Deux mois après la prise de contrôle de la ville de Marchand-Dessalines, située dans le département de l’Artibonite, par le gang Kokorat san Ras et Grand Grif, la population locale vit sous une emprise qui transforme radicalement son quotidien, selon RFI.

Depuis leur installation dans cette commune historique, les membres du gang imposent leur autorité sans partage. En mai 2026, après la démolition du commissariat local, ils sont devenus les seuls détenteurs du pouvoir dans la ville. Désormais, les habitants doivent composer avec une réalité où la peur, le silence et l’absence de protection policière dictent leur survie.

Ce qu'il faut retenir

  • Le gang Kokorat san Ras et Grand Grif a pris le contrôle de la ville de Marchand-Dessalines en Haïti au printemps 2026.
  • En mai 2026, ils ont détruit le commissariat local, devenant les seuls maîtres de la commune.
  • La population vit désormais sous une emprise gangstériste, sans protection policière ni recours légal.
  • La peur et le silence dominent le quotidien des habitants, selon les témoignages recueillis.

Une prise de pouvoir méthodique et brutale

L’ascension du gang Kokorat san Ras et Grand Grif à Marchand-Dessalines s’est déroulée en plusieurs étapes. D’abord par une infiltration progressive, puis par une démonstration de force avec la destruction du commissariat, un symbole de l’autorité de l’État. RFI souligne que cette stratégie vise à affaiblir toute velléité de résistance ou de rébellion de la part des habitants.

La démolition du commissariat, survenue en mai 2026, a marqué un tournant. Les forces de l’ordre, déjà en sous-effectif et sous-équipées, ont été contraintes de se retirer, laissant le champ libre aux gangs. «

Ils sont devenus les seuls à décider qui peut circuler, qui peut travailler, et même qui peut vivre ici
», témoigne un habitant sous couvert d’anonymat. Ce récit illustre l’ampleur de la mainmise exercée par les criminels sur la vie quotidienne.

Un quotidien sous surveillance et sous tension

La présence des gangs ne se limite pas à des actes de violence ponctuels. Elle s’exerce au quotidien à travers des contrôles systématiques aux points d’entrée de la ville et des menaces explicites envers ceux qui tenteraient de s’opposer à leur loi. Les habitants, pris en étau entre la peur des représailles et l’absence de toute alternative, adoptent une attitude de soumission apparente.

Les commerces, écoles et lieux de culte sont désormais soumis à des tributs imposés par les gangs. Les rares patrouilles policières qui subsistent évitent tout contact direct avec les criminels, de peur d’être ciblée. «

Personne n’ose rien dire, même pas aux membres de sa propre famille
», confie un résident à RFI. Ce silence forcé révèle l’ampleur de la terreur instaurée dans la commune.

L’État haïtien dans l’incapacité d’intervenir

La situation à Marchand-Dessalines reflète plus largement l’incapacité des autorités haïtiennes à rétablir l’ordre public dans une grande partie du pays. Malgré la présence de la Mission multinationale de soutien à la sécurité en Haïti (MSS), déployée depuis 2023, les gangs conservent une mainmise sur de vastes territoires, notamment dans les zones rurales et périurbaines.

Les raisons de cette impuissance sont multiples : manque de moyens logistiques, corruption endémique, et une insécurité généralisée qui paralyse toute tentative de reprise en main. Les habitants de Marchand-Dessalines, comme ceux d’autres communes sous emprise gangstériste, se retrouvent donc livrés à eux-mêmes, sans espoir immédiat de voir leur situation s’améliorer.

Et maintenant ?

Plusieurs scénarios pourraient se dessiner dans les prochaines semaines. D’une part, une intensification des pressions internationales pour que le gouvernement haïtien renforce ses moyens d’action, notamment via la MSS. D’autre part, une radicalisation des gangs, qui pourraient étendre leur influence à d’autres communes voisines, aggravant encore la crise humanitaire et sécuritaire.

Reste à voir si les autorités parviendront à mobiliser des ressources suffisantes pour contrer cette dynamique, ou si Marchand-Dessalines deviendra le symbole d’une Haïti ingouvernable.

En attendant, la population de Marchand-Dessalines continue de subir les conséquences d’un vide institutionnel que plus personne n’est en mesure de combler. La communauté internationale, pour sa part, observe une situation qui, si elle n’évolue pas rapidement, pourrait s’enliser dans une crise sans précédent.

En 2026, les gangs les plus influents en Haïti incluent Kokorat san Ras et Grand Grif, 400 Mawozo et G9 an fanmi e alye. Ces groupes contrôlent des quartiers entiers de Port-au-Prince et des zones rurales comme Marchand-Dessalines, selon les rapports des organisations de défense des droits humains.