation contestée par l’opposition, qui accuse le pouvoir de « militariser » le processus électoral.
Le Tigré, symbole des fractures politiques
Le conflit au Tigré, qui oppose depuis fin 2020 les forces fédérales aux combattants du TPLF, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés. Selon l’ONU, près de 6 millions de personnes dépendent aujourd’hui de l’aide humanitaire dans cette région. La tenue du scrutin y était initialement prévue, mais les autorités ont finalement décidé de l’annuler, invoquant « l’insécurité persistante ». Une décision qui a provoqué la colère des partis tigréens, comme le Parti de la démocratie et de la souveraineté du Tigré (TDSJ), qui a dénoncé une « exclusion programmée » de sa population du processus démocratique.
« Nous ne reconnaîtrons pas un gouvernement issu d’un scrutin qui nous a été imposé par la force », a déclaré Getachew Reda, porte-parole du TPLF, dans un communiqué publié le 29 mai. De son côté, le gouvernement fédéral a réitéré son refus de toute négociation avec les rebelles, exigeant leur « reddition inconditionnelle » avant toute reprise des pourparlers. Une position qui laisse peu d’espoir pour une résolution rapide du conflit.
Les prochaines semaines seront donc déterminantes pour l’Éthiopie, un pays de 120 millions d’habitants où la stabilité politique et la cohésion nationale restent plus que jamais fragiles. Les observateurs craignent que l’absence de consensus sur la légitimité du futur gouvernement ne plonge le pays dans une nouvelle phase d’instabilité, avec des conséquences humanitaires et sécuritaires difficiles à anticiper.