Depuis le début des hostilités, le pays subit une dégradation continue des conditions de vie des civils, pris au piège entre les forces en présence. Selon Libération, le sentiment antiguerre gagne chaque jour davantage d’adhérents, alimenté par les attaques répétées contre les infrastructures civiles. Ce glissement s’accélère à mesure que le conflit s’éternise, transformant la société iranienne en un champ de bataille où la population paie le prix fort.

Ce qu'il faut retenir

  • Un conflit qui s’enlise : les hostilités s’étendent depuis plus de deux ans, sans perspective de résolution rapide.
  • Cible privilégiée des attaques : les infrastructures énergétiques et sanitaires sont systématiquement visées, aggravant la crise humanitaire.
  • Montée des tensions internes : la colère contre la guerre et ses instigateurs grandit parmi la population, divisée entre partisans et opposants au régime.
  • Un pays exsangue : l’économie iranienne, déjà fragilisée, subit de plein fouet les sanctions et les destructions.

Un conflit aux conséquences humanitaires dramatiques

Les frappes ciblées sur les réseaux électriques et les hôpitaux ont plongé des régions entières dans le noir et privé des milliers de personnes d’accès aux soins. D’après Libération, plus de 40 % des infrastructures médicales du pays ont subi des dommages partiels ou totaux depuis 2024. Les hôpitaux de Téhéran, Ispahan et Chiraz, parmi les plus touchés, peinent à faire face à l’afflux de blessés et aux pénuries de médicaments. « Les civils sont les premières victimes de cette guerre stupide », a dénoncé le Dr. Reza Ahmadi, directeur de l’hôpital de Chiraz, lors d’une conférence de presse la semaine dernière. Autant dire que la situation sanitaire, déjà précaire, frôle l’effondrement dans certaines zones.

Côté économique, les chiffres sont tout aussi alarmants. Le PIB iranien a chuté de 8 % en 2025, selon les dernières estimations de la Banque centrale d’Iran. L’inflation dépasse désormais les 50 %, et le taux de chômage frôle les 25 % en milieu urbain. Les sanctions internationales, couplées aux destructions matérielles, ont réduit à néant les capacités d’exportation du pays, notamment dans les secteurs pétrolier et industriel. Les prix des denrées de base ont flambé : le kilo de riz coûte désormais trois fois plus cher qu’en 2023, et les produits laitiers sont devenus un luxe inaccessible pour une grande partie de la population.

Entre les factions belligérantes, une population sacrifiée

Le régime iranien, dirigé par le guide suprême Ali Khamenei, maintient une rhétorique belliqueuse face à ses adversaires, tandis que les groupes armés opposés, soutenus par des puissances étrangères, poursuivent leurs offensives sans relâche. « Nous sommes pris en étau entre deux bandes de fous qui se battent pour leur propre survie, sans se soucier de nous », a témoigné une habitante de Téhéran sous couvert d’anonymat. Selon Libération, les frappes israéliennes et américaines sur le sol iranien se sont multipliées depuis le début de l’année, ciblant notamment les sites nucléaires et les bases militaires. En représailles, les Gardiens de la révolution ont intensifié leurs attaques contre les positions ennemies, y compris dans des zones civiles.

Cette escalade a poussé des millions d’Iraniens à fuir le pays. Les frontières turque et irakienne sont saturées de réfugiés, dans des conditions souvent indignes. Les camps de fortune près de la ville frontalière de Khoy, par exemple, abritent désormais plus de 200 000 personnes, selon les dernières données de l’ONU. Les Nations unies ont alerté à plusieurs reprises sur le risque de crise humanitaire majeure, mais les moyens financiers et logistiques manquent cruellement. « Nous manquons de tout : nourriture, eau potable, médicaments », a rappelé le Haut-Commissaire aux réfugiés, Filippo Grandi, lors d’une déclaration à Genève en mars dernier.

Et maintenant ?

Les prochaines semaines pourraient être décisives. Les négociations indirectes entre l’Iran et les États-Unis, relancées en février à Oman, restent fragiles. Une trêve humanitaire est évoquée pour permettre l’acheminement de l’aide, mais aucune date n’a été arrêtée. Par ailleurs, les frappes aériennes sur les infrastructures énergétiques pourraient s’intensifier dans les jours à venir, selon des sources militaires citées par Libération. Les autorités iraniennes, de leur côté, appellent à une « résistance totale » face à l’ennemi, tandis que des manifestations antiguerre éclatent sporadiquement dans les grandes villes. Bref, l’issue du conflit reste incertaine, mais une chose est sûre : les civils continueront de payer le prix fort.

Pour l’Iran, les défis à venir sont immenses. Outre la reconstruction des infrastructures détruites, le pays devra gérer une crise sociale profonde, avec un mécontentement croissant envers les élites dirigeantes. Les élections législatives prévues pour juin 2026 pourraient révéler l’ampleur de ce rejet, si tant est qu’elles se tiennent dans des conditions démocratiques. Dans l’immédiat, la priorité reste l’arrêt des hostilités, avant que la situation ne devienne totalement ingérable.

Les belligérants utilisent ces attaques comme moyen de pression pour affaiblir l’adversaire. Pour le régime iranien, détruire les réseaux électriques ou les hôpitaux vise à fragiliser la population et à discréditer les opposants. À l’inverse, les frappes israéliennes ou américaines ciblent les infrastructures stratégiques liées au programme nucléaire ou aux Gardiens de la révolution, mais les dégâts collatéraux sont inévitables. Selon Libération, ces stratégies reflètent une logique de « guerre totale », où la population civile devient un enjeu militaire.