D’après BFM Business, l’industrie pétrolière indienne traverse une crise sans précédent, exacerbée par le conflit israélo-américain en Iran. Depuis le début des hostilités, les raffineries locales subissent des pertes importantes, tandis que le gouvernement de Narendra Modi préfère maintenir les prix à la pompe plutôt que de faire porter le poids de la hausse des coûts à la population.
Ce qu'il faut retenir
- Reliance Industries, géant pétrochimique indien, a vu son résultat net reculer de 9 % en mars 2026, malgré un chiffre d’affaires en progression.
- Les raffineurs perdent environ 100 roupies (91 centimes d’euros) par litre de diesel produit et 20 roupies (18 centimes) par litre d’essence.
- Le coût du fret maritime a été multiplié par 10 à 15, passant de 100 à 1 500 dollars par cargaison, tandis que les assurances ont été multipliées par 40.
- L’Inde importe désormais 2,14 millions de barils de pétrole russe par jour, soit la moitié de ses besoins, contre un volume bien moindre avant le conflit.
- Les stocks stratégiques de l’Inde ne couvrent que 30 jours de consommation, contre 90 jours pour la France.
Selon un cadre de Chennai Petroleum, cité par BFM Business, « les contraintes logistiques et la volatilité des prix du brut posent problème ». La situation est d’autant plus critique que les prix du fret maritime ont explosé. Avant la crise, une cargaison coûtait 100 dollars. Aujourd’hui, le même trajet peut atteindre 1 500 dollars, soit une multiplication par 15. Les assurances, elles, ont vu leurs tarifs passer de 0,25 % à 10 % du prix de la cargaison, soit une hausse de 40 fois.
Les raffineurs indiens subissent également une « prime de brut » de 20 à 30 dollars par baril, supérieure aux références comme le Brent ou le WTI. Pour l’industrie locale, le seuil de rentabilité se situe à 80 dollars le baril, alors que le Brent s’échangeait à 108 dollars le 27 avril 2026. Pourtant, malgré ces coûts exorbitants, les entreprises perdent de l’argent : 100 roupies (91 centimes d’euros) par litre de diesel et 20 roupies (18 centimes) par litre d’essence. Selon des études spécialisées, les prix auraient dû augmenter de 28 roupies par litre pour compenser ces pertes.
Un gouvernement qui privilégie la stabilité des prix à la rentabilité des raffineurs
Face à cette situation, le gouvernement indien a choisi de geler les prix à la pompe dès le début du conflit, afin d’éviter une hausse des coûts pour les consommateurs. Pour limiter les exportations de carburant et préserver les stocks locaux, New Delhi a instauré des taxes de 55 roupies par litre de diesel exporté et de 42 roupies par litre de kérosène exporté. Ces mesures visent à empêcher une « évaporation » du carburant vers l’étranger et à garantir l’accès aux carburants pour la population.
Le gouvernement a également imposé des quotas de production de gaz de pétrole liquéfié (GPL), un sous-produit peu rentable en raison de sa transformation complexe. Ce gaz est largement utilisé pour la cuisson dans les foyers indiens. En encadrant strictement cette production, l’État fait porter les risques financiers sur les raffineurs et les distributeurs nationaux, plutôt que sur les citoyens.
« Nous n’avons vu une situation pareille. » — Un responsable de Reliance Industries, cité par Bloomberg dans un article relayé par BFM Business
Une dépendance accrue à la Russie et une concurrence féroce avec la Chine
Face à la réduction drastique des importations en provenance du Moyen-Orient — 250 000 barils en avril 2026 contre 2,8 millions en février — l’Inde s’est tournée vers la Russie. Les importations russes ont atteint 2,14 millions de barils par jour, soit la moitié des besoins du pays. Ce volume représente le double de celui d’avant le conflit. Selon le cabinet Kpler, cette dépendance illustre l’urgence à sécuriser l’approvisionnement énergétique indien.
La situation est d’autant plus tendue que la Chine, elle aussi, concurrence l’Inde pour s’approvisionner en pétrole russe, en raison des sanctions américaines contre l’Iran. Parallèlement, les importations européennes de gaz naturel liquéfié (GNL) ont augmenté, réduisant encore les disponibilités pour l’Asie. L’Inde, qui ne dispose que de 30 jours de stocks stratégiques — contre 90 jours pour la France — se trouve dans une position particulièrement fragile.
La consommation de carburants a bondi en avril, avec une hausse de 9 % pour le diesel et de 12,5 % pour l’essence. Cette augmentation reflète la précipitation des consommateurs à faire le plein avant d’éventuelles pénuries ou hausses de prix. Pourtant, malgré cette demande accrue, les raffineurs continuent de subir des pertes importantes, en raison de la hausse des coûts logistiques et de la volatilité des prix du brut.
Des raffineries indiennes en grande difficulté financière
Les chiffres sont sans appel : Reliance Industries, dont les revenus s’élevaient à 116 milliards de dollars en 2025, a vu son résultat net reculer de 9 % en mars 2026. De son côté, Mangalore Refinery & Petrochemicals, entreprise publique, a enregistré une chute de 68 % de son bénéfice net au premier trimestre. Même si leur chiffre d’affaires progresse, les marges s’effritent sous le poids des coûts opérationnels.
« Les contraintes logistiques, la volatilité du prix du brut, posent problème », a résumé un cadre de Chennai Petroleum, l’une des principales raffineries du pays. Les marges, déjà fragilisées, sont mises à rude épreuve par la hausse des coûts de transport et d’assurance, ainsi que par la « prime de brut » que l’Inde doit payer pour compenser les risques géopolitiques.
Cette crise met en lumière la vulnérabilité de l’Inde face aux chocs géopolitiques et à la dépendance énergétique. Elle souligne également l’arbitrage difficile entre stabilité sociale et viabilité économique pour les industries locales. À plus long terme, New Delhi pourrait accélérer sa transition vers des énergies renouvelables, tout en diversifiant ses approvisionnements pour réduire sa dépendance au pétrole russe et moyen-oriental.
Le gouvernement indien a décidé de maintenir les prix à la pompe pour éviter une hausse des coûts pour les consommateurs, dans un contexte de forte inflation et d’instabilité économique. Cette mesure vise à protéger le pouvoir d’achat de la population, malgré les pertes subies par les raffineurs.